Extrait de l'article paru dans Paris-Normandie en juillet 1945
L’année 1945 marque un tournant décisif dans l’histoire politique française : les femmes obtiennent enfin le droit de vote ainsi que celui de se présenter aux élections. Avant cette date, et plus précisément depuis 1938, leur rôle politique officiel se limitait à assister aux séances du conseil municipal, sans avoir la possibilité de participer aux votes. Dans les sources de notre ancien canton de Clères, cette évolution nationale trouve un écho particulièrement fort à travers des figures locales marquantes et une progression qui, bien que lente, a redessiné le paysage politique de nos communes.
L'exemple exceptionnel du Bocasse Dès les premières élections ouvertes aux femmes en 1945, la commune du Bocasse s'illustre en élisant une femme à sa tête : Melle Jane Champallou. Un article du journal Paris Normandie daté du 25 juillet 1945, conservé dans les archives, relate cet événement « mémorable ». Seule représentante féminine au sein du conseil municipal de l'époque, elle est élue au second tour pour remplacer le maire démissionnaire, M. Petit. L'article la décrit comme une femme de conviction très active, exerçant bénévolement la fonction d'infirmière et parcourant à bicyclette les chemins creux du bocage pour soigner les malades. Les sources soulignent également son courage exemplaire : en 1940, à l'approche des soldats allemands, elle fut l'une des très rares habitantes du village à rester stoïquement sur place. À peine élue en 1945, son premier soin a été de lancer les démarches pour réparer l'école de la commune. Fait amusant rapporté par le journal, Melle Champallou rectifie elle-même qu'elle n'est pas la toute première femme maire de la région, cet honneur revenant à sa propre belle-sœur, Mme André Champallou, désignée à Auvilliers au lendemain du scrutin d'avril. L'article d'époque rappelle enfin qu'en 1936, en Normandie (à Louviers), des femmes avaient déjà siégé avec une voix consultative sous l'impulsion de Pierre Mendès-France.
Le Bocasse ne s'est pas arrêté à cette première victoire historique et détient le record du plus grand nombre de femmes maires de tout l'ancien canton. Entre 1989 et 2020, trois autres femmes se sont succédé sans interruption pour diriger le village : Simone Depestèle (1989-1995), Ghislaine Bertrame (1995-2000), puis Michèle Lecointe (2000-2020). Progressivement, d'autres communes ont emboîté le pas. À St André sous Cailly, Nicole Larchevêque a administré la municipalité de 2001 à 2014. Plus tard, en 2015, lorsque le maire Pascal Martin a renoncé à son mandat pour présider le conseil départemental, c'est sa première adjointe, Myriam Travers, qui a pris le relais jusqu'en 2020, devenant ainsi la toute première femme maire de Montville.
Le défi persistant de la parité Les lois sur la parité promulguées au cours des années 2000-2001 ont radicalement transformé le visage politique de nos campagnes. Avant cette obligation de parité des sexes parmi les candidats, la consultation des archives montre que les élues et les femmes adjointes étaient extrêmement rares dans nos conseils municipaux. Aujourd'hui, la mixité est enfin respectée au sein de ces conseils, mais le fauteuil de maire s'avère encore difficile à atteindre.
À la suite des dernières élections de 2026, seules quatre femmes occupent la fonction de maire dans le canton :
Nathalie Thierry, installée à Clères depuis 2001.
Anne-Sophie Clabaut, élue à Montville depuis 2020.
Stéphanie Lambard, également en poste depuis 2020 à Mont-Cauvaire.
Fabienne Lécaudé, élue à Grugny en 2026, après avoir remplacé avec succès le maire démissionnaire Jacques Huby en 2024.
Avec seulement 4 femmes élues maires sur les 22 communes de l'ancien canton de Clères en 2026, le compte n'y est pas encore. Si la présence féminine dans la politique locale est une bataille remportée de longue date, la marche vers une véritable égalité aux postes suprêmes reste un défi pour l'avenir.
D'après les recherches de Françoise Hénaut