Extrait d'une vidéo de la tornade de Pomas (crédit France 24)
Le trajet du "monstre météorologique" de 1845
Ce mardi-là, une chaleur lourde et accablante pèse sur la région. Vers une heure de l'après-midi, le ciel s'obscurcit soudain et le baromètre plonge brutalement. Au pied des falaises de Canteleu, sur la Seine, les mariniers assistent à un spectacle terrifiant : un cône noirâtre à son sommet, teinté de rouge à sa base, rase les eaux du fleuve avec un grondement assourdissant.
Le phénomène s'élance à travers vallées et plateaux par de brusques zigzags. Il ravage Maromme, Bondeville puis Malaunay, arrachant les vergers et vrillant les troncs d'arbres sur son passage. Rien ne semble pouvoir freiner sa course.
Arrivé à Montville, le tourbillon s'abat de plein fouet sur le fond de la vallée où résonne le fracas des métiers mécaniques. Trois filatures, abritant des centaines d'ouvriers, sont anéanties d'un coup. Les immenses bâtisses s'effondrent comme des châteaux de cartes. L'une des fabriques est même précipitée directement dans la rivière. Le bilan humain est terrible : au moins 70 à 80 morts et plus d'une centaine de blessés.
Au milieu de l'horreur surgissent des scènes héroïques et stupéfiantes. Chez l'industriel Bailleul, un contremaître parvient à sauver sa vieille mère ensevelie en se couchant au-dessus d'elle pour faire de son propre corps une voûte protectrice face aux gravats. Plus loin, un ouvrier dégagé des décombres est littéralement aspiré par le vent et transporté sans aucune blessure dans un champ éloigné. Quant aux débris des ateliers normands, la force d'aspiration est telle qu'on en retrouvera semés jusqu'à Auffay et Torcy-le-Grand, à plus de 30 kilomètres du drame.
Dès la nouvelle connue, Rouen se mobilise en urgence. Les chantiers s'arrêtent. Les ouvriers anglais du chemin de fer, des soldats du 21e de ligne accourus au pas de course, des médecins et des prêtres fouillent nuit et jour les décombres qui commencent déjà à brûler.
La marque laissée par le cataclysme hantera longtemps les mémoires. Certains rescapés, pourtant sortis sans la moindre égratignure des usines en ruine, mourront dans les jours suivants, foudroyés par la seule terreur du souvenir. Quant aux propriétaires ruinés, ils devront mener une longue bataille judiciaire face à leurs assurances, pour tenter de prouver que ce météore relevait bien de la garantie contre le « feu du ciel ».
Pour aller plus loin : Tornade EF3 à Pomas (Aude) le 24 août 2026 (Keraunos)
La trombe de Monville par Adélaïde Bauche
Montville - Souvenirs de la Trombe de Monville - Eugène Noel