La liberté guidant le peuple - Tableau d'Eugène Delacroix en hommage aux Trois Glorieuses - (Musée du Louvre)
À l'origine de cette effervescence, un profond désenchantement : les ouvriers estiment ne rien avoir retiré du changement de régime, alors que la bourgeoisie d'affaires s'est installée au pouvoir. Leurs revendications se heurtent à des conditions de travail harassantes, marquées par des journées de seize heures et demie à dix-sept heures et un système d'amendes abusif. Dès le 4 septembre, un cran est franchi à Bapeaume lorsqu'un manufacturier est séquestré par des centaines d'ouvriers réclamant la libération de leurs pairs et le pain à trois sous. Le 6 septembre, alors que le maire de Déville oppose une fin de non-recevoir catégorique aux délégués ouvriers qui réclamaient des concessions en échange du calme, l'agitation gagne l'amont du fleuve.
Le 7 septembre 1830, les ouvriers de la vallée du Houlme suspendent massivement le travail. Une rumeur tenace se propage dans les ateliers : les patrons de filature se seraient entendus pour aligner salaires et horaires sur les décisions d'Auguste Barbet, industriel au Houlme et frère du maire de Rouen, récemment nommé président de la commission des filateurs.
L'affolement gagne le patronat. Dès le lendemain, Barbet publie une mise au point dans le Journal de Rouen pour désamorcer la fronde : s'il concède qu'un règlement sur le temps de travail et le barème des amendes a bien été arrêté en commun, il dément formellement tout accord sur le niveau des salaires, affirmant ne rien pouvoir imposer à ses confrères.
Pour briser la contestation, l'autorité militaire opte pour une démonstration de force spectaculaire. Une imposante colonne de la Garde nationale, composée d'un bataillon d'infanterie et d'un escadron de cavalerie, est expédiée sur place. Tandis que les fantassins s'arrêtent à Malaunay, les cavaliers poussent leur patrouille jusqu'aux dernières usines de Montville.
Accompagné des autorités locales, le commandant du bataillon pénètre dans chaque établissement. Face à cette démonstration armée et à la menace explicite de réprimer durement les « perturbateurs », les ouvriers rassemblés déclarent presque unanimement reprendre le travail. L'opération s'achève par l'arrestation de deux meneurs, conduits immédiatement à Rouen sous bonne garde.
En quelques jours, la bourgeoisie manufacturière, protégée par sa milice citoyenne, parvient à reprendre le contrôle de la vallée, refermant brutalement la parenthèse contestataire ouverte par les journées de juillet.
Pour en savoir plus :
Lendemains de révolution : l'agitation ouvrière dans la région rouennaise en 1830 par Yannick Marec - Persée