Fecha de publicación: 24-oct-2010 1:59:35
22/10/2010
En ces temps de sommet de la Francophonie, la question "la langue française sert-elle à quelque chose ?" est plus que provocatrice. La réponse est simple, et devrait couler de source. Oui, la langue française sert à quelque chose. Mais cette question n'est pas anodine ou devrait en engendrer d'autres. La langue française est-elle impérialiste ? La Francophonie, comme instrument politique, est-elle utile ? La langue française doit-elle être exclusive ? Ou, enfin, doit-on, comme l'ont préconisé les pays membres de la Francophonie, parler français à chaque fois qu'on n'utilise pas sa langue nationale, tel que stipulé dans un vade-mecum signé en 2006 ?
Comme chacun sait le français, n'est plus à la mode, ne fait plus rêver au niveau international, peut-être par excès de lobbying, et certainement du fait de l’avènement de l'anglais comme langue internationale de facto. Les critiques faites à l'encontre de l'anglais sont souvent sans fondement et mêlées de préjugés qui ne font qu'affaiblir encore un peu plus ses détracteurs. Combien de fois n'entend-on pas que cette langue est pauvre alors que son lexique est un des plus étendu au monde ? Ne confond-on pas trop souvent l'anglais "international", cette lingua franca, parfois dénommée "basic English", avec l'anglais pratiqué par les Anglophones ? Les locuteurs francophones n'ont rien à gagner d'un conflit frontal avec ceux qui utilisent l'anglais. En effet, cette attitude, souvent considérée comme arrogante, est exaspérante. Elle est contre productive, surtout venant d'une langue que d'autres considèrent également comme hégémonique, notamment du fait de la colonisation et de la tendance impérialiste de la France aux XIXe et XXe siècles. L'Algérie a refusé d'adhérer à l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) pour ce motif ne souhaitant pas jouer le jeu de son ancienne puissance coloniale.
Face à cette attitude, on s’aperçoit que la France n'est pas la seule à essayer de promouvoir l'usage de sa langue dans les institutions internationales et européennes. Les Hispanophones et les Lusophones, s'appuyant également sur leurs anciens empires mènent des démarches similaires mais bien moins voyantes. Le chinois mandarin, pratiqué par plus d'1,3 milliards de personnes à comparer aux 200 francophones pourrait briguer, malgré son aire de diffusion bien plus restreinte le rang de langue internationale. Rappelons, qu'avec l'anglais, l'arabe, l'espagnol, le russe et le français, cette langue est une des langues officielles de l'Organisation des Nations Unies. Mais pourquoi tant de moyens déployés par la Francophonie, avec un budget de plus de 90 millions d'euros, dont la France verse 40 millions ? Le français est-il tant en danger que cela ? Certainement pas. Certes il a perdu son rang de langue internationale, mais il reste la langue de centaines de millions d'individus, il s'enrichit chaque jour, sa littérature est en bonne santé et il est en 8e place des langues utilisées sur Internet avec 3 % du total. Certes loin derrière l'anglais avec 27,7 % ou le chinois avec 22,6 % mais proche de l'espagnol (7,8 %), du japonais (5,3 %), du portugais (4,3 %), de l'allemand (4 %) ou de l'arabe (3,3 %) qui la devancent toutefois toutes.
Mais ce qui interpelle le plus les locuteurs de langues moins pratiquées que le français et notamment ceux parlant une langue en situation minorisée, c'est le paradoxe français. D'une part, l'État français, reste l'un des plus sectaire à propos des autres langues pratiquées sur son territoire -n'accordant aucun statut officiel aux langues régionales- et à l'extérieur souhaite qu'on respecte le français, au motif de la diversité culturelle. Quelques mesures symboliques en faveur des langues régionales ont été adoptées ces dernières années représentant une goute d'eau par rapport à la manne allouée au français. L'enjeu que représentent la vitalité des langues minoritaires et la préservation du pluralisme linguistique, prônés hors des frontières hexagonales, semble (et le mot est faible) être le dernier souci des autorités françaises. En effet, en 1992, la France renforçait son arsenal législatif pour privilégier le français en inscrivant dans l'article 2 de sa Constitution que "le français est la langue de la république", oubliant, l'alsacien, le basque, le breton, le catalan, le corse ou l'occitan, ... Pire, initialement prévu pour se prémunir de toute attaque de l'anglais cet article n'a cessé d'être utilisé pour refuser tout droit aux langues régionales. Ni officialisation, ni statut, ni place dans le système éducatif, sauf l'année dernière un article dans la Constition les reconnaissant comme faisant partie du patrimoine de la "Nation", le terme patrimoine ramenant plus à un objet du passé qu'un élément constitutif de la diversité linguistique. La Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) n'oublie pas de rappeler en préambule de ses missions que "de tous les liens que nouent les hommes dans la cité, le lien de la langue est le plus fort, car il fonde le sentiment d’appartenance à une communauté. Parce que la mondialisation des échanges et les progrès de la construction européenne ne cessent de le faire évoluer, les pouvoirs publics sont appelés à réaffirmer une politique de LA langue qui, tout en veillant à garantir la primauté du français sur le territoire national, participe à l’effort de cohésion sociale et contribue à la promotion de la diversité culturelle en Europe et dans le monde." Cette présentation oublie bien évidemment ce que cet organisme étatique est censé promouvoir la diversité linguistique et les autres langues, et ne se focalisant que sur la "primauté" du français, sa prééminence ou la priorité donnée à une seule langue, le français.
Ce paradoxe du français ne fait que l'affaiblir, le ridiculiser dans sa lutte éperdue à redevenir la langue des Lumières, aujourd'hui perdu dans le dogme obscure de la négation des autres pour exister... Ce ne sont évidemment pas les francophones qui souhaitent cet état de fait, certains d'entre eux vivant souvent des situations minoritaires. Nos amis Québécois sont les premiers à le savoir et comprennent le désarroi des Bretons, Basques ou Corses face à l'aveuglement de certains "monolingues frustrées" qui dirigent la patrie de leurs origines et empêchent toute expression du pluralisme linguistique.
Alors, la langue française sert-elle à quelque chose ? La réponse est résolument oui, mais certainement pas à un impérialisme linguistique qui anéantirait les autres langues.
(Eurominority)
http://www.eurominority.eu/version/fra/reports-detail.asp?id_actualite=1517