Fecha de publicación: 20-nov-2010 23:45:08
04/03/2010
Dans chaque territoire, de drôles de chercheurs s’activent, frappent aux portes, arpentent les villages, à la recherche de… la langue.
L’Occitan, langue parlée par tous il y a encore quelques générations, doit aujourd’hui être récupérée d’urgence. En gravant durablement les voix de ceux qui l’ont parlé depuis l’enfance, un sauvetage des mots, des accents et des expressions s’opère avant qu’il ne soit trop tard.
Un programme de sauvegarde et de collectage a en effet été engagé par différents partenaires : le Conseil Général, le Rectorat, et le CROM notamment (Centre de Ressources Occitanes et Méridionales).
En Ariège, l’Institut d’Etudes Occitanes a été missionné pour mener à bien cette grande collecte d’enregistrements vidéo, dans un travail en plusieurs phases.
En Mars et Avril, il faudra rechercher des primo-locuteurs, des chanteurs, des conteurs pour interroger leur mémoire et leur parler. Ces personnes seront ensuite enregistrées, pour indexer et archiver les données, et pour en produire un DVD.
L’étape ultime pour ces documents n’étant bien sûr pas de finir empoussiérés sur une étagère, mais bel et bien d’être transmis aux générations futures.
Claudine Rivère-Souilla a elle-même parlé l’occitan avant le français dans la maison de ses grands-parents.
Aujourd’hui vice-présidente de l’Institut d’Etudes Occitanes, elle mène une partie des recherches dans le secteur de Massat et Boussenac.
Elle explique «nous voulons avoir 20 ou 25 personnes dans chaque pays, c'est-à-dire un panel de 100 personnes au total.
C’est nécessaire (tant qu’il y a encore des gens qui parlent la langue tous les jours) qu’ils soient enregistrés pour qu’ils la transmettent aux jeunes générations, et qu’on sorte un peu de l’occitan scolaire qui est le même partout»
Et pour écouter et parler l’occitan, pas besoin pour elle d’aller bien loin. Dans le hameau voisin, son oncle, Roger Loubet, participera lui-même au collectage.
Du haut de ses 88 ans, Roger est vite ému quand il parle de l’occitan.
Plus qu’une langue, c’est une culture, une manière de vivre, un monde. C’est aussi toute sa jeunesse.
Il se souvient en souriant de son arrivée à l’école de la république, «le premier souvenir qu’il me reste c’est d’avoir attrapé un coup de pied au derrière, le premier jour où je suis allé à l’école, car c’était défendu de parler patois !»
S’il participe au collectage, c’est aussi pour préserver une diversité qu’il affectionne, «il fallait unifier la langue, mais c’est dommage qu’en l’unifiant, on perde la saveur des parlers locaux. Même au sein des petites vallées, il y a des variétés de parlers : c’est le témoin de sa vitalité à une époque»
Ce qu’il faut transmettre selon lui, «ce n’est pas seulement la langue, mais la culture et le mode de vie occitan.
Car les gosses actuels aiment surement la langue mais pour eux ça ne pourra jamais représenter la même chose que pour nous. Ils ne pourront pas se figurer qu’elle était notre vie à l’époque. C’était quelque chose qu’ils ne peuvent pas percevoir»
Car si la grammaire, les mots, des tournures de phrase peuvent s’enregistrer, d’autres choses plus imperceptibles, indéfinissables parfois, se perdront peut-être : comme par exemple un certain humour et un état d’esprit lié à un mode de vie aujourd’hui révolu.
Comme beaucoup de personnes de sa génération, Roger parle beaucoup de l’humour des gens d’avant, «il y avait beaucoup d’humour dans le coin. Les montagnards étaient réputés par le fait qu’ils aimaient se moquer des gens, amicalement bien sûr et ils leur donnaient des noms très drôles»
Pendant les semaines à venir, les enregistrements commenceront.
Et de l’autre côté de la chaine, les jeunes générations pourront s’en saisir si elles le souhaitent, pour continuer de faire vivre une langue qui n’a pas dit son dernier mot.
http://www.ariegenews.com/ariege/actualites/2010/15795/a-la-recherche-des-voix-de-l-occitan.html