Fecha de publicación: 27-oct-2010 3:32:51
[25/10/2010]
La langue est par définition la principale "source" de l’écrit. Face à la disparition d’un grand nombre de langues dans le monde, il est évident qu’on s’approche d’une perte inestimable. Ce "patrimoine", sa richesse et sa diversité, servent au quotidien les auteurs, poètes ou philosophes et finalement les lecteurs. Plus les langues disparaissent, plus l’écrit est en danger. Face à ce constat quelles solutions peut-on imaginer ?
L’écrit face aux nouveaux médias
Face à la déferlante des nouveaux médias, l’écrit qu’on pourrait qualifier de "traditionnel", à savoir le livre, paraît menacé. La télévision, et ce depuis les années 1970, a totalement modifié nos comportements face à l’information. L’arrivée d’internet dans les années 1990 et plus encore les outils informatiques ont bouleversé notre rapport avec l’écrit. L’écrit n’a pas disparu, il a muté, évolué, s’est digitalisé.
Quel écrit demain ?
La disparition de l’écrit n’est qu’une hypothèse lointaine. La vraie question est : "Quel écrit demain ?" Il existera vraisemblablement toujours dans les décennies à venir et gardera sa fonction première, c’est-à-dire la communication. Mais quelles formes utilisera-t-il, quels supports, et question qui nous préoccupe ici, quelle(s) langue(s) ? D’autant que, contrairement à une idée reçue, l’écrit nous submerge parfois, sans que nous nous en rendions toujours compte. Observez les routes et les nombreux panneaux publicitaires polluant notre quotidien.
Le "dieu" livre
Le défi de l’écrit est-il réellement de lutter contre sa disparition ou bien de survivre sur l’un de ses supports de prédilection, le livre ? En effet, le livre attire de moins en moins ou, plutôt, les méthodes de marketing orientent les lecteurs sur des auteurs à succès, devenus de véritables produits commerciaux, ne permettant pas de faire vivre les écrivains à la renommée plus modeste et finalement l’ensemble de la chaîne de l’édition. Le livre a parfois changé de fonction. Ce n’est plus seulement un moyen de transmission du savoir. Il est parfois un simple objet de décoration. Le "livre objet" ornant une belle bibliothèque a-t-il toujours été lu par son détenteur ? Le pire est certainement ce que l’on peut qualifier de "livre bobo". Au risque d’être la risée de sa "caste", il faut avoir lu le dernier livre à la mode ou au moins, le posséder. Il paraît évident que la globali,sation peut avoir des conséquences désastreuses pour nos modes de vie. L’uniformisation de nos société, peut à terme faire peser un danger sur l’écrit dans ses formes les plus diverses. Le livre ne serait plus un objet de connaissance, le fruit de la gestation aboutie d’un auteur, mais l’accouchement rapide de produits "marketés" pour une masse monolingue.
Un défi pour l’écrit : la pluralité des langues
Devant tant de défis pour le livre, se pose également la question de la place de la langue, ou des langues. Soyons certains que l’anglais, le français ou l’espagnol ne disparaîtront pas de sitôt. Ces langues, avec la motivation de leurs nombreux locuteurs, disposent d’assez d’énergie et de moyens de lobbying pour garder une place de premier choix. Mais combien d’entre elles ont cette chance ? L’Unesco recense en effet plus de deux mille cinq cents langues en danger, dont deux cent trente éteintes depuis 1950, sur les plus de six mille que compte la planète. Elles sont en danger à des degrés divers. Certaines sont considérées comme sauvées (pour le moment), à l’instar du catalan ou du galicien qui, malgré leur situation de langues minorisées, sont transmises naturellement de génération en génération. D’autres sont considérées comme vulnérables, comme le gallois, le basque ou le frison, qui sont largement pratiquées mais pour lesquelles il existe des restrictions d’utilisation, notamment dans le domaine public. La catégorie suivante englobe des langues "en grave danger", comme le sarde, le romanche, le sorabe ou le gaélique, dont la transmission est plus difficile. Le breton, tout comme l’occitan, le cachoube ou de nombreuses formes du lapon font parties de la catégorie des langues les plus "sérieusement en danger", du fait d’une transmission intergénérationnelle interrompue dans une grande partie de la population.
La prise de conscience tardive de la richesse linguistique
Ces situations trouvent leur origine dans des contextes très différents. L’abandon d’une langue ou sa défense ne sont pas vécus de la même manière selon les peuples qui les pratiquent mais également selon les États dont ils dépendent. Certains ont pu laisser leur langue s’éteindre par négligence, par opportunisme et finalement par la contrainte. Les Bretons ne seraient-ils pas de ceux-là ? Historiquement, le breton n’a pas été l’objet de toutes les attentions de la part des élites locales. La maîtrise du français est devenu un facteur de réussite sociale, marginalisant encore plus le breton. La prise de conscience de la richesse de ce patrimoine linguistique n’a été que très tardive. Et les brittophones rencontrent encore les obstacles d’une frange de farouches opposants, parfois "monolingues frustrés", mais souvent téléguidés par le dogme de l’unicité de l’État par la langue unique. D’autres en revanche ont pris plus tôt conscience que la langue était le véritable véhicule de leur culture et de leur identité. Les Basques ou les Catalans sont aujourd’hui les premiers en Europe à faire parler d’eux pour la défense de leur langue. Les années de régime franquiste et l’opposition des ultraconservateurs n’ont pas eu raison d’eux. On le voit, ne serait-ce qu’en Europe, les langues sont en danger. Pourtant elles renferment des savoirs qui leur sont propres, un vocabulaire original, une syntaxe et une structure spécifiques et, pour terminer un mode de pensée unique. Même si elles ne sont pas obligatoirement écrites, mais peuvent le devenir, un grand nombre d’entre elles sont aujourd’hui menacées.
Langues vivantes, langues moribondes
Il va de soi que l’écrit dépend de la pratique d’une langue, sa littérature également. Pour être lu, il faut avoir des locuteurs, mais pas seulement. Le niveau d’éducation de ses lecteurs est également primordial et trouver son public est essentiel. Chaque langue est de fait soumise à ce dilemme. Le chinois mandarin ou l’espagnol sont les langues les plus parlées, mais sont-elles plus écrites que l’anglais, troisième langue de la planète ? Par exemple, sur internet, Wikipedia, qui est l’encyclopédie leader dans son domaine, peut apporter une première réponse. Le nombre d’articles ne dépend pas du nombre de locuteurs mais de plusieurs autres critères. Il y a, notamment, la motivation des locuteurs des différentes langues de partager de la connaissance, leur niveau d’éducation, l’ouverture des pays où est pratiquée la langue, mais aussi le niveau d’équipement informatique. Une langue, pour être écrite, a surtout besoin d’être promue par ses locuteurs. Le cas du catalan est emblématique. Langue minoritaire, elle est la treizième utilisée sur Wikipedia et le breton est la cinquante-cinquième langue. Sur les six mille langues parlées dans le monde, seules 273 sont présentes sur ce média et une quarantaine à peine ont plus de cent contributeurs dits "actifs", dont le breton.
Volontarisme politique pour la défense des langues
Combien de fois devra-t-on répéter que toutes les langues sont égales ? Aucune ne mérite le sort qu’on leur prédit. Certes, elles peuvent évoluer, s’influencer, s’enrichir les unes les autres, mais elles n’ont pas le droit de ne pas mourir. Existe-t-il des solutions à ce qui paraît être une fatalité ? La réponse est claire : oui. Elle n’est pas simple et demande une vraie volonté politique qui ne peut être impulsée que par la volonté du "peuple". Comme bien d’autres, les Bretons ont toujours affirmé leur attachement à leur langue. Ils se prononcent régulièrement pour que leur région dispose de plus de pouvoir de décision. Pour mener à bien une politique linguistique digne de ce nom, et cela vaut pour l’ensemble des peuples de la planète, trois conditions sont donc nécessaires : disposer de l’appui des populations concernées, de moyens d’action politiques et de financements. En Bretagne, seule la première condition est remplie. Les deux autres le seront si la Bretagne dispose, comme le pays de Galles, la Catalogne ou le Québec, de plus d’autonomie d’action...
L’écrit et les langues ne seront plus en danger quand les hommes se prendront en main pour sauvegarder ce qui fait leur originalité.
Mikael Bodlore-Penlaez
Contribution dans le cadre du Salon du Livre en Bretagne de Carhaix
Salon du Livre en Bretagne de Carhaix
http://www.eurominority.eu/version/fra/reports-detail.asp?id_actualite=1520