Fecha de publicación: 24-oct-2010 12:37:28
23/10/2010
Karine Sarbacher est la présidente de l’association ABCM Zweisprachigkeit. Photo Darek Szuster
Comme les associations de quatre autres régions, qu’elle reçoit à Mulhouse, ABCM a pris le tournant de l’enseignement linguistique par immersion.
« Il faut une prise de conscience : si on veut sauver la langue régionale, surtout le dialecte, si on veut des locuteurs actifs, il faut qu’on passe à l’immersion » : c’est la ligne que s’est fixée Karine Sarbacher, et, avec elle, l’association ABCM Zweisprachigkeit, qui accueille depuis hier, à Mulhouse, le 4 e colloque de l’Institut supérieur des langues de la République française (ISLRF).
« S’Sprochbàad », le bain linguistique, c’est justement le thème affiché de ce rendez-vous où les Alsaciens reçoivent, dans ce qui reste pour eux un combat, le renfort et le soutien moral de réseaux associatifs qui pratiquent, souvent depuis longtemps, en breton, en catalan, en occitan et en basque, l’accueil et la scolarisation en langue régionale.
Dans les écoles Diwan, par exemple, qui ont délégué au centre sportif régional Éliane Kerjoant, directrice du premier degré, l’immersion en breton est totale jusqu’à la fin du CP. Le français ne vient qu’après, en CE1. Et pour l’Alsace, selon Karine Sarbacher, « douze heures d’allemand [comme cela est pratiqué dans notre enseignement bilingue paritaire, NDLR], ça ne suffit pas ».
« Douze heures d’allemand, ça ne suffit pas »
Dans les écoles maternelles du réseau ABCM, on a d’ailleurs commencé à introduire, depuis deux ans, des séquences, d’une demi-journée entière au moins, en alsacien et en allemand. « Pour apprendre à nager, il faut se baigner en entier », avait résumé à la tribune le président de l’ISLRF Jean-Louis Blenet. Quant à l’alsacien, son apprentissage, parce qu’il est l’ancrage de la langue régionale en Alsace (l’allemand étant sa « forme écrite »), il est indispensable, selon Karine Sarbacher qui cite le cas de Mulhouse où « 80 % des élèves sont issus de familles francophones » et où « ce sont souvent les personnes venant d’autres régions, qui sont les plus motivées : car apprendre une langue, c’est aussi la vivre. »
Avec l’institut, basé à Béziers, les écoles des cinq réseaux disposent d’un lieu de formation, pour leurs enseignants (y compris ceux d’ABCM), et d’élaboration des outils pédagogiques. À l’ISLRF aussi de formaliser les arguments qui peuvent apaiser les craintes des familles, face notamment au caractère tardif de l’apprentissage du français, ou aux critiques des sceptiques.
« La même chose que les Canadiens français »
Celle, par exemple, qui renvoie les raisons du succès d’ABCM et des autres réseaux au caractère élitiste de leurs réseaux (1 100 élèves, en tout, en Alsace) : « Nous faisons la même chose que ce que font les Canadiens français à une échelle hyper-industrielle et, dans un système piloté par les Canadiens anglais, au profit de la langue française ! », dit par exemple Felip Hammel.
Le directeur de l’ISLRF, qui revendique pour les écoles immersives le caractère de « laboratoire », fait remarquer que « la France est absente de ce champ » et trouve « préoccupant que ce soit une association qui soit en charge de la recherche transversale entre langues régionales ». Rassurant, il affirme aussi que, s’agissant du français, « Bretons, Basques ou Occitans, nous souhaitons que nos enfants parlent et écrivent aussi parfaitement le français. Et leurs résultats sont splendides ! »
Luc Marck
Y ALLER Le colloque « s’Sproochbàd » se poursuit aujourd’hui de 9 h 30 à 16 h, au centre sportif régional à Mulhouse. Site internet : www.bain-linguistique.com