Fecha de publicación: 12-dic-2010 16:20:06
6 décembre 2010
Je suis souvent surpris du fossé existant entre les noms de certains sites et leur contenu. Lorsque je lis "Alternatives Paloises", je m’attends à ce que l’on me propose une nouvelle manière de penser, de concevoir le monde, plus ouverte, plus respectueuse de l’autre. (Voir l’article "Occitâneries" paru 2 décembre)
Pas à ce que l’on me ressorte des cliché éculés et de navrantes inepties, doublées d’un jugement de valeur à l’emporte-pièce, catégorique, autoritaire, qui ne supporte pas la contradiction, bref un discours qui fleure bon l’école à Papa, celle de la IIIème République et des coups de règle sur les doigts. Il me semble qu’à votre suite je pourrais annoncer haut et fort que la Terre est plate, personne ne saurait me contredire, tant il apparaît inutile ici de se justifier, d’apporter les preuves scientifiques de ce que l’on avance. Tout cela pour dire que vous devriez vous renseigner un minimum avant de vous noyer dans de vaines arguties.
Première idée reçue, la langue du Béarn serait le béarnais et l’occitan serait une langue venue d’ailleurs (des bords de la Méditerranée, d’après vos dires). L’occitan est le terme générique qui sert à désigner l’ensemble des parlers du domaine d’oc : provençal, limousin, gascon... Autrement dit, l’occitan en soi, seul, n’existe pas, c’est un concept désignant le phénomène d’intercompréhension de ces différents dialectes, qui ont notamment en commun la manière de dire "oui" : "òc", prononcé "o", "quio" chez certains béarnais (contraction du "que" énonciatif et de "òc"). En terme de linguistique, le béarnais et le provençal ou le limousin sont deux évolutions différentes mais extrêmement récentes d’une même langue originelle, la langue d’oc. Les évolutions sociales et historiques propres à des territoires relativement éloignés à une époque où la voiture n’existe pas encore ont creusé un minimum d’écart, mais les échanges commerciaux donc culturels persistant, la compréhension entre ces différentes manières de parler a également continué, et continue encore, et c’est cela qui permet d’affirmer que la langue d’oc, l’occitan (appelez cela comme vous voulez), est une seule langue, qui se parle différemment selon le lieu. Les français, qui ont subi l’Académisme, le jacobinisme de la Révolution, l’école républicaine de Ferry, ont toujours un mal fou à concevoir ce qui est pour tout le reste du monde une évidence, le fait qu’il n’y a jamais une seule manière de parler une langue, et que ces différences ne sont pas un frein, et encore moins un facteur de scission. Et ce alors même qu’ils ont un exemple sous le nez, un exemple dont ils s’enorgueillissent chaque jour, pour la résistance qu’il symbolise face à "l’envahisseur anglophone" : le Québec. Au Québec, on parle québécois. Mais pourtant on parle français. C’est la même langue, difficile à nier, non ? On se comprend bien, on ne parle pas pareil...mais c’est la même langue, indubitablement. Je signale à cet effet aimablement à tout le monde que la définition que je donne de l’occitan est celle communément admise par la Délégation Générale du Français et des Langues de France, de la Generalitat de Catalunya, du Conseil de l’Europe et de l’Unesco. Cherchez donc un peu sur leurs sites (et il y en a beaucoup d’autres) pour plus d’informations. Je n’ose vous conseiller l’article de Wikipédia sur le sujet, car même s’il est bien fait, vous l’accuseriez d’être partisan et subjectif.
Ceci dit, je ne nie pas qu’il y a des problèmes communicationnels quant au terme d’"occitan" employé à tout va alors qu’il ne signifie pas grand-chose en général, même pour ceux qui parlent la langue. Préciser à chaque fois "occitan gascon", "occitan provençal", aiderait grandement à l’appropriation ou à la réappropriation du terme par le grand public, sans chercher à effacer les idiomatismes locaux, indéniables.
La seconde saillie du message m’a beaucoup fait rire, je dois dire, mais n’y voyez pas quelque mépris de ma part, le quiproquo (qui n’est pas nouveau) est quand même assez croustillant. Selon vous, la "honte" s’écrirait "bergougno" en béarnais, et "vergonha" en occitan. Oui et non. Tout dépend du point de vue. Les gens qui reconnaissent le concept d’occitan pour désigner l’ensemble des dialectes d’oc (cf ce que je disais plus haut) ont depuis un siècle adopté un système graphique dit "normalisé" ou "classique", qui reprend la manière d’écrire des troubadours à une époque où il y avait moins de différences internes au sein de la langue d’oc qu’aujourd’hui. Ce système est le seul qui permette de respecter les particularismes locaux en rendant parfaitement compte à l’écrit de l’intercompréhension orale, communément admise par la population. Selon ce système, la "honte" s’écrit donc "vergonha". Mais cela se prononce bien "bergougno", selon le système phonologique du français. Vous noterez au passage qu’il est paradoxal de revendiquer le béarnais comme une vraie langue, à part (sous-entendu différente du français), tout en l’écrivant comme si c’était du français. Je me permets d’ailleurs de poser la question : depuis quand une langue s’écrit-elle comme elle se prononce ? Que je sache, lorsqu’en anglais vous voyez écrit "butterfly", pour peu que vous ayez appris à lire l’anglais, vous lisez "beuteurflaïe" (à la française et à peu de choses près), et non pas "butérfli". Ici, c’est la même chose : si on considère que l’occitan béarnais est une langue à part entière, il doit avoir un système d’écriture logique, il faut juste apprendre à le lire (ce que l’on fait dans l’apprentissage normal de toutes les langues).
Concernant maintenant la signalisation bilingue, vous ne semblez pas non plus vous être renseigné en profondeur, ni sur la toponymie, ni sur les idées des "occitanistes" que vous condamnez. Si cela avait été le cas, vous auriez vu qu’une bonne politique de signalisation bilingue ne s’arrête pas aux "contre-panneaux" d’entrée de ville (en fait de simples panneaux apposés, il ne s’agit pas ici de remplacer le français ou de lui faire concurrence, simplement de le compléter) mais rentre en profondeur dans celle-ci, évitant le cas, ridicule je vous l’accorde, du panneau identique en français et en occitan, tout en valorisant, dans leur langue, le sens des noms de rue, de quartiers de la ville. Et, si les choses sont bien faites, des explications seront disponibles facilement pour expliquer le pourquoi de la démarche (pourquoi "Pau" se prononce "Paou" ? Qu’est-ce que cela veut dire ? D’où cela vient-il ?). Cela servira entre autres à la conservation patrimoniale (architecturale et immatérielle) de la ville, en renforçant une identité qu’elle a tendance à oublier, au risque de devenir un clapier sans âme, vide de sens et de saveur. Je signale d’ailleurs au passage qu’il n’est nullement question d’occulter les toponymes pré-romains, également constitutifs de l’identité des lieux, pas plus que les emprunts (et les échanges) au domaine bascophone. Ceci dit, il est vrai que les romains (qui ont ébauché les langues romanes que sont le français et l’occitan) furent en Gascogne un peuple colonisateur et dominateur, et la langue parlée avant leur arrivée est aujourd’hui disparue de l’aire béarnaise, c’est un fait. Mais nous ne pouvons pas refaire l’Histoire. Tout au plus pouvons nous éviter qu’elle ne se répète, en empêchant la disparition annoncée de l’occitan gascon.
Quant à cet obscur "Mouvement Républicain de Salut Public", dont le nombre de militants effectifs semble aussi conséquent que le nombre de doigts à la main gauche de Django Reinhardt, il a pour principale ressource le bras de son président, asez long pour taper discrètement sur l’épaule d’un juge d’un petit tribunal administratif, juge qui aurait certainement trouvé de quoi s’occuper sans avoir à s’impliquer dans cette histoire clochemerlesque, comme vous dites. (Petit jeu au passage : dans Clochemerle justement, qui gagne, ceux qui veulent la vespasienne ou ceux qui sont contre ?)
Ce jugement ne peut décemment pas faire jurisprudence (ou la Bretagne, la Corse et le Pays Basque rentrent en guerre civile), et ne vous en réjouissez pas trop vite, il n’est que le reflet juridique, bête, méchant et discipliné, mais sans jugement de valeur (ça, ce n’est pas le travail du juge) de la loi française. Loi française qui, rappelons-le, ne reconnait que le français comme langue de la République, ce qui scandalise tous nos voisins européens...
@ Claudiqus : Vivez-vous bien votre schizophrénie ? Oh, je ne vous reproche rien, je constate, simplement. C’est ce que vos propos m’inspirent : d’un côté vous fustigez les démarches identitaires pour de l’autre affirmer que votre identité à vous elle est française, et seulement cela, mais en vous disant "non-enraciné"...en général, être républicain c’est aussi être identitaire territorial. La suite n’est qu’une question d’échelle (France ou Béarn ?). Là-dessus, j’ai envie, de la manière la plus convenue qui soit, de citer Castan : "On n’est pas le produit d’un sol, on est le produit de l’action qu’on y mène". Pourquoi voulez-vous empêcher les gens qui oeuvrent pour leur culture minoritaire de construire eux-même leur propre identité ? Ça n’est pas parce qu’il y a sur un bout de papier plastifié, écrit "Nationalité Française" que cela suffit à se sentir entier, et vivant.
@Marc : En fait, si, cela fait partie des missions du Ministère de la Culture et des Collectivités Territoriales (CR et CG) d’agir en faveur des langues régionales, avec plus ou moins de réussite. La raison en est simple : ce sont des collectivités "locales" avec la compétence culturelle, ce qui implique forcément de travailler avec ce qui culturellement est préexistant. Quant aux panneaux, la loi stipule qu’ils doivent être en français, cela paraît évident, mais rien n’empêche d’y ajouter quelque chose, surtout si cela peut avoir une valeur patrimoniale, comme défini par l’article 75-1 de la Constitution...
@Autochtone Palois : si vous étiez vraiment à quelques mètres de la banderole photographiée vous n’aurez pas manqué de noter que le nom de ce mouvement est "Libertat" et non "Libertad", et qu’il ne se réclame pas de l’ultra-gauche (terme inventé de toutes pièces par l’UMP) mais de l’extrême gauche, ce qui n’implique pas les mêmes choses. Hestiv’Òc est une fête, mais c’est une fête occitane, porté par les occitans béarnais pour les autres occitans (et pas besoin d’accoler un "iste", merci) et sur ce projet culturel, Libertat les rejoint. Et attention aussi à l’amalgame inverse, Libertat n’est pas seul à porter le projet de signalisation bilingue, loin de là...
- par Dan
Ni français, ni occitaniste
http://www.alternatives-paloises.com/article.php3?id_article=4479