Stratégie
Flottes et Convois
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Flottes et Convois
Flottes et Convois
Publié sur 18centres le samedi 26 avril 2003, Écrit par Matthew Self, Traduit par Laurent Lafrechoux
Table des matières
1. Le Saut de grenouille
2. Bataille navale à un contre un
3. Situation paradoxale d'interruption de convoi
4. Autre situation paradoxale
5. Le cauchemar de l'arbitre d'une partie
6. L'interprétation d'un convoi selon le Juge de Ken Lowe
7. Le Paradoxe de Pandin
8. La résolution du Juge DP
9. Ordres de convois ambigus
10. Blocus à Gibraltar
Dans la mesure où un convoi ne peut être interrompu que par une attaque délogeant l'une de ses flottes, il est possible pour une unité navale de participer à une attaque sur un territoire côtier tout en gardant le contrôle de la mer qu'elle occupe. Soient deux coups pour le prix d'un seul !
Dans l'exemple 3.1, quelle est la meilleure façon d'attaquer le Piedmont pour la France ? Un soutien depuis le Golfe du Lion est tout simplement rompu par une attaque. Il est donc nécessaire de soutenir l'attaque depuis Toulon. Cependant une attaque de la flotte est sûre de réussir, mais ne pourra pas menacer Venise et laisse à l'Italie l'opportunité d'occuper le le Golfe du Lion. Il est bien plus efficace d'effectuer un « saut de grenouille », en convoyant l'armée d'Espagne elle-même soutenue par Toulon.
Exemple 3.1
France : A Espagne -> Golfe du Lion -> Piedmont
France : F Golfe du Lion C Espagne -> Piedmont
France : A Toulon S Espagne -> Piedmont
Italie : F Mer Tyrrhénienne -> (*rebond*)
Italie : A Toscane -> Piedmont (*rebond*)
Italie : A Rome -> Toscane (*rebond*)
Lors du prochain mouvement, la France pourra attaquer Venise ou bien encore reproduire un saut de grenouille en Toscane !
Dans les régions de la Mer Noire et de la Mer Baltique, vous vous trouverez souvent dans une situation de combat opposant une de vos flottes à une autre ennemie, également esseulée que la vôtre. Dans ce genre de configuration, il est important de bien comprendre que vous ne pourrez jamais déloger la flotte adverse si elle se trouve en pleine mer. Vous ne pourrez donc pas progresser sans que votre adversaire se retire de lui-même. Or celui-ci se montrera certainement fort prudent avant d'envisager une telle stratégie car le moindre faux-pas est sans appel.
La seule chance de prendre l'avantage réside dans l'attaque d'une province côtière soutenue ou convoyée par la flotte. Attaquer la lotte adverse est sans réel espoir de succès, mais néanmoins sans danger. Un soutien n'est garant de succès non plus dans la mesure où votre flotte est elle même soumise à une possible attaque adverse. En revanche, un convoi se révèle souvent être une excellente alternative puisque ce dernier ne peut être interrompu. Il est également possible de rompre le soutien d'une unité côtière, mais vous prenez le risque de voir votre adversaire vous laisser accoster et ainsi prendre votre place en mer !
Dans exemple qui suit, la plus sûre façon pour l'Allemagne de s'emparer de la Prusse est d'attaquer avec la flotte balte. Malheureusement, la flotte russe pourrait bien en profiter pour entrée en mer baltique d'où elle serait inexpugnable. Puisqu'il semble trop risqué de procéder de cette façon et qu'un soutien serait hasardeux, un convoi reste l'idée adéquate.
Voici une possibilité
Exemple 3.2
Russie : A Norvège -> Suède (*rebond*)
Russie : F Golfe de Botnie -> Mer Baltique (*rebond*)
Russie : A Prusse Tient
Russie : A Varsovie S A Prusse
Allemagne : A Suède Tient
Allemagne : A Danemark S A Suède
Allemagne : F Mer Baltique C A Kiel -> Lithuanie
Allemagne : A Kiel -> Mer Baltique -> Lithuanie
Allemagne : A Silésie -> Prusse
Allemagne : A Berlin S A Silésie -> Prusse
Les règles de base de Diplomacy concernant les convois et leurs interruptions peuvent assez fréquemment provoquer des situations paradoxales, comme le montre l'exemple 3.3
Exemple 3.3
France : A Brest -> Manche -> Londres
France : F Manche C A Brest -> Londres
Angleterre : F Londres S F Cornouailles -> Manche
Angleterre : F Cornouailles -> Manche
L'armée convoyée coupe t'elle le soutien londonien protégeant ainsi le convoi ? Ou bien la flotte soutenue déloge t'elle sa rivale avant que le soutien ne soit coupé ? Les deux possibilités semblent envisageables. Les règles originales d'Avalon Hill (1976) résolurent ce cas particulier en stipulant qu'une attaque convoyée ne pouvait pas protéger les flottes la convoyant. En l'occurrence, voici comment était traité ce problème :
Si une armée convoyée attaque une flotte dont le soutien est ordonné pour l'attaque contre une des flottes du convoi, ce soutien n'est pas rompu.
Ce qui résout les problèmes de notre exemple.
Malheureusement, ce n'était pas la fin de nos problèmes. Il existe des cas plus compliqués faisant ressurgir des problèmes de même nature, qui ne peuvent être résolus par la règle de 1976. L'exemple 3.4 une autre situation paradoxale de rupture de convoi dans laquelle deux convois protégeant chacun les autres flottes.
Exemple 3.4
France : A Brest -> Manche -> Londres
France : F Manche C Brest -> Londres
Angleterre : F Londres S Edimbourg -> Mer du Nord
Angleterre : F Edimbourg -> Mer du Nord
Allemagne : F Belgique S Picardie -> Manche
Allemagne : F Picardie -> Manche
Russie : A Norvège -> Mer du Nord -> Belgique
Russie : F Mer du Nord C Norvège -> Belgique
Les deux convois sont ils assurés ou leurs flottes respectives sont elles délogées. Ici encore, les deux possibilités sont plausibles. Par analogie avec notre premier cas les deux flottes devraient être délogées, mais il est néanmoins ennuyeux de devoir recourir à une analogie à la place de règles strictes.
C'est à cause de problèmes semblables qu'Avalon Hill corrigea la règle du jeu en 1982 pour apporter une solution plus générale à ce genre de problème.
Si une unité convoyée attaque une flotte qui, elle-même soutient une action se déroulant en pleine mer ; que cette mer contient une flotte participant à un convoi, son soutien n'est pas rompu.
Ce changement modifie la compréhension de chacun des paradoxes précédemment étudiés de façon plus adaptée à nos souhaits.
Malheureusement, il peut arriver que le remède fourni par cette nouvelle règle soit pire que le mal. L'exemple 3.5 soulève un cas qui ne souffrait d'aucune discussion quant à sa résolution, mais dont la nouvelle règle modifie le résultat.
Exemple 3.5
Angleterre : F Canal St Georges -> Océan Atlantique.
Angleterre : F Manche S Canal St Georges -> Océan Atlantique.
France : F Espagne (côte nord) S Océan Atlantique.
France : F Océan Atlantique C Portugal -> Brest.
France : A Portugal -> Océan Atlantique -> Brest.
Italie : F Golfe du Lion C Toscane -> Espagne.
Italie : A Toscane -> Golfe du Lion -> Espagne.
Que se passe-t'il en Atlantique ? Selon les règles originales, l'attaque en Espagne devrait rompre le soutien, provocant l'échec du convoi en Atlantique. Le fait que l'attaque soit portée par une unité convoyée était sans importance.
Cependant, d'après les nouvelles règles, le soutien (d'une action portant sur une mer comportant la flotte d'un convoi) ne devrait pas être rompu. Le convoi en Atlantique devrait donc réussir. Cela reste vrai même dans le cas où l'armée de Toulon soutien l'attaque sur l'Espagne, délogeant ainsi l'unité qui si trouve.
Ce résultat n'est pas très logique et la règle originelle semble mieux adaptée dans ce cas de figure. Qu'il est malheureux que la nouvelle règle ait omis ce cas qui se produit vraisemblablement plus souvent que l'exceptionnel cas auquel elle voulait remédier
Le Juge de Ken Lowe essaie de tirer le meilleur de chacune des deux règles, ce qui se fait au détriment de la simplicité.
1. Le mouvement normal de toute unité non convoyée rompt un soutien.
2. Toute armée convoyée par des flottes susceptibles d'être délogées par une attaque est considérée "potentiellement non convoyée".
3. Le mouvement de toute armée convoyée non considérée "potentiellement non convoyée" est résolu comme un mouvement normal tel que décrit en "1"
4. Toute armée convoyée par une flotte qui devrait alors être délogée est considérée "définitivement non convoyée"
5. Le mouvement de toute armée considérée "potentiellement non convoyée" est alors résolu comme un mouvement normal tel que décrit en "1". Le Statut "potentiellement non convoyée" est effacé.
Pour tout programmeur informatique, ceci est clair comme de l'eau de roche ! Pour les autres, il faudra probablement plusieurs exemples pour en comprendre le fonctionnement. Vous trouverez que les règles du juge, utilisant le meilleur des deux possibilités est plus appropriée que l'effet déplaisant produit par l'utilisation des règles de 1982.
Pensez vous que le sujet ait désormais été étudié sous toutes les coutures ? J'en doute. Il existe probablement quelques cas exceptionnels dans lesquels la règle du juge ne produira pas le résultat approprié (en admettant que tout le monde s'accorde pour considérer un résultat comme le plus approprié). Mais il semble que ce soit la solution la mieux adaptée à nos besoins, au moins à moyen terme.
Alors que vous venez d'assimiler le fonctionnement de ces paradoxes de convois et que nos problèmes semblaient résolus, apparaît alors le Paradoxe de Pandin. Celui-ci est plus ennuyeux que ceux que nous avons étudié jusque maintenant.
Exemple 3.6
France : A Brest -> Manche -> Londres.
France : F Manche C Brest -> Londres.
Angleterre : F Londres S Cornouailles -> Manche.
Angleterre : F Cornouailles -> Manche.
Allemagne : F Mer du Nord S Belgique -> Manche.
Allemagne : F Belgique -> Manche.
Comme dans l'exemple 3.3, l'armée convoyée essaie de rompre le soutien commandé pour une attaque contre la flotte convoyant. Mais cette fois, cette attaque protège la flotte du convoi par un rebond provoqué par une attaque allemande de même valeur. Si on considère que le convoi réussit, alors le soutien londonien se doit être rompu. Mais paradoxalement, si le soutien londonien est rompu, le convoi ne peut réussir !
Dans un cas paradoxal de rupture de convoi ordinaire, il existe deux résolutions possibles, chacune d'elle ayant ses avantages ; la difficulté étant de choisir entre les deux. Pour le Paradoxe de Pandin, aucune des deux n'est satisfaisante !
Chacune des deux règles proposées par les versions d'Avalon Hill considère le soutien comme n'étant pas rompu, même si le convoi n'est pas interrompu. D'un autre côté, la règle du juge considère que le soutien est rompu et que le convoi est interrompu. La règle du juge se rapporte alors dans ce cas aux règles d'Avalon Hill en modifiant la deuxième étape de son programme.
2. Toute armée convoyée par des flottes susceptibles d'être délogées qui dépend d'une rupture ultérieure de soutien par une attaque est considérée "potentiellement non convoyée".
Ceci rend inopérante l'attaque de l'armée si celle-ci doit rompre le soutien qui attaque ou défend la flotte du convoi.
Le juge de Deep Pouch résout les paradoxes en incluant la règle de 1982. Celle qui veut qu'une armée convoyée ne peut pas rompre le soutien d'une unité visant à défendre ou attaquer la position de toute flotte participant à un convoi même si elle s'en trouve délogée. (Tout autre soutien est rompu normalement, mais le soutien dirigé contre une flotte ne peut jamais être rompu par une armée convoyée.)
Cette règle résout bien les paradoxes, laissant seulement la possible (quoique rare) incohérence décrite dans l'exemple 3.5 rendant opérationnel un soutien
L'édition des règles de 1976 considérait qu'une route de convoi ambiguë était autorisée mais que s'il la moindre des routes possible était interrompue, alors le convoi était annulé. Apparemment, le but était de faire en sorte que les joueurs choisissent une route de convoi spécifique, sans pénaliser les joueurs ayant rédigés des ordres ambigus mais sans incidence sur le jeu.
L'édition de 1982 modifia cette règle en décidant que toutes les routes possibles de convoi devaient être interrompues pour le rendre caduque. Cette modification apporte un nouvel élément tactique au jeu en permettant un convoi de secours.
La règle actuelle du juge correspond essentiellement à celle de 1976, obligeant les joueurs à préciser la route de leur convoi. Ainsi, il ne peut y avoir aucune ambiguïté. Je soupçonne toutefois que ce choix avait davantage pour but de simplifier le programme du juge que de satisfaire une préférence quelconque. Il serait certainement possible d'ajouter les notions des règles de 1982 bien qu'il y ait certainement des points plus important à travailler. Cela serait il meilleur pour le jeu ? S'en soucie t'on réellement ? A t'on déjà été confronté à une situation dans laquelle le convoi de secours fit une différence ?
Exemple 3.7
Italie : A Tunisie -> Naples.
Italie : F Mer Tyrrhénienne C Tunisie -> Naples.
Italie : F Mer Ionienne C Tunisie -> Naples.
Dans cet exemple, l'Italie augmente ses chances de succès de convoi pour faire face à l'incertitude des intentions de ses voisins. Mais dans la pratique, soutenir l'une de ses flottes avec la seconde s'avère être le meilleur choix.
Italie : A Tunisie -> Naples.
Italie : F Mer Tyrrhénienne C Tunisie -> Naples.
Italie : F Mer Ionienne S Mer Tyrrhénienne.
Le seul cas dans lequel cette stratégie échoue et dans lequel la première réussit, est que la France attaque avec un soutien tandis que la Turquie coupe le soutien de la Mer Ionienne sans en déloger la flotte.
Voici une position simple que tout joueur de Diplomacy se doit de connaître. L'Angleterre ( ou toute autre force navale nordique) peut indéfiniment bloquer l'accès à l'Atlantique en n'utilisant que trois flottes. Il n'existe absolument aucun moyen pratique de forcer ce verrou depuis la méditerranée. La seule issue résiderait dans la possibilité de construire une flotte dans un port nordique pour contribuer à l'attaque.
Exemple 3.8
Angleterre : F Océan Atlantique Tient.
Angleterre : F Portugal S Océan Atlantique.
Angleterre : F Canal St Georges S Océan Atlantique.
La flotte de Canal St Georges peut, bien entendu, se trouver également en Atlantique Nord ou en Manche. Même dans le cas où les flottes ennemies occuperaient l'Espagne (côte sud), la méditerranée occidentale et l'Afrique du Nord, aucun moyen ne permet de passer.
Cette position est l'un des plus simplistes exemples de ligne de blocage. Une position qui ne peut jamais être franchie. Les lignes de blocage sont extrêmement utiles pour les nations qui ne peuvent plus espérer gagner mais qui peuvent s'assurer de participer à une nulle finale.