Réaction à un long podcast de Barbara Stiegler sur Élucid, et la confrontant à Geoffroy de Lagasnerie.
Bravo à Barbara Stiegler, pour une théorie claire, et pour aller effectivement très loin... mais pas encore assez.
Je note avec satisfaction et en plein accord (y compris avec la référence à Bernard Manin) : « Un collectif délibérant, c'est la définition même du peuple. »
Mais elle se fonde sur le projet de traité constitutionnel européen en 2005, en en disant que « Tout un peuple se met à délibérer avec lui-même pendant des mois autour d'un texte », et là... je refuse le quitus. Ça ne remplit pas les critères de Lagasnerie pour un processus délibératif : l'impact sur les opinions est qu'elles évoluent, dans le respect mutuel. Cela ne s'est passé qu'à la marge en 2005. J'étais à Helsinki, et on a eu une conférence de Michel Onffray. C'était non négligeable, mais loin du compte.
Je suis tout à fait d'accord pour dire qu'en 2005, les Français se sont fait avoir : il y a eu un déni de démocratie, mais je ne sais toujours pas ce qu'il aurait fallu faire exactement... Aucun choix valable n'était offert ! Et rebelotte pour les Gilets jaunes, le COVID et la Convention citoyenne sur le climat !
De nouveau, je suis tout à fait d'accord avec BS pour dire que « le néolibéralisme est une théorie de la démocratie », et c'est bel et bien peu ou prou celle que GdL attaque, et qui nous imprègne. Le moment néolibéral est par contre achevé, et même Macron n'est plus néolibéral (sauf justement pour sa vision de la démocratie). La raison est donnée par David Cayla, Timothée Parrique, Jézabel Couppey-Soubeyran, Arnaud Orain, et c'est simplement son échec !
Le multilatéralisme est mort, en raison de la concurrence de la Chine. L'épuisement des ressources revient à un jeu à somme nulle, un capitalisme de finitude, le retour du mercantilisme, un capitalisme de monopole où il n'y a plus de concurrence, et plus de pouvoir capable de réguler celle-ci. [Je crois que le libertarianisme est un désespoir, suicidaire, et voué à l'échec. Trump et Musk ne sont libertariens que dans la mesure où ils croient pouvoir gagner, en éliminant tous les autres, ce qui est naïf, et pathétique].
Enfin, il y a cette question de l'unanimité du « peuple » et cette contradiction que BS ne résout pas, mais qu'affronte GdL : « la Révolution française a été faite par tout le peuple et elle a dû lutter contre une partie du peuple qui la voulait pas ». Il faut savoir. Problème délicat : on ne doit pas espérer résoudre les contradictions, on peut seulement essayer de les gérer, et d'abord en s'abstenant d'exercer une coercition de la majorité. Il cite Kelsen : « Le problème politique intéressant à affronter est toujours celui de savoir à quel pouvoir je préfère obéir si je suis en désaccord avec lui. »
Keywords: democracy neoliberalism people
1er août 2026