On ne peut pas se désintéresser des notions de peuple et de pouvoir tout en prétendant parler d'une démocratie qui impliquerait de donner le pouvoir au peuple. Encore faudrait-il qu'il existe un peuple et un pouvoir. Rien de moins sûr. On confond peuple et population. Un peuple serait une population organisée, qui aurait une opinion convergente. Or, cela ne se produit que brièvement, dans des conditions critiques. Il y a eu un peuple français après Valmy, et un peuple américain après Gettysburg, pour quelques semaines. Il y a (malheureusement) un peuple israélien, et il a été habilement construit de fraîche date. En France en 2026, seuls des sentiments convergent, tels que la haine et la peur, mais comme leurs objets diffèrent selon les gens, cela ne suffit pas à constituer un peuple.
Le même problème affecte le pouvoir. Ce ne sont pas tant les décisions qui comptent que leurs conséquences. Et on voit bien que le « pouvoir » de Trump est une illusion.
Se focaliser sur la décision est donc simpliste. L'exemple d'Israël montre qu'on parvient à créer un peuple sur des décisions brutales et à très court terme, en jouant sur la propagande et la désinformation. Construire une délibération suppose de gérer des divergences sur un long terme, en visant à les réduire progressivement, et à produire du respect plutôt que des majorités.
C'est pour autant que j'aie compris ce dont parle Lagasnerie : il ne cherche pas à imposer ses propres convictions, mais à faire évoluer les opinions, sans s'arrêter à leur expression « spontanée ». Il est optimiste en pariant sur le fait qu'une convergence est possible en tenant compte de critères objectifs tels que les produit la science.
Keywords: people deliberation democracy decision manage reduce
11 avril 2026