Dans le sud de la Chine, sur les contreforts de l’Himalaya, au bord du lac Logo à 2700 m d’altitude, cohabitent 60 villages formant une ethnie de 30 000 individus, encore peu connue et préservée du temps : les MOSO. Ce royaume féminin a su garder ses traditions et rites très particuliers. Les mères sont les piliers de cette société exclusivement matriarcale où la notion de père est inexistante…
Les filles ont la joie de vivre malgré le dur labeur, tandis que les hommes semblent laisser couler le temps dans leur oisiveté. Ils reconnaissent qu’elles sont plus habiles qu’eux et qu’ils sont plus paresseux. Toutes les femmes s’accordent à dire que les hommes doivent se reposer pour être en forme la nuit quand ils les rejoignent. D’ailleurs, c’est toujours l’homme qui rend visite à la femme, sinon elle sera traitée de « truie en chaleur ». Plus le chemin pour la rejoindre est long, plus la femme sera fière de la convoitise de cet homme.
Bien que leur rapport soit limité aux visites, il l’appelle « ma compagne ». Celui qui effectue les visites régulières, est considéré comme casé. Au moment de la séparation, le départ se fait sans au revoir ni adieu. Ces « furtives » visites nocturnes sont « ignorées » par les oncles et cousins vivant sous le même toit. Les jaloux sont montrés du doigt et ça les calme.
Pour les MOSO, le fœtus est déjà présent dans le ventre de la mère ; l’homme ne fait que l’arroser, selon leur proverbe « une jument à tête brune ne donne qu’un poulain à tête brune. » Les cas d’inceste sont considérés comme bestiaux et les frères et sœurs incriminés sont invités au suicide, sinon exécutés.
On vient de très loin pour assister aux funérailles d’une matriarche. Avant le lever du jour, pour quitter le village, le corps mis en bière en position fœtal est passé au dessus des descendants prostrés. Un lama aidera la défunte à passer dans l’Au-delà, afin d’éviter un éventuel retour dans le monde des vivants. L’incinération débute dès les premiers rayons de soleil. Les enfants sont tenus à l’écart pour éviter que l’âme de la défunte vienne les habiter. Quand aux “visiteurs”, ils n’assistent pas aux obsèques.
Pour l’aînée, la priorité est donnée à la construction de la maison. Il n’y a pas de problème de succession car le droit d’aînesse est appliqué. Quand un mâle commande, le conflit s’instaure. Le terme « Papa » n’existe pas dans leur vocabulaire. Quant à l’éducation, l’oncle maternel remplace le père biologique - affectivement et matériellement.
L’école n’existe que depuis moins de dix ans : on y apprend la vie chinoise. La route, le transport et l’électricité véhiculent le progrès avec la notion d’enrichissement et toute autre sorte de pollution. Les jeunes commencent à trouver le travail trop dur. Les images de mariage à la télévision les font rêver. Bientôt, elles découvriront le divorce et la famille recomposée... (1)
Pour aller plus loin :
Bara Ihorombe Madagascar. Et comment ça se passe dans une société Matriarcale ? SYSTEME PARENTAL (06.03.2012) (1)
GenERe Genre et sexualité (15.03.2015)
MILAN, Pascale-Marie. Existe-t-il des sociétés sans pères ni maris ? France Culture (08.08.2016)
MILAN, Pascale-Marie. Festivité, performance et agencéité chez les Na de Chine : du lien social à l’arène politique (10.2013)