La Table d'Emeraude d'Hermès Trismégiste.
Son père est le Soleil, sa mère la Lune. Le vent l'a porté en son sein. La terre est sa nourrice.
En complément des quelques rapides et sommaires commentaires que j’ai pu faire sur cet axiome de la Table d’Émeraude, dans le Temple d’Hermès Trismégiste, je crois utile de revenir sur les enseignements considérables que renferme le sens ésotérique de cette maxime, qui en plus d’être d’une immense richesse, comme tout ce qui est le plus sophistiqué dans la Création, est ici traduit par une formulation d'une simplicité quasi parfaite.Le Soleil en est le Père... Si tout ce qui se manifeste est l’infime reflet de ce qui ne se manifeste pas, alors combien doit être grandiose la cause qui a pour effet le Soleil. Un adage dit : le Soleil n’est que l’ombre de Dieu... La vision humaine qui ne peut supporter de regarder le Soleil en face sans en être temporairement ou définitivement aveuglé, n’a aucune capacité organique pour entrevoir la Lumière de cette ombre sans en être littéralement désintégrée. Ce principe a d’ailleurs été remarquablement légendé dans l’Ancien Testament par ces versets de l’Exode :Exode 33
33.20 L'Éternel dit : Tu ne pourras pas voir ma face, car l'homme ne peut me voir et vivre.
33.21 L'Éternel dit : Voici un lieu près de moi ; tu te tiendras sur le rocher.
33.22 Quand ma gloire passera, je te mettrai dans un creux du rocher, et je te couvrirai de ma main jusqu'à ce que j'aie passé.
33.23 Et lorsque je retournerai ma main, tu me verras par derrière, mais ma face ne pourra pas être vue.
Exode 34
34.29 Moïse descendit de la montagne de Sinaï, ayant les deux tables du témoignage dans sa main, en descendant de la montagne ; et il ne savait pas que la peau de son visage rayonnait, parce qu'il avait parlé avec l'Éternel.
34.30 Aaron et tous les enfants d'Israël regardèrent Moïse, et voici la peau de son visage rayonnait ; et ils craignaient de s'approcher de lui.
34.31 Moïse les appela ; Aaron et tous les principaux de l'assemblée vinrent auprès de lui, et il leur parla.
34.32 Après cela, tous les enfants d'Israël s'approchèrent, et il leur donna tous les ordres qu'il avait reçus de l'Éternel, sur la montagne de Sinaï.
34.33 Lorsque Moïse eut achevé de leur parler, il mit un voile sur son visage.
34.34 Quand Moïse entrait devant l'Éternel, pour lui parler, il ôtait le voile, jusqu'à ce qu'il sortît ; et quand il sortait, il disait aux enfants d'Israël ce qui lui avait été ordonné.
34.35 Les enfants d'Israël regardaient le visage de Moïse, et voyaient que la peau de son visage rayonnait ; et Moïse remettait le voile sur son visage.
Pour reprendre les principes que contiennent ces versets, selon l’axiome de la Table d’Émeraude qui veut que ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, le Soleil a la face qui rayonne puissamment pour avoir parlé avec l’Éternel, et ce rayonnement, bien que voilé, nous est encore difficilement supportable.
Remarquons au passage que la Table d’Émeraude, dans sa grande sagesse, ne dit pas que ce qui manifeste toutes les choses est le Divin Créateur, mais le Soleil en tant que Père et la Lune en tant que Mère (la Lumière fécondant la matrice humide de la Nature comme le symbolise depuis toujours la Lune.), le Divin Créateur étant la médiation d’Un. Ceci confirme par ailleurs la justesse de la pensée de Jacob Boehme, comme j’ai eu l’occasion de le signaler lors d’un précédent article dans le Grand-Oeuvre d’Hermès Trismégiste et qui disait: Comme la sagesse de Dieu a un être et cependant existe: la sagesse n'est pas un être.
Le Soleil est le Père de toutes les choses qui ont été, et sont venues de l’Un, et cela nous renvoie à la dernière chronique intermédiaire dans laquelle je faisais état des deux éternités, dont l’une commençait justement avec la chaleur. Le Soleil est donc le Père de toutes manifestations dans la sphère temporelle des causalités. Il est celui qui permet l’activation des cycles et des incarnations, que ce soit sur la terre, mais aussi dans l’ensemble de sa sphère d’influence qui va aux confins de ce que nous appelons le système solaire. Le Soleil, qui dans toutes les civilisations, a été vénéré pour ce qu’il est, c’est-à-dire le Père de cette sphère temporelle, possède des mystères qui sont pour nous presque insondables. Par exemple, il est impossible d’expliquer pourquoi sa température de surface est presque froide (6000°) par rapport à celle de sa couronne (plusieurs millions de degrés)... Petit mystère parmi tant d’autres... Mais pour ce qui est de notre rapport intime et vital avec Lui, qu’il suffise de constater qu’une variation de quelques degrés de la température moyenne de la Terre, et voilà qu’elle se transforme soit en congélateur, soit en fournaise infernale et stérile. La vie organique n’est possible que sur une plage de températures extrêmement limitée ; qu’en dehors de ces limites très étroites, qui d’un point de vue cosmique relève plus de la nano science que des travaux de terrassement, la vie disparaîtrait totalement. Qu’il suffise de constater que nous recevons notre nourriture exclusivement que de Lui, car un végétal est pour l’essentiel un concentré des lumières qu’il diffuse, et de la chaleur qui fait croître cette nourriture pour toutes les espèces, y compris marines, par le truchement du phytoplancton. Notre chaleur interne, n’est rien d’autre qu’une part de ce Soleil paternel ; chaleur que nous entretenons justement en absorbant les concentrés de lumières (chaleur qui n’est qu’un aspect de la lumière) que sont les végétaux, base de toutes alimentations.
La Lune en est la Mère, ici nous devons comprendre les forces passives d’une Nature humide, qui ne produit rien sans être fécondée par le germe de la Force lumineuse du Soleil. Si le Soleil est l’ombre du Nombre Un, la Lune est une des manifestations du Nombre Deux, celui de la polarisation des forces de la Création en une énergie sexuelle (la Kundalinî) qu’engendre l’union de la Force de la lumière et de la Tempérance de la nature humide. La Lune, polarité opposée au Soleil, est aussi celle qui règne sur la face obscure de la Création. Si le Soleil à l’or pour métal, c’est l’argent pour la Lune...
Le vent l’a porté dans son ventre. Le vent c’est l’élément Air de la Création, c’est-à-dire la Justice en Vertu cardinale... Les Tables de la Loi du Sépher de Moïse utilisent un trope absolument admirable qui pourrait illustrer la fonction de ce ventre du vent qui porte l’enfantement du Père et de la Mère, c’est : Autant-que-possible ! Une créature se manifeste et croit autant-que-possible, ce qui veut dire qu’il y faut toutes les puissances et énergies nécessaires, et que cela se fasse dans un Juste équilibre. Le vent (l’Air) est aussi pour les alchimistes, dont la Table d’Émeraude est la clé de voûte de leur édifice, ce qui reçoit les énergies subtiles de l’éther. Le vent reçoit donc autant du Soleil et de la Lune, et il est l’espace nécessaire à toute croissance tout en étant aussi le souffle de vie animateur.
La terre est sa nourrice... Sur le plan pratique et organique, il n’est pas nécessaire de donner plus d’explication, sans la terre, telle qu’elle se présente dans ses équilibres, il n’y aurait pas de nourritures organiques et par voie de conséquence, pas la possibilité d’accéder aux véritables nourritures spirituelles. Là encore, nous pouvons constater la parfaite intemporalité des Tables de la Loi du Sépher de Moïse dans les enseignements qu’elles nous transmettent par ce verset 29, du premier chapitre de sa Cosmogonie :
- Et-il-dit, Lui-l’Etre-des-êtres, voici ! J’ai-donné-à-vous en-totalité l’herbe germinant-germe qui-est sur-la-face de-toute-la-terre, et-en-totalité la-substance-végétale qui-a dans-soi fruit ; substance germinant-germe, à-vous sera pour aliment.
La terre est aussi la Vertu Cardinale qu’est la Prudence. Nous pouvons constater dans ce très court extrait de la Table d’Émeraude, qu’il nous est enseigné les bases intemporelles de la Cosmogonie originelle, les quatre éléments principes que sont le Feu, l’Eau, l’Air et la Terre et qui sont à l’origine de toutes transformations matérielles ; ainsi que les quatre Vertus Cardinales que sont la Force, la Tempérance, la Justice et la Prudence, les quatre principes de toutes transmutations spirituelles...
Faire contenir autant de richesses, avec la plus extrême rigueur et précision, dans une formule simple et courte, est ici la démonstration la plus parfaite qu’il puisse se faire d’une incroyable pensée juste en Vertus.
Quoi d’étonnant, malgré les millénaires écoulés, les turpitudes nombreuses qui ont tenté de la faire définitivement disparaître, l’absence de publicité et même d’enseignement, que cette Table d’Émeraude conserve toute sa flamboyance et sa force de rayonnement intemporelle. Et s’il est difficile de regarder le Soleil en face sans en être aveuglé, combien ont eu cette Table d’Émeraude sous les yeux, et ont été aveuglés par une profonde ignorance, au point de ne pas être capable d’en percevoir les puissantes lumières spirituelles ?...
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