Le fait que Colon demande, qu’en cas de gain de son procès, son indemnité soit versée aux pauvres de Jauche et de Folx-les-Caves est peut-être à l’origine de sa popularité auprès du prolétariat rural. A cette époque la majorité de la population était pauvre. A Folx-les-Caves, lors du recensement de 1755[1], 23 ménages sur 36 étaient qualifiés de pauvres. Lors de ce recensement, il était lui-même traité de pauvre : "Pierre Colombe, par sa femme raport, luy et sadite femme, item 3 enfants une fille de 3 ans et demy, une d'environ 2 ans, et un garson d'environ 8 jours". Dans la marge : "très pauvres gens".
Le 14 août 1758[1], à la demande de Joseph Hamoir, fermier de monsieur de Kesselle[2], les mayeur et échevins de Folx-les-Caves font une descente "judicielle et oculaire", car on avait trouvé deux chevaux appartenant à Pierre Colon dans les gavaux[3] de froment en une terre appartenant audit requérant, gisante dans le bois des Caves. Pierre Colomb avait été convoqué par le sergent pour participer à ladite visite, mais ne vint pas. Au commencement de la visite, on avait vu la femme dudit Colombe s'éloigner avec les chevaux.
Cet incident est la source du premier procès[4] de Pierre Colon devant la Haute Cour de Folx-les-Caves. Le 12 septembre 1758, à la réquisition de Ferdinand Joseph de Hemptinne, maïeur, les échevins[5] de Folx-les-Caves décident d’emprisonner Pierre Colon, déjà arrêté. Ils font saisir ses biens avec autorisation de vendre ce qui est périssable sauf les « bestiaux, chevaux et autres meubles qu’on peut supposer avoir été volés ».
Il est soupçonné du vol de deux chevaux, qui seront détenus au château de Jauche, et d’un troisième qu’il avait vendu « au nommé Delveaux de Jandrain le Grand».
Le 20 septembre 1758, Pierre Colon s’évade du château de Jauche où il était détenu. La légende veut que son épouse lui ait fait parvenir une lime cachée dans un pain, avec laquelle il aurait scié les barreaux de son cachot.
[1] AELLN, GSN 439 Folx-les-Caves.
[2] Maximilien Joseph de Kessel est le dernier mari de la baronne de Padtberg, dame de Husbeek, propriétaire de la cense de la Tour à Folx-les-Caves. Cette cense de la Tour deviendra la cense de la Vallée. Elle possédait une brassine qui donnera son nom à la rue de la Brasserie de Folx-les-Caves.
AEBXL, Office fiscal de Brabant, registre 368.
« le soubsigné sergeant (# de jauche et) de foolz les caves relatte par cette que le jour d’hier vingt du courant sur les six heures du soir, il s’est rendu à la prison au château dudit Jauche accompagné de maximilien dubois jardinier dudit chateau pour donner a souper a pierre colombe prisonnier et lui remetre les manottes de ferre, et la même ledit prisonnier demanda d’avoir un chodau pour le réchauffer disant qu’il avoit froid. Desuite ledit prisonnier demanda que ledit dubois s’en iroit faire apreter ledit chodau, qu’il etoit plus habil que le relatant pendant que ledit dubois s’en fut : ledit prisonnier dit au susdit relattant qu’il avoit perdu une petite médaille d’argent bénite à saint Hubert, et pria icelluy relatant de la rechercher, ce qu’il fit pour un moment, ce qu’il fit pour un moment : et pendant ce moment de recherche le susdit pierre colombe s’est evadé de la prison : sans que le même relattant quoy qu’il avait la lumiere à la main, auroit veu partir ledit prisonnier, et n’a pas trouvé le même relatant de médaille, ainsy relatté ce 21e 7bre 1758.
Signé Henry deprez ».
[[3] L. Roy, Dictionnaire de généalogie, Bruxelles 2001, p. 303. Gaveau: blé coupé qui reste quelques jours sur la terre pour sécher avant de le mettre en gerbe.
4] L’original des minutes de ces procès a disparu. Roland Duchesne m’en a communiqué une copie en sa possession.
[5] Il s’agit de Joseph Hamoir, Philippe François Bouquiau, Antoine Maquaux et Joseph Palisoul.