Le bandit Colon

Légende et faits

Le 9 mars 1769. Pierre Colon et son épouse sont pendus à Folx-les-Caves.


Un des plaisirs de la visite des Grottes de Folx-les-Caves était de s'entendre raconter par Maurice Racourt[1] l'histoire du bandit Colon. Il n'était pas le premier guide des grottes à narrer cette histoire: en 1841, Alphonse Wauters l'entendait déjà du garde-champêtre[2] de Folx-les-Caves, qui avait les clés des grottes.

Plus tard, les très sérieux Tarlier et Wauters ont repris[3] cette histoire:

"Il y a plus d'un siècle, le village fut le théâtre des méfaits d'un nommé Pierre Collon, dont les traditions parlent comme d'un brigand audacieux. Soit qu'il ne pût, soit qu'il ne voulût payer le propriétaire de la maison qu'il habitait, celui-ci en fit condamner la porte d'entrée par le maréchal-ferrant de Folx, après avoir enjoint à la femme de Collon de mettre dehors ce qu'elle possédait d'effets et lui avoir interdit d'y remettre les pieds. Un premier procès fut intenté à Collon en 1758-1759, mais il prit fin nous ne savons pour quel motif. Ce fut alors qu'il tomba entre les mains des officiers de justice. Conduit au château de Jauche, il parvint à sortir de son cachot et à traverser à la nage l'étang qui baignait les pieds du manoir. Le lendemain, pour narguer son seigneur, il lui envoya un billet où il l'engageait à mieux garder ses colons (colombes ou pigeons). Bientôt il répandit de nouveau la terreur dans le pays; les poursuites contre lui recommençaient à la suite de l'incendie de la Ferme Boucqueau[4], qui éclata dans la nuit du 12 au 13 mai 1762. Maintes fois cerné dans son habitation, qui était en communication avec les Caves, Collon échappa par des issues qui n'étaient connues que de lui seul et où il eut été dangereux de le suivre. Il fut enfin arrêté avec sa femme, Marie Thirion, Barbe Sarlet ou Soulet, Marie et Marie-Josèphe Collon et Jacques Rouchart. On ordonna alors la visite des Caves Maceaux et des autres souterrains voisins de la maison et l'on constata que cette dernière communiquait avec les vastes cavités qui s'étendent sous la majeure partie de Folx et Jauche. 


[1] Maurice Racourt ° le 2 mai 1935 à Folx-les-Caves, y † le 8 octobre 2009. Guide propriétaire d'une partie des grottes, président de la fabrique d'église de Folx-les-Caves, était la mémoire vivante du village.

[2] A. Wauters, Revue de Bruxelles, décembre 1841, pp.70-71, Une visite aux grottes de Folz-les-Caves.

[3] J.Tarlier et A.Wauters, Géographie et Histoire des Communes belges, Canton de Jodoigne, Bruxelles, 1872, p.361.

[4] Boucqueau avait acheté en 1748 une cense à l'avocat Malfait et Catherine Paheau. Son beau-fils  Vlemincx donna à cette cense le nom actuel de "Cense Vlemincx".

Lui et sa femme furent condamnés à mort et exécutés le 22 avril 1769; leur demeure, qui existait à l'est du hameau dit les Caves, entre deux chemins, fut rasée, et l'on adjugea au plus offrant, pour payer les frais de procédure, la closière environnante et 32 grandes verges de terres situées à la Croix du Chaudé, sous Jauche et Autre-Eglise; la vente produisit 1,510 florins ( 3 juin 1769). Naguère encore, on nous a montré la chambre à coucher du malfaiteur, cabinet taillé dans la pierre et situé sous l'emplacement de sa demeure, et, un peu plus loin son four, où l'on ne peut entrer qu'à plat-ventre."

Ce texte me paraît être une compilation de traditions orales de Folx-les-Caves. On voit mal Pierre Colon, qui ne savait pas écrire, envoyer un message au baron de Jauche; la date de son exécution est le 9 mars 1769 et non le 22 avril. Nous verrons plus loin la situation de la maison de Pierre Colon.

Récemment Louis Grenier de Jauche retrouva, aux Archives de l'État, l'acte[1] de vente publique des terrains appartenant à Pierre Colon et son épouse, directement après leur exécution.

"Conditions sous lesquelles le sieur Jean Lambert de Hemptinne mayeur de la baronnie de Jauche et seigneurie de Folx les Caves fait vendre pardevant la haute cour dudit Folx les parties de biens qui ont ci devant appartenut à Pierre Collon et Marie Thirion sa femme dudit Folx les Caves condemnés à mort et executés reellement le neuf mars 1769

Ladite vente publicque se fait pour récupérer une partie des fraix du procès criminel intenté contre ledit Pierre Collon pendant les années 1758 et 1759: et ceux du procès criminel intenté pendant l'année 1768: contre le dit Collon et sa femme decidé par sentence prononcée au château de Jauche le 8 de mars dernier et exécutés à Folx les Caves le lendemain par le supplice reel de la pottence" .

Ce court texte est tout ce que nous savons de façon sûre de l'exécution de Pierre Collon et son épouse. Je ne suis pas le premier à chercher les documents de ces procès dans les archives des Hautes Cours de Jauche et Folx-les-Caves, mais c'est sans succès. La rumeur circule que ces documents auraient été volés et que des copies en existent.

Pour essayer de mieux cerner le personnage, je me suis tenu aux documents d'archives que j'ai retrouvés. Il y en a certainement d'autres.





[1] AELLN GSN 25. Extrait du rôle criminel de la Baronnie de Jauche et Seigneurie de Folx-les-Caves. Vente faite en mai et juin 1769.