Un des plaisirs de la visite des Grottes de Folx-les-Caves était de s'entendre raconter par Maurice Racourt[1] l'histoire du bandit Colon. Il n'était pas le premier guide des grottes à narrer cette histoire: en 1841, Alphonse Wauters l'entendait déjà du garde champêtre[2] de Folx-les-Caves, qui avait les clés des grottes.
« [...], un brigand fameux, appelé Colombe, fit de ces lieux sa retraite. Longtemps ses entreprises réussirent et portèrent la terreur dans les cantons avoisinants ; et maintes fois cerné dans son habitation, il s’échappa en se glissant par une issue que lui seul connaissait dans les souterrains, où sa poursuite n’eût eu pour résultat probable que la mort de quelques-uns de ceux qui le traquaient. Un jour pourtant, il fut pris et conduit au château de Jauche, mais malgré toutes les précautions, il parvint à sortir de la chambre où on l’avait enfermé, et à traverser à la nage l’étang où qui baigne le pied du manoir. Le lendemain, pour narguer son seigneur, il lui fit parvenir un billet où on l’engageait à mieux garder ses colombes, quand en aurait en cage. Le jour de la justice arriva enfin, et le brigand fut pendu sur la plaine même où s’élevait sa maison. »
Plus tard, en 1872, il reprit [3] cette histoire :
"Il y a plus d'un siècle, le village fut le théâtre des méfaits d'un nommé Pierre Collon, dont les traditions parlent comme d'un brigand audacieux. Soit qu'il ne pût, soit qu'il ne voulût payer le propriétaire de la maison qu'il habitait, celui-ci en fit condamner la porte d'entrée par le maréchal-ferrant de Folx, après avoir enjoint à la femme de Collon de mettre dehors ce qu'elle possédait d'effets et lui avoir interdit d'y remettre les pieds. Un premier procès fut intenté à Collon en 1758-1759, mais il prit fin. Nous ne savons
[1] Maurice Racourt, ° le 2 mai 1935 à Folx-les-Caves, † à Bouge le 8 octobre 2009, guide propriétaire d'une partie des grottes, président de la fabrique d'église de Folx-les-Caves, était la mémoire vivante du village.
[2] A. Wauters, Revue de Bruxelles, décembre 1841, pp.70-71, Une visite aux grottes de Folz-les-Caves. Alphonse Wauters ( 1816-1898) était l’archiviste de la ville de Bruxelles. Il publia, entre autres, une Histoire de Bruxelles avec Alexandre Henne et une Histoire des environs de Bruxelles. Il commença avec Jules Tarlier, un géographe, la série Géographie et histoire des communes belges. Son grand-père et son père étaient nés à Jauche. Malheureusement, il n’est pas toujours fiable : pour preuve : dans le chapitre de Géographie et Histoire sur Folx-les-Caves, il donne fausses informations sur le château et sur Pierre Colon.
[3] J.Tarlier et A.Wauters, Géographie et Histoire des Communes belges, Canton de Jodoigne, Bruxelles, 1872, p.361.
pour quel motif. Ce fut alors qu'il tomba entre les mains des officiers de justice. Conduit au château de Jauche, il parvint à sortir de son cachot et à traverser à la nage l'étang qui baignait les pieds du manoir. Le lendemain, pour narguer son seigneur, il lui envoya un billet où il l'engageait à mieux garder ses colons (colombes ou pigeons). Bientôt il répandit de nouveau la terreur dans le pays; les poursuites contre lui recommençaient à la suite de l'incendie de la Ferme Boucqueau[1], qui éclata dans la nuit du 12 au 13 mai 1762. Maintes fois cerné dans son habitation, qui était en communication avec les Caves, Collon échappa par des issues qui n'étaient connues que de lui seul et où il eut été dangereux de le suivre. Il fut enfin arrêté avec sa femme, Marie Thirion, Barbe Sarlet ou Soulet, Marie et Marie-Josèphe Collon et Jacques Rouchart. On ordonna alors la visite des Caves Maceaux et des autres souterrains voisins de la maison et l'on constata que cette dernière communiquait avec les vastes cavités qui s'étendent sous la majeure partie de Folx et Jauche. Lui et sa femme furent condamnés à mort et exécutés le 22 avril 1769; leur demeure, qui existait à l'est du hameau dit les Caves, entre deux chemins, fut rasée, et l'on adjugea au plus offrant, pour payer les frais de procédure, la closière environnante et 32 grandes verges de terres situées à la Croix du Chaudé, sous Jauche et Autre-Eglise; la vente produisit 1, 510 florins ( 3 juin 1769). Naguère encore, on nous a montré la chambre à coucher du malfaiteur, cabinet taillé dans la pierre et situé sous l'emplacement de sa demeure, et, un peu plus loin son four, où l'on ne peut entrer qu'à plat-ventre."
En 1890, un auteur anonyme[2] donne d’autres détails.
« C’est vers 1750 que Colon, un habitant de Folx-les-Caves, se fit connaître par de nombreux actes de brigandage à main armée; il avait son habitation à proximité de celle de Charles.
Un puits creusé dans sa cave communiquait avec les souterrains dans lesquels il descendait à l’aide d’une échelle de cordes. Malheur au voyageur attardé, obligé de passer le soir aux environs de Folx-les-Caves! Il était, sinon assassiné, au moins dévalisé ! [...]. Le Colon (c’est ainsi qu’on le nommait vulgairement), était bon prince : [...] il secourait la veuve et l’orphelin. […]. Colon était secondé par un de ses fils, et par un domestique à gages. Le guet était fait par sa femme et ses filles.
Toutes les tentatives faites pour s’en emparer de Colon restèrent longtemps vaines. Il fut cependant appréhendé au corps et enfermé dans la prison du château de Jauche, d’où il ne tarda pas à s’échapper par la ruse de sa femme, qui était parvenue à lui faire passer une tarte contenant une lime. Il lima les barreaux de son cachot pendant la nuit ; [...].
De retour dans son repaire, il continua sa vie aventureuse pendant plusieurs années encore. La police n’aurait jamais osé se présenter qu’en force, à la portée des Caves, et plusieurs gendarmes avaient payé de leur vie leur témérité ou le dévouement à leur devoir. [..].
Tant va la cruche à l’eau qu’elle se casse ; aussi Colon fut-il pris au piège, à table avec tous les siens, le premier dimanche de 1765, jour de la ducasse de Folx-les-Caves. Le procès ne fut pas long ; rien du reste ne lui servi de nier. Il fut pendu avec sa femme, l’aîné de ses fils et le domestique, sur le théâtre de ses exploits. »
En 1936, ce récit fut repris, mot pour mot, par Georges Racourt (1902-1968) en l’attribuant à Charles Racourt (1866-1945) qui signe « Guide à Folx-les-Caves 1852 ». La seule différence entre les deux récits est que dans le premier, le guide est nommé Désiré Racourt (1839-1913) et dans le second Charles lui-même.
Aujourd’hui, on montre encore, sur ce qui doit rester de l’arrière de la ferme du château de Jauche, une fenêtre par laquelle Colon se serait échappé.
Si non è vero, è ben trovato.
Ces récits sont-ils confirmés par des documents d’archives ? Hélas, non.
[1] Boucqueau avait acheté en 1748 une cense à l'avocat Malfait et Catherine Paheau. Son beau-fils Vlemincx donna à cette cense le nom actuel de "Cense Vlemincx". Attention, la dénomination de « ferme de la Brasserie, comme il apparait dans le « Patrimoine architectural et territoires de Wallonie, Hélécine, Orp-Jauche, Perwez et Ramillies. », pp.61 et 70, est complètement erronée.
[2] L.W. , Histoire de Folx-les-Caves, Namur, 1890.