Le dossier du deuxième procès de Pierre Colon commence en 1767 par un vol domestique commis par Barbe Soulet[1] au dépend de Marie Goutman, veuve de Jean Cassart. Il s’agirait d’une pièce de toile, une jupe, un tablier et quelques autres effets, dont une partie avait été restituée par son père Henri François Soulet.
Barbe Soulet était récidiviste[2]. Le 16 février 1762, elle avait été arrêtée et détenue par la « patrouille ». Elle n’avait que 17 ans. Je ne sais trop ce qu’on lui reproche. On parle de « l’extract du registre marchand de la veuve Barroy[3] requérant droit pour icelle ». La Haute Cour scabinale de Jauche demande un conseil aux échevins jurisconsultes à Bruxelles. Suite à leurs conseils, ils relâchent Barbe Soulet, mais mettent les frais à sa charge. Son père promet de payer ces frais, et aussi de « vellier soigneusement sur la conduite de saditte fille ».
Convoquée le 28 octobre 1767 devant les échevins de Folx-les-Caves, Barbe Soulet se cache. Elle n’est arrêtée que le 16 août 1768 et emprisonnée à la prison de Jauche. Le 3 septembre, l’avocat Jean Remy[4] commissaire est nommé pour la direction et instruction du procès criminel qui débute.
Il commence son enquête en se rendant à Temploux chez la veuve Stiernon où Barbe Soulet avait servi comme domestique.
Suite aux premiers interrogatoires de Barbe Soulet, le maïeur de Folx, Jean Lambert de Hemptinne, requiert les commissaires de se « transporter le plus secrettement qu’il nous sera possible au village de Foolx les caves et aux environs et d’interroger le Sr Boucquiau fermier y propriétaire de la cense
[1] Marie Barbe Soulet baptisée le18 septembre 1745 à Folx-les Caves, fille de Henry François Soulet (ou Chulet) et de Marie Françoise Cassart. Au recensement de 1755, la profession de son père est indiquée « manouvrier ». Dans la marge, il y la mention « assé pauvre ». En 1774, celui-ci est échevin de Folx-les-Caves et signe d’une main malhabile.
[2] GSN 3270, Jauche, Rôle 1757-1764.
[3] Ce pourrait être Marie Thérèse Barroy, née en 1709 à Jauche, veuve de Jean Jacques Carton. Lors du dénombrement de 1745, elle se déclare pauvre veuve, tenant une petite boutique et ne vendant rien.
[4] Cet avocat est cité dans l’Histoire des avocats au Souverain Conseil de Brabant de J. Nauwelaers comme ayant prêté serment en 1742.
nommée vulgairement Paheau, son épouse et sa fille sur les vols qui ont été faits chez eux audit village de Foolx et aux environs postérieurement audit proces criminelle contre ledit Collon, sur toutes les circonstances et dépendances des vols qui nous seront indicqués par de nouvelles informations à charge et à décharge dudit Collon et de sa femme, d’interroger de même sur lesdits vols et circonstances et dépendances la veuve Hamoire et son fils censiers de la cense Delthour et de manation à Foolx les caves, item francois joseph chantraine et sa femme et sa femme censiers de la cense de malonne audit autre eglise, item la servante du Rd pasteur dudit foolx les caves et toutes autres personnes qui nous seront indiquées. ».
Voici qu’un banal procès pour vol domestique se transforme en un procès criminel contre les époux Colon.
Ensuite, tout s’accélère. Le 17 septembre 1768, Barbe Soulet demande à être interrogée : elle parle de l’incendie de la cense Boucquiau à Folx-les-Caves la nuit du 12 au 13 mai 1762, du vol de 2 chevaux à Bolinne dans la cense de Boneffe, d’un vol de dentelles.
Pierre Colon, sa femme, leur frère de Thines, un homme de « Bosse[1] près de Tillemont » et d’autres personnes formeraient une bande de voleurs ; ils auraient commis des vols du côté de Huy ; ils auraient même dépouillé, tué ou jeté à la « rivière » quelqu’un.
En conclusion de l’enquête préliminaire, le premier octobre 1768, Pierre Colon, sa femme, leurs deux filles ainées[2] et Jacques Rouchard[3], tous habitants de Folx-les-Caves sont arrêtés et leurs biens sont saisis. Le 3 octobre, ils sont emprisonnés à la porte de Hal[4] à Bruxelles.
[1] Actuellement Bost au sud de Tirlemont. Faisait partie de l’enclave de Hoegaarden appartenant à la principauté de Liège. Marie Tirion était originaire de Hoegaarden.
[2] Il s’agit de Marie Catherine baptisée à Folx-les-Caves 1er avril 1751 et de Marie Joseph baptisée à Folx-les-Caves le 24 mars 1753. Elles ont donc 27 et 25 ans lors de leur arrestation.
[3] Je n’ai pu identifier formellement ce Jacques Rouchard. Est-ce le Jacques Rouchard, paroissien de Forville qui épousa en 1760 Catherine Pierquet de Folx-les Caves ? Il y décéda en 1794.
[4] Aux XVIIIe et début du XIXe siècle, la porte de Hal servait de prison. Ceci lui fit échapper à la destruction de la seconde enceinte de Bruxelles, réalisée dans la première moitié du XIXe siècle. Devenue musée, elle fut défigurée par la restauration, à la « Viollet-le-Duc », par l’architecte Henry Beyart.