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Cet étrange poème aux rimes redoublées pourrait être lu comme l’éducation sentimentale chantée par Léonard Cohensous forme de questions sans réponse. Si ce récit est, clairement, autobiographique, il réveille en chacun de nous le souvenir des errements de l’âme lorsque, pour la première fois le corps s’enflamme et le cœur s’emballe, lorsque l’on découvre, étonné, des pulsions qui ne prennent de sens qu’avec des sentiments, mais que l’on ne sait encore ni pourquoi, ni à qui, ni comment…La grâce d’un visage, les reflets de cheveux, l’élégance de courbes, la douceur d’une voix, la lumière d’un regard… tout fait battre le cœur, et fait monter la sève, et fait brûler la peau.

Mais l’on ignore tout de ce qui peut permettre d’aller au fond du cœur, de voir au fond de l’âme car l’on ignore tout… de soi-même.

Pour apprendre à aimer, apprendre à être aimé, qui écouter ? Qui suivre ?

Quel étrange malaise s’empare de nous quand notre cœur ne trouve ni reflet ni écho à son trouble ?

Quel remède trouver ? Faut-il souffrir encore, jeûne et abstinence, ascèse et solitude ?

Et l’on pense mourir tant la vie nous appelle.

Puis c’est le corps qui parle et le cœur qui se tait. Poussé par le désir, mais jamais rassasié, ne sachant pas encore ni aimer ni haïr, nous tentons d’accorder les sentiments confus qui se bousculent en nous en cherchant une issue.

Nous voudrions offrir de nous ce qui est beau, mais que nul ne peut voir s’il n’aime pas déjà. Nous voudrions paraître ce que nous ne sommes pas, ou pas encore, ou pas tout à fait.

Croyant avoir compris la profondeur du cœur, nous sommes encore blessés par le mépris épais qui glisse à sa surface.

Et nous cherchons longtemps, avec un faible espoir, le regard qui enfin verra que nous voyons au delà du paraître.

Mais, un jour, un regard, quelques mots, un silence, se frayent un chemin au plus profond de nous. Les couleurs, les reliefs apparaissent alors dans la chaude lumière qu’on appelle l’amour.

On comprend que le cœur n’a point de professeur. Ni leçons ni devoirs ; un seul guide : l’espoir. L’amour ne s’apprend pas. On apprend à donner ; à recevoir, aussi. On apprend à parler, et à mieux écouter. On apprend la confiance, et la sincérité. On apprend la patience, et la ténacité. On apprend la douceur, on apprend la tendresse. En apprenant à vivre, on apprend le bonheur.

A Hélène

Professeurs

J’ai rencontré une femme, jadis

Les cheveux noirs comme la nuit

Es-tu un professeur du cœur ?

« Non », elle répondit

J’ai rencontré une fille, là-bas

Cheveux dorés, fins comme soie

Es-tu un professeur du cœur ?

« Oui, mais par pour toi »

J’ai rencontré un pauvre hère

Dans un coin, je l’ai découvert

« Suivez-moi », dit le vieux sage

En marchant derrière

Je rentrais dans un hôpital

Nul n’allait bien, nul n’allait mal

Au départ des infirmières

J’étais tout à fait bancal

L’aube vint, et, pour midi

Avec ma cuillère d’argent

Je trouvais un bistouri

Des filles entrèrent par erreur

Où les bistouris font un malheur

Qu’enseignez-vous à mon cœur ?

« La rupture aux vieux cœurs »

M’éveillant, un matin tôt,

Plus d’infirmières, et plus hôpitaux

Ai-je assez tailladé, seigneur ?

« Tu n’as plus que les os »

J’ai mangé, mangé, mangé

Pas un plat je n’ai négligé

Combien coûte tout cela ?

« En haine, on peut l’échanger »

J’ai donc haï en toute place

A tout travail, sur toute face

Quelqu’un m’offrit des vœux

Je fis vœu que l’on m’embrasse

Des filles m’ont embrassé d’abord

Et des hommes l’ont fait alors

Est-ce une passion parfaite ?

« Non, recommence encore »

J’étais fort, un Apollon

Sachant les paroles des chansons

Mon chant vous-a-t’il plu ?

« Les mots ne sont pas les bons »

A qui est-ce que je m’adresse ?

Qui entend ce que je confesse ?

Qu’enseignez-vous à mon cœur ?

« Aux vieux cœurs, la sagesse »

Professeurs, ai-je fait mes devoirs ?

En faire plus, je ne pense pas pouvoir

Ils rirent, et rirent, et dirent : « Petit,

As tu fait tes devoirs ?

As-tu fait tes devoirs ?

As-tu fait tes devoirs ? »

(Traduction – Adaptation : Polyphrène)