La Sorille
Les bombardements allemands, dans la nuit du 10 au 11 novembre 1918, sont responsables de la destruction de 300 habitations à Mézières, le souci du conseil municipal est de pourvoir à leur remplacement afin de reloger les sinistrés. Le rapport de l'architecte-voyer Jamotte adressé au conseil municipal de Mézières en octobre 1919 relate la génèse de la construction d'un nouveau quartier à St Julien.
Un premier quartier provisoire est en cours de construction entre la caserne du Merbion et la gare locale de Mézières (Couronne Champagne), mais seules une trente habitations ménagères pourront y trouver place.
Comme il y a 300 habitations à établir, il y a donc lieu de prévoir de nouveaux emplacements pour les édifier. L'établissement de petits groupes donne lieu à des dépenses très élevées tant pour l'alimentation en eau potable que pour l'aménagement des rues devant desservir les maisons à construire. Il semble préférable de ne former avec les 270 autres maisons à construire en une seule agglomération. L'étude que nous présentons a été faite dans ce sens. Les maisons seraient établies aux abords de l'emplacement réservé pour la construction du nouvel hôpital, dans de petits lots de terrains rectangulaires de 24 ou 30 mètres de longueur et de 10 ou 12 mètres de largeur de façon à permettre l'implantation des divers types que fournira l'administration. Ces lots permettront de faire un peu de jardinage aux abords de l'habitation ce qui pourra contribuer à donner à ce groupe d'habitations l'aspect d'une véritable cité-jardins. [...] La surface de l'emprise est d'environ 20 hectares dont 4 seraient réservés pour l'hôpital.[...] L'acquisition des terrains est faites conformément à la loi du 31 octobre 1919 qui autorise les communes à acquérir des terrains et domaines ruraux, à les lotir et à les revendre en vue de faciliter l'accession à la petite propriété des travailleurs et des personnes peu fortunées.
Tous les propriétaires intéressés ont été convoqués à une réunion qui s'est tenue le samedi 25 octobre 1919, à la salle Bayard, au cours de laquelle Monsieur Roussel (Maire) a donné tous les renseignements concernant les intentions de la municipalité. Les propriétaires ont alors désignés une commission de six membres pour établir les prix de cession amiable des terrains. Cette commission composée de MM. Raymond Froussard, Henri Froussard, Théodore Froussard, Léon Juvigny, Armand Rousseaux et Louis Froussard, nous a remis des évaluations, desquelles il résulte que la valeur des dits terrains, suivant leur nature et leur situation, doit varier entre 40 et 100 F la verge de 39 m2 10 soit de 100 à 250 francs l'are. [...] Il y aurait maintenant lieu de consulter individuellement les propriétaires pour recueillir leur adhésions, [...] on paierait aux intéressés un intérêt de 5% sur les indemnités dues depuis le jour de la prise de possession jusqu'à la date de règlement des indemnités.
Les terrains des propriétaires récalcitrants seront d'abord occupés temporairement conformément à la loi du 29 octobre étendant l'occupation temporaire à l'exécution des travaux de reconstruction dans les régions libérés et ensuite expropriés par application de la loi [...]
D'après un entretien avec l'ingénieur en chef des services techniques des Régions Libérées, Il en résulte que l'état prendra à sa charge la construction des rues avec égouts, sans trottoirs ni caniveaux.
Dans la semaine du 5 au 10 juillet 1920, l'office de placement du département des Ardennes a procuré des emplois à demeure à 76 hommes et à 4 femmes, ne laissant pratiquement aucune demande non satisfaite. Un certain nombre de ces emplois ont été trouvé dans l'agriculture, mais la grosse majorité l'a été dans les services de la reconstruction... comme à l'ordinaire d'ailleurs.
Le lieu dit "la Sorille"
Actuellement (rapport de janvier 1920), les matériaux de 50 maisons à 3 pièces type Pauchot arrivent. Il convient donc d'avoir de suite l'emplacement nécessaire à leur montage.
Or, l'hospice de Mézières possède un terrain au lieu dit "la Sorille" d'une contenance de 76 à 84ca, qui permet de placer trente maisons à 3 pièces dans de petits jardins individuels d'environ 170 m2 de superficie. Mais ce terrain est loué à bail à MM. Edmond Dauchy et Théodore Froussard de St Julien pour 3, 6 et 9 années; la période en cours se terminera le 1er mars 1922.[...]
Pour recevoir les trente maisons il faut aménager le terrain, créer des communications, construire un égout, installer l'eau (dans chaque maison), l'éclairage (deux ampoules par maison) et prévoir l'évacuation des eaux pluviales et ménagères. Une chaussée au milieu de la propriété est nécessaire d'autant plus qu'elle deviendra définitive et contribuera ainsi à l'extension de la ville. Par conséquent, il paraît logique d'acheter dès maintenant l'emprise nécessaire à la construction de cette rue [...] Une avance de 40.000 f est accordée par l' Etat pour l'exécution des travaux à caractère provisoire ou résultant de l'obligation de prendre possession d'urgence des terrains nécessaires. [...] Le loyer mensuel de 30 f que nous ayons déterminé est des plus réduit. [...] La partie sud du terrain (Rue du Bois d'Amour) qui est légèrement en contre-bas devra être relevée pour être mise autant que possible à l'abri des inondations.
Un rapport de juin 1920 précise que les habitations du quartier de "la Sorille" ne devaient avoir, d'après le marché passé par les services de la reconstruction, ni cellier, ni remise. Dans ces conditions on conçoit que les habitants se trouvent embarrassés pour loger un tas de choses: outillage de jardinage, articles de ménage, de lavage et provisions, légumes, charbon, bois etc, qui ne peuvent se placer dans des pièces habitées. Nous avons étudié la possibilité d'améliorer cette situation par la création d'une petite remise et d'un cellier accolés à l'habitation. Les parois et la toiture seront constituées comme celles des habitations de façon à former un ensemble agréable.
Dénominations des rues
En vue de l'aménagement des quartiers de la Sorille, de la Malacquerie et du Pré du Sart une enquête parcellaire a été ouverte pendant huit jours consécutifs du 3 au 10 décembre 1922. conformément à l'arrêté de monsieur le Préfet en date du 24 novembre 1922. Elle portait sur les terrains et immeubles dont la cession doit permettre l'aménagement des rues nouvelles nécessaires à la construction de maisons devant remplacer celles qu'on ne pourra réédifier dans le centre de la ville.
Les dénominations de voies publiques ont été approuvées à l'unanimité en commission plénière en mars 1923 . Le quartier de Manchester commence rue de la Haillette et la voie publique actuellement appelée rue de la Sorille située entre la Place Verte et la rue de la Haillette, conduit directement à ce quartier. Il paraît donc logique que la dénomination "Avenue de Manchester" soit donnée à la rue de la Sorille actuelle. Le nom de la rue de la Sorille serait conservé et donné à la rue centrale du quartier qui descend vers le Bois d'Amour. Les rues étroites parallèles à cette rue seraient dénommées Allée n°1, n°2.
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