L’abbé Favreaux devant le flux de jeunesse doit faire face et innové. Abbé expérimenté dans son ancienne paroisse organise dès son arrivée des colonies de vacances à Berck et à la Guimorais près de St Malo (1949 – 1950) et installe définitivement en 1951, à St Pierre Quiberon (Morbihan). La colonie prend le nom de « la Cité des jeunes Ardennais ». Cette cité marqua fortement la vie paroissiale pendant de longues années par le nombre de jeunes qu’elle emmena en vacances, par tous les dévouements qu’elle suscita et en faisant découvrir à beaucoup une religion ouverte à une vie communautaire. Ce n’était pas gagné d’avance dans un quartier à majorité d’ouvriers sympathisants au parti communiste. Parti majoritaire exclus du pouvoir en 1947 et fervent opposant des centristes au pouvoir qui se prononcèrent nettement pour l’Alliance atlantique et en favorisant le redressement économique de la France grâce au plan Marshall et la construction de l’Europe.
En 1952 – 1953, Quiberon et Manchester découvraient le père Aimé DUVAL, alors qu’il n’était pas encore une vedette de la radio et du disque. Tous s’enthousiasmaient non seulement à ses chansons et à sa guitare, mais aussi à sa parole et à sa foi. Les paroissiens se souviennent encore d’un Noël mémorable que l’abbé Favréaux leur avait réservé avec l’aide du père Duval. Il a fallu demander l’autorisation à l’Archevêque pour utiliser la salle des fêtes, flambant neuve, car l’église, trop petite ne pouvait les contenir tous.
« La veillée, à partir de 23 heures, contribua à mettre tout le monde dans l’ambiance de la Nuit Sacrée ! quelques chants accompagnés à la guitare par le père Duval, une douzaine de vieux noëls à plusieurs voix interprétés par la chorale, participation des enfants ;l’heure, passa rapidement. Et la messe de minuit, commentée par le père Duval, surpassa en recueillement les messes de minuit précédentes à l’église. L’expérience a été concluante ! pour les grandes circonstances, nous pensons spécialement aux communions solennelles, nous pourrons encore avoir recours à notre salle. »
Le Mercredi 16 décembre 1959, un récital est donné par le père Aimé Duval en la salle Dubois-Crancé à Charleville.
Le père Duval, nous arrive directement d’une grande tournée d’un mois, en Italie et en Espagne. Dans chaque ville des milliers d’auditeurs sont venus l’écouter. Une alerte de santé à San Sebastian dont a fait part la Presse et la radio, heureusement n’a pas eu de suite.
Un autocar est mis à la disposition des habitants comme suit : Départ 20h15 de Warcq ; arrêt : Eglise St-Jean de Bosco ; Hôpital de Manchester ; Ecole de St-Julien et Place de l’Hôtel de ville.
Qui êtes-vous monsieur le Curé FAVREAUX ? La réponse est dans le bulletin paroissial dans lequel il se présente :
« Né à Ormes (à 5 km de Reims), le 9 février 1913, dernier de cinq enfants. Evacué en Seine et Marne à la deuxième bataille de la Marne en mai 1918. Elève à l’école laïque d’Ormes jusqu’en 1925. Entré au Petit Séminaire de Reims le 4 octobre 1926, pour y faire les sept années d’études secondaires jusqu’en 1933. Puis cinq années de Grand Séminaire, coupée par un an de régiment. Soldat d’octobre 1935 à septembre 1936 (avec sursis d’études), comme 2° classe au 507° Régiment de Chars à Metz. Mobilisé quatre jours fin septembre 1938.
Ordonné Prêtre par le cardinal SUHARD, le 29 juin 1939 ; première messe Solennelle à Ormes, le 2 juillet 1939. Nommé Vicaire à Charleville, mais jamais installé, à cause du départ à la guerre, le 24 août 1939.
Radio-téléphoniste au 19° Bataillon de chars (modèle D2, 24 tonnes), de septembre 1939 à avril 1940, à Sarreinberg, près de Bitche ; puis, après un faux départ en Norvège, en pleine bataille sur l’Aisne, de Liesse à Montcornet jusqu’au 20 mai ; à Amiens jusqu’au 28 mai et sur la ligne défensive de la Somme à la Dordogne, jusqu’au 25 juin.
Nommé provisoirement à Mareuil-sur-Ay, le 8 septembre 1940, dans un provisoire qui dura…presque neuf ans ! »
Ce que n’a pas dit l’abbé : Extrait de l’homélie de Bernard Demoulin à ses obsèques en mars 1996 :
« Le 29 juin 1939, le Cardinal Suhard ordonnait prêtre le séminariste sans extravagance et sans histoire qu’était Gabriel Favréaux. Aussitôt voilà l’inattendu de Dieu ; c’est la mobilisation et la guerre. Le jeune prêtre commence son ministère parmi les soldats et les officiers. Cela ne serait pas extraordinaire si parmi les officiers ne se trouvait pas un colonel qui, paraît-il ne dédaignait pas de se faire servant de Messe et qui s’appelait Charles de Gaulle. Peu ordinaire aussi est l’amitié qui, après 35 ans, subsiste entre les anciens des chars.
Puis l’ abbé s’adressant au paroissiens par le biais du bulletin:
« Monsieur le Curé est normalement au presbytère chaque matin, pour travailler intellectuellement, de 8h.30 à 13 heures (sauf le jeudi et le dimanche, évidemment) : Ne pas craindre de le déranger :on ne dérange jamais un prêtre dès lors qu’il s’agit de choses intéressantes…
Evidemment, en d’URGENCES, ne pas craindre de le déranger à toute heure du jour et de la nuit ».
Ce Curé d’exception sait trouver une réponse à un problème comme le fait que les enfants de Bellevue (Warcq) étaient défavorisés par l’éloignement pour suivre les cours du catéchisme. Il mit à leur disposition une tente américaine prélevée à St Malo (sur le stock de la Colonie), celle-ci n’ayant pu arriver à temps, il organisa le premier catéchisme dans la salle de bal…
Cloches sans clocher !
« L’Abbé Gillet avait entrepris la construction de l’église en une période particulièrement difficile. Le clocher manque encore ; mais grâce à un dispositif ingénieusement installé par monsieur Sartelet *, nous pouvons entendre à chaque office le son des cloches, tellement bien rendu par disques, que l’on se croirait en présence de véritables cloches de bronze.[…]successivement, on entend les joyeuses cloches du baptême et du mariage, et le glas des enterrements, pour terminer, après un vibrant TU ES PETRUS , par le carillon de St Pierre de Rome ». Ecrivait-il dans le bulletin de décembre 1949. L’abbé déchanta deux mois plus tard : quand brusquement, monsieur Sartelet, ayant besoin de son matériel, dut enlever le pic-up, ampli et haut-parleur, supprimant ainsi l’audition des cloches. Faire l’acquisition de ce matériel onéreux nécessitait d’avoir en poche ou en caisse la somme nécessaire. L’abbé réunit ses hommes de la paroisse. Ils ont décidés de le faire installer avec les maigres fonds disponibles et le reste viendra après ; en même temps que les FONDS BAPTISMAUX et le CONFESSIONNAL qui sont tout aussi urgents. « Il n’y aura aucune souscription publique, de porte à porte : Ceux qui veulent aider n’auront qu’à donner plus généreusement à la quête des deux messes de la Toussaint. Peut-être les donateurs étrangers à la paroisse, qui avaient offert quelque chose pour la construction de l’église, voudront-ils ajouter leur participation à cette étape de l’aménagement de l’église… ??? »
L’abbé avait raison de croire à la providence, les dons affluent de l’extérieur comme de nombreux petits dons, grâce aux quêtes et à la fête de l’Inauguration, l’installation des cloches est complètement payé.
Si le prêtre savait se rendre sévère quant aux choix de la lecture des familles de sa paroisse rappelé à l’occasion de réunion de 70 dames de Manchester venues réfléchir sur leurs responsabilités. Il encourageait la publication du « MONDE OUVRIER » par ces termes :
« Enfin ! Les ouvriers de Manchester, qui forment la presque totalité de la population du quartier, ont un journal 100% ouvrier, écrit par des ouvriers, pour des ouvriers, présentant, avec véhémence parfois, mais toujours avec justice, les revendications ouvrières[…] vendu 8 francs seulement, il est à la portée de toutes les bourses. Pour l’avoir régulièrement, s’adresser aux diffuseurs de quartiers : M. Joseph Maétini ; Mme Braux ; Mme Valli ». Mais mettait en garde qu’une sur quatre des Françaises en âge de lire un magazine, s’intoxique, sans s’en rendre compte par des lectures d’où la moralité chrétienne est totalement exclue.
Salle paroissiale et salle des fêtes et association
La salle paroissiale attenante au presbytère, près du pont de Warcq, voulue et réalisée par l’abbé Gillet, non encore achevée en son intérieur, laissait paraître des murs bruts non accueillants. Cette salle vint de trouver son achèvement, plafond solide, murs repeints, frises, installations électrique complète, écran lumineux. Elle fit la fierté de monsieur Piret, président, qui remercia monsieur Bouché de Monthermé d’avoir su la transformer en un lieu de rencontres agréables entre les deux paroisses. Mais pas seulement, la salle permettait aussi de projeter les films souvenirs de la colonie et des manifestations dans les deux communes, sans exclure les films du commerce judicieusement sélectionnés. Devant tant de succès, l’abbé Favréaux, à la suite de nombreuses demandes organisa aussi pour les grandes personnes deux séances chaque dimanche, en matinée à 16h30 et en soirée à 20h30. Cela évitaient aux grands de se rendre à Mézières à « l’Alhambra » voir des films peu recommandables.
L'Abbé avec ses communiants en 1952
L'abbé Favréaux posant après l'office.
En 1952, 80 familles occupent les nouveaux logements (un immeuble rue Léon Dehuz, trois immeubles rue Maryse Bastié et un immeuble rue Louis Hanot. Ces quatre derniers immeubles ont effacé les baraquements montés en 1920. En 1953, 24 logements sont érigés Promenade de la Warenne. Dans le même temps la cité Richier, rue de Warcq, comblait d’aise les nouveaux locataires. La paroisse doit suivre le mouvement. En 1951 une mission vient à point pour susciter des initiatives. Sur le plan matériel, l’association des loisirs populaires de Manchester est fondée, elle prend en charge, la construction de la salle des loisirs, près de l’église et est inaugurée en 1953.
Pour gérer le tout et prévoir l’avenir sans engager les fonds de la paroisse, monsieur l’abbé en accord avec la population créa une société déclarée à la préfecture qui a pour nom : LOISIRS POPULAIRES DE MANCHESTER. Le premier président est Monsieur A.Gire. Le quartier sans cesse grandissant se devait d’avoir un lieu commun à tous pour se rassembler et se distraire.
C’est le coup de cœur échappé un jour à un homme visitant les travaux de la salle en question : - Il manquait à Manchester une salle des fêtes.
C’est vrai qu’elle manquait et à l’Abbé d’exposer la dure labeur d’entreprendre à une époque si peu rassurante dans la construction et qu’elle construction : une grande salle de 30 m sur 10,50 m ! et cela sans posséder d’argent, alors que, à un mètre du sol, les fondations et le soubassement approchaient déjà du million… ! Il faut être hardis ! Pourtant cette hardiesse, une poignée d’hommes de Manchester l’ont eue. Et ils ne regrettent rien. Après d’interminables paperasseries qui durèrent plus d’un an. Après les plans qui demandèrent plus de six mois. Après les modalités d’un emprunt de trois millions remboursable en dix ans sans intérêt. Le comité des LOISIRS POPULAIRES de MANCHESTER a vu enfin son œuvre sortir de terre et s’élever rapidement. Les 5.000 parpaings exécutés au cours de l’hiver 50-51 ont été juste suffisants pour monter les murs. Chacun, bénévole, y a mis du sien et de sa sueur, même les bambins se sont mis à les transporter du lieu de fabrication au lieu d’édification. Une cohésion admirable d’hommes œuvrant pour la même cause. Déjà la charpente métallique est prête à recevoir la toiture (automne 1952). Portes et fenêtre métalliques attendent que l’on les fixe. Les commandes sont passées pour la verrerie. Et les maçons achèvent les derniers scellement des pignons en attendant de se mettre aux enduits.
Bientôt, toute la population de Manchester sera invitée à l’inauguration de sa salle des fêtes. Mais ce jour-là, seuls ceux qui ont mis la main à la pâte pourront apprécier ce qu’il a fallu de labeur persévérant pour mener à bien une telle tâche ! Demandez à ces volontaires le courage qu’il faut, après une semaine de travail pour venir allègrement chaque dimanche, dès 7 heures, charrier parpaings et terre, rouler les wagonnets, préparer la tâche des maçons. Demandez à ces jeunes garçons de 14 ans qui ont passés une partie de leurs jeudis à travailler, eux aussi, à l’aménagement de la salle.
Cette salle sera à la disposition de tous. Au service de tous. Construite par le peuple…elle sera pour le peuple.
A l’entrée du chantier on pouvait lire sur la pancarte :*
Ne voulant que des volontaires, le comité n’envoie jamais de convocations pour travailler à la salle….
« Tous, Hommes et Jeunes gens, sont très instamment conviés le samedi après-midi à partir de 14 heures et le dimanche matin, à partir de 7 heures à se rassembler sur le terrain.
Il y a toujours quelque chose à faire…. »
Monsieur Henry, l'un des bénévoles, témoigne : "En 1952, lors d'une mission, nous avons rencontré le père Ducos, du couvent des Dominicains de Toulouse. Il avait vécu, en région parisienne, une expérience semblable de création de salle et il nous avait averti des grandes difficultés de gestion que nous allions rencontrer. Il avait partiellement raison, mais nous n'avons aucun regret. Nous nous sommes bien amusés en la construisant et nous en avons profité grandement en l'utilisant dans diverses occasions."
La salle des fêtes est inaugurée en 1953.
Ce qui marque la personnalité de l’abbé Favréaux, c’est d’avoir été un homme de foi, un prêtre. Il avait des talents ; il les mit complètement au service de son sacerdoce. Il savait d’ailleurs qu’il n’avait pas tous les dons, il se savait trop personnel pour être un parfait aumônier des Mouvements d’Actions Catholiques ; le sachant, il laissait d’autres agir, mais il les encourageait et les aidait. Son don principal c’était de dire l’Evangile. Il tenait en haleine, sans effet apparent, des auditoires de plusieurs centaines d’enfants en leur parlant de Jésus-Christ. On lui demanda de présenter l’Evangile dans Reims-Ardennes, il y fit merveille Il livrait un travail considérable, se tenant au courant des études exégétiques récentes, consultant des théologiens, cherchant dans la vie courante des explications concrètes et des comparaisons parlantes.(Bernard Demoulin).
« Pour beaucoup d’anciens de ses colonies de vacances, le père Favréaux est un fondateur et un animateur inlassable. Quand il laissait à d’autres une œuvre parfaitement installée, c’était pour en fonder une autre en repartant à zéro sans se plaindre dans une autre région ». (Jean Sainsaulieu). Pour illustrer ces propos il suffit de se rapporter aux témoignages de son entourage lors de sa dernière mission en la paroisse du Saint Curé d’Ars d’une banlieue d’Aix-en-Provence où il fut affecté pour des raisons de santé.
« Cette église était une ancienne salle de dancing, sous les bords d’une route poudreuse, loin du grand air natal mais dans la chaleur désormais indispensable. D’une cour ouverte, il a su faire un centre, un foyer, un de ces relais de charité qui témoignent de la présence universelle du Christ parmi les hommes ». (Jean Sainsaulieu).
Non loin de sa paroisse, une colonie de vacances croule sous les dettes et envisage de fermer ses portes. L’abbé Favréaux, malgré son mauvais état de santé, n’arrive pas à se résoudre à voir sombrer la belle œuvre de son prédécesseur, l’abbé Laferrière. Il décide donc de la renflouer. Il vend une partie une partie de ses biens en Champagne, puis crée en 1971 ‘’La cité Saint jean Baptiste du « Glaizil »’’ Une infirmière dévouée, « héroïne de la Résistance » prend également sa part dans le sauvetage.
La colonie du « Glaizil » semble avoir fonctionné jusqu’en 1972 comme le précise son directeur en 1971, monsieur Berthou. Et d’évoquer que l’abbé Favréaux n’en est pas à sa première reprise. Il s’agit effectivement de sa 6ème cité qu’il reprend et renfloue. L’Abbé n’est pas tout jeune est devant cette lourde tâche, il aime citer Saint Vincent de Paul : « Ne regardez pas les difficultés et les dépenses d’une entreprise. Mais demandez vous si elle est dans la volonté de Dieu et si vous la jugez telle, entreprenez-là ! » ( Voir le site internet de la colonie du Glaizil).
En 1973, la mort le saisit alors qu’il remontait en voiture de Aix à Ormes. Ormes petit village à 5 km de Reims où il est né le 9 février 1913. Une grandiose cérémonie était célébrée, en septembre par l’Amicale des anciens du 19-507e Régiment de Chars de Combats, dont il était entre autres aumônier en 1940.
Allez à : l'abbé Joseph Philipponnat