(Article paru dans " La Boucle" sous le n°41)
UN PARCOURS HORS DU COMMUN
Extrait du livre de Roger LOUIS
Mr Frezzato au centre, lors d'inauguration du CPSS.
Croiser les gens dans la rue et se contenter d‘une parole de courtoisie, c‘est bien! Échanger quelques propos significatifs, c‘est mieux! Découvrir l‘être dans son absolu, c‘est fabuleux! Cet être existe en la personne d‘Othello Frezzato demeurant au n° 17 de la rue Léon Déhuz à Manchester.
Sous une apparente et truculente bonhomie, on découvre un homme d‘exception quasi sacerdotale qui a privilégié, toute sa vie active durant, le dévouement à la cause sociale au détriment d‘une carrière professionnelle qu‘il était en droit de prétendre. S‘adonnant pleinement et sans ostentation dans toutes les tâches dont il a accepté d‘assumer la responsabilité en les menant à bien et à terme avec l‘unique souci de satisfaire les parties prenantes. Son bilan est considérable, élogieux, dignement récompensé par sa nomination au grade de chevalier dans l‘ordre de la Légion d‘honneur. Pour en arriver là, il lui a fallu une rectitude dans la conduite des affaires, une ignorance des petites histoires au profit de l‘essentiel, une volonté de négliger les hypocrites et les opportunistes qui usèrent de critiques superflues.
De la détermination
Ce fils d‘immigré italien vient en France à l‘âge de 6 mois dans le bassin ferrifère de Briey. A 4 ans, Othello se fait admettre à l‘école communale en usant de stratagèmes auprès de l‘instituteur intrigué et charmé par tant de détermination, il l‘accepte. A 10 ans et demis, c‘est le certificat d‘études à Levrezy. Son caractère résolu se dévoile très tôt par la faculté de jugement et par l‘acharnement à l‘étude, il n‘accepte pas l‘injustice, il le prouve par des actes qui forcent le respect. Les grèves de 1936 le surprennent alors qu‘il est en apprentissage à Sedan. À peine âgé de 17 ans il s‘engage dans les revendications, son sens de l‘autorité s‘affirme. Les anciens l‘observent puis lui donnent leur confiance, C‘est gagné! Son C.A.P de mouleur à main en poche, il s‘embauche chez Laurent-Colas à Château-Regnault. Face à la pénibilité du travail, il soumet à la direction un projet d‘innovation d‘une nouvelle méthode de travail qui diminue la fatigue, augmente la production dans la qualité tout en réduisant les rebuts si coûteux. Adhérant aux Jeunesses socialistes, il s‘inscrit spontanément au parti qui vivote à l‘époque, là aussi, il étudie le comportement de chacun et surtout des responsables locaux.
Puis c‘est la guerre, affecté dans un dépôt d‘infanterie, il reçoit un témoignage de satisfaction pour sa belle conduite à l‘occasion d‘une mission difficile sous le feu de l‘ennemi. Muté ensuite au 2° Zouaves à Oran, il rentre en Métropole dans l‘armée d‘Armistice. Démobilisé, il reprend un emploi à la Forge de Nouzonville, se marie en 1943. Désigné pour le S.T.O, il s‘y refuse et rentre dans la clandestinité comme brancardier au maquis ‚‘Prisme‘‘ au moment ou celui-ci a les pires difficultés avec les forces allemandes. A la libération, il sert encore dans des unités de protection de voies de communication et dans un camp de prisonniers de guerre.
L‘engagement syndical et politique
Dès son retour en 1946, inscrit à la C.G.T., il suit avec intérêt la rupture de ce syndicat avec ses minorités et opte pour le tout nouveau syndicat F.O. Désigné comme secrétaire départemental F.O. pour les Ardennes, il assume sans défaillir cette responsabilité pendant 30 ans, tout en étant membre aux instances nationales, représentant la branche métallurgie. C‘est une entreprise difficile, sans aucune formation, sans argent, fréquemment agressé par les communistes qui n‘ont pas pardonné la rupture dû à l‘exécution de grèves généralisées à caractère politique occultant les revendications sociales. Othello assure la pérennité de l‘organisation sur le plan financier avec des gymnastiques permanentes. Montre l‘exemple en refusant d‘augmenter son maigre salaire à mi-temps. Il occupe un autre mi-temps au dispensaire de Charleville pour faire l‘appoint. Afin d‘obtenir des résultats tangibles, il applique avec fermeté le maintien de la doctrine dictée exclusivement par l‘assemblée de militant, en insistant sur la politique contractuelle et indépendante de F.O.
En 1958, à la demande du parti socialiste, il se présente à la députation des Ardennes. C'était une entreprise vouée à l'échec par avance à cause du passif de la 4° République en fin de règne, mais aussi des divergences entre socialistes dont Andrée Viennot qui adhère au P.S.U., ne voulait pas avaliser la politique gaullienne. Othello quitte le parti en 1972, lors des accords du programme commun.(union de la gauche avec le P.C.F).
L'ambitieuse entreprise
Monsieur Frezzatto entre au conseil d'administration de la C.P.A.M. des Ardennes en 1957. Nommé Président en 1963, il occupera le siège jusqu'en 1983 date à laquelle il prendra sa retraite. Il représente en outre le C.P.A.M. Aux conseils d'administration des hôpitaux des Ardennes, au conseil de l'Association d'Aide aux Personnes Agées (A.D.A.P.A.) à la maison de retraite de Donchery. Exerce des fonctions importantes dans d'autres organismes à objet social ou économique. Il est aussi administrateur à la C.A.F. Et à l'U.R.S.S.A.F., vice-président du conseil économique et social, membre du comité économique régional et enfin vice-président du centre hospitalier spécialisé de Bélair. Othello laisse derrière lui un actif important. Parmi les réalisations entreprises sous sa présidence, il faut citer:
La construction de l'immeuble avenue Corneau (Siège de la C.P.A.M.);
La transformation des onze centres de paiement en centres d'accueil;
La réalisation:
du centre de réadaptation fonctionnelle de la rue de Warcq;
du centre de réadaptation fonctionnelle pour enfants à Warnécourt;
de la maison de repos et de convalescence;
du centre d'examens de santé et du cabinet dentaire à Charleville;
du centre d'hémodialyses du centre hospitalier de Charleville-Mézières.
Monsieur Frezzato est la démonstration même de l'autodidacte parvenu à des responsabilités importantes malgré les difficultés inhérentes à la vie, un exemple d'homme, attaché à l'action, aux valeurs morales et éducatives ainsi qu'au désintéressement.
Pour en savoir plus allez à Centre de réadaptation
Le Centre de réadaptation fonctionnelle ( deux vues ), la Maison de repos et de convalescence et le Centre des réadaptation fonctionnelle pour enfants à Warnécourt.
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PS : Un livre est paru en 2006 sous le titre : Othello Frezzato, une page d'histoire ouvrière, syndicale et sociale ardennaise. Pour plus de renseignements s'adressez à :
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