Le chemin des contrastes
« Lève-toi et marche,…… » dit le carnet. Un magnifique « TER Intercités », sur la voie 21, va nous emmener à Bar. Je remarque, ce qui est peut-être un signe, que la jeune fille du fauteuil d’à côté lit « Où vas-tu ? » de Marc Lévy, qui est en fait « Où es-tu ? » mais c’est la même chose. Cette question m’interpelle et renvoie aux motivations du pèlerinage. Un enfant pleurniche sans fin. Avant de descendre, un voyageur prononce le deuxième « bon pèlerinage » de la journée. Une dame, chauffeur de taxi, nous emmène à notre demande à quelques kilomètres dans la direction de Clairvaux : Beroville, un saut de puce en voiture. Nous n’avons pas vraiment le temps de revoir Bar sous un autre éclairage. Reviendrons-nous ? Il fait beau, il fait silence, il n’y a personne. A chaque fois, cette introduction au départ me saisit et m’enchante. Impatience, excitation, inquiétude dans le tréfonds. Nous y sommes : à nous le chemin !
Beroville est un village de viticulteurs. Nous retrouvons le Champagne et ses collines. Ici sont produites les Côtes de Champagne. D’emblée, la route monte. Après Arconville où pas un chat ne traîne dans la rue, nous rejoignons le Val de Clairvaux à la ferme de Bretonnière. Les nuages dessinent les champs moissonnés. C’est une symphonie en blanc et bleu sur les bermes. Les noisetiers plient sous les fruits. Et là, dans ce val, toute la force des contrastes éclate. Pluie d’hier et grand soleil d’aujourd’hui, bruit et foule de la ville de ce matin, calme de la campagne, les vignes à Beroville, les champs moissonnés à Arconville, les bois de Clairvaux maintenant ! C’est dire qu’en si peu de temps et de lieu, tout peut changer. Le bonheur se situe toujours à portée de main.
De très loin, se laissent voir les hauts murs plutôt délabrés de la célèbre abbaye de Clairvaux. Comment ces murs peuvent-ils abriter aujourd’hui la très célèbre centrale de Clairvaux (160 longues peines dont 48 perpétuité – Guy Georges, Carlos, ..) ? Avec environ 170 détenus purgeant de longues peines, la centrale de Clairvaux est l'une des prisons au régime carcéral le plus sévère en France.
Clairvaux n’est étonnamment pas une commune mais un lieu-dit dont le tour est vite fait. Un hôtel et un bistrot pompe à essence, voilà l’inventaire des services. Une statue de St Bernard trône à une fenêtre de l’hôtel de l’Abbaye, Logis de France, qui nous accueille Cet établissement est fidèle à ce que nous connaissons de ce genre d’établissements du même label. Les propriétaires, très jeunes, offrent des chambres « bof », une cuisine « bof », mais se montrent très sympathiques et dévoués. Au chapitre des mauvais points, nous notons le camion frigo sous nos fenêtres avec le compresseur en marche jusque après 23 heures, à celui des bons points, l’offre de vélos ou d’une voiture pour aller faire nos courses, puis finalement l’offre de sandwiches pour notre repas de demain midi. De la chambre, nous avons vue sur l’abbaye qui s’ouvre de plus ou plus aux visiteurs (munis de carte d’identité !). Avec le coucher du soleil, elle prend une belle couleur orangée. Difficile alors d’imaginer le monde infernal décrit par Krotopkine (1842-1921), Anarchiste russe emprisonné en France
Ce bâtiment des convers date du XIIe siècle et il est caractéristique de l'architecture cistercienne : le premier niveau comprenait un cellier et un réfectoire parfaitement identifiable de nos jours, le deuxième niveau était occupé par le dortoir. L'ensemble respecte parfaitement la notion de l'art cistercien définie par Saint Bernard : la sobriété par opposition à ce qui se pratiquait alors à Cluny. Ce bâtiment des convers fait aujourd'hui environ 70 mètres de long sur 15 de large et comprend trois nefs de douze travées.
La première journée s’achève ; nous avons un peu froid. « Laissez-vous mener par l’Esprit …. ».
Hébergement à l'Hôtel de l'Abbaye
Accueil : bon
Conditions de logement : acceptables
Prix : honnête