Histoire de Chanteloup-en-Brie

Ce texte est construit sur le plan de celui du site de la commune de Chanteloup que je complète au fur et à mesure de mes découvertes (références en bas de page ou en lien).

Quelle est l’origine du nom du village ?

 L'origine du nom de Chanteloup-en-Brie est sans doute médiévale. A l’étymologie fantaisiste de « Chant du loup » du latin cantare, « chanter » et du latin lupus, le « loup » les "spécialistes" préfèrent « Canton du loup » qui est tout aussi tirée par les cheveux.

Une légende racontée en 1877 à Georges Husson par un berger du lieu attribue le nom du village au cri de la chèvre du curé qui poursuivie par le loup l’enferma dans la chapelle et cria d’une voix forte : « Chante ! Loup ! » Car l’animal extraordinaire parlait !...

 D'autres étymologies ont été avancées : « Chien loup », « Chant de l’alouette » de Cantaloup, « Pierre levée » de Canteleu, c'est cette dernière étymologie que retient Jean Pierre Nicol dans son livre "Une histoire de Chanteloup en Brie" .

 Dans la liste des palais et maisons des Rois de France dressé par J. Guadet en 1841 figure Chanteloup  en Brie près Lagny (Cantilupum, Campus Lupi) non suivi comme pour la plupart des noms de lieu de villa, de fiscus ou de palat.,[1]il s’agirait donc d’une terre.

L'occupation du territoire est plus ancienne, car y ont été trouvés quelques outils néolithiques et des découvertes de l'époque gallo-romaine (le pot plein de pièces romaines découvert lors des travaux du pont et la statuette du 2ème siècle découverte lors de l’arrachage d’un arbre près du monument aux morts) .

Le défrichement partiel du bois de Chigny, nom venant d'une déformation de « chêne », permet de bonne heure l'établissement d'une paroisse. Celle-ci est donnée, à la fin du XIe siècle, à l'abbaye voisine de Saint-Pierre de Lagny-sur-Marne,

 Dès l'an 1200, il est dans le Pouillé de Paris et il y eut des chevaliers de Chante-loup. Au commencement du XIIIème  siècle, vivait un Aubert de Chanteloup ; Jean de Chanteloup paraît dans un acte de l'abbaye de Lagny de l'an 1213. L’abbaye de Lagny  perd la paroisse pendant la Révolution.

 En 1709 le dénombrement compte 15 feux, en 1726 : 92 habitants, en 1745 : 18 feux soit 108 habitants, en 1801 : 81 habitants, en 1930 : 191 habitants.

 Tout en préservant son environnement rural, à proximité du bois de Chigny, Chanteloup-en-Brie s'est progressivement urbanisé.                                                                                                        

                                                               Le château de Fontenelle

L’abbé Lebeuf rapporte qu’« En 1228, Guillaume, Evêque de Paris, certifia par une chartre que Gui de Fontenelle, Chevalier, et sa femme, fille de Guillaume de Montfermeil, Chevalier, avoient aquitté à l’Abbaye de Ste Geneviève la quart de la grosse dixme de Roissy avec la paille et la moitié de la grange aux dixmes ; qu’il avoit aussi vendu à la même Abbaye le quart de la dixme de toute la vesse qui se recueilloit à Roissy et qui appartenoit par droit d’héritage à la même Agnès, moyennant trois muids d’avene que l’Abbaye leur laissoit à prendre à la mesure de Meaux dans la gange de Jossigny. Cet acte a pour approbateurs Adam de Villiers, Chevalier, premier Seigneur du fief, et Gazo de Goussenville, aussi Chevalier, second Seigneur, et pour garant Guillaume de Conches, Chevalier. » [2] Ce Gui de Fontenelle est le plus ancien que j’ai trouvé ; est ce de notre Fontenelle dont il s’agit ? Les mots Conches, Jossigny et Fontenelle dans un même acte ça fait beaucoup de coïncidence.

Il existe un fief à Fontenelle au XIIIe siècle (1227), dépendant de l'abbaye de Lagny-sur-Marne. On prétend qu'il tirait son nom du grand nombre de fontaines que l'on trouve dans ses environs.

La famille le Picart possédait entre autres les terres de La Grange et de Chanteloup, auprès de Lagny  à la fin du XVème  siècle [3] ; mais rien n’affirme que ce soit Fontenelle d’autant plus que deux siècles plus tard sous Louis III cette famille était encore propriétaire.[4]

En 1500, Nicolas de Neuviel Sentifer est qualifié seigneur de D’heuil et de Fontenelle

Jean de Postel, écuyer, sieur de Chanteloup en Brie et d’Avesnes, près de Meaux, conseiller maitre d’hôtel ordinaire du Roi, décédé le 5 janvier 1645. Sa femme Marie de Loynes est décédée à Paris « en sa maison sur le quai des Augustins » le 23 mai 1641[5]

M. de Valence, conseiller au Parlement en a été propriétaire

M. Martin de Longchamps au début du XIXesiècle ; la Jonchère lui appartenait.

En 1785, il passa à François Lory, contrôleur des guerres de la maison du Roy, régiment des gardes suisses ; il est mort en 1817 à Fontenelle. Dans l’Etat des sections de 1791 de Bussy Saint Georges, Lorry propriétaire de parcelles sur Bussy Georges est dit « bourgeois au château de Fontenelle » honoré de l’avant-nom de « Monsieur ». [12]

La famille de Junquières en fut également propriétaire.[6] Charles Amédée y meurt le 9 septembre 1871, quatre ans plus tard, le 8 septembre 1874, c’est un de ses fils Charles Henri âgé de 32 ans qui y décède. En 1862 il est reçu 213ème [7] au concours pour l’école impériale de Saint-Cyr - est lieutenant en second du premier régiment de chasseurs de la cavalerie légère[8] à Sidi-bel-Abbès dirigé par le colonel Gérard Louis-Maurice-Fortuné 8 août 69 – Charles-Gaston est sous lieutenant premier régiment de hussards à Niort [9], 1 octobre 1861 - En 1854 de Jonquière est maire de Chanteloup (Lagny) conseiller général du département de seine et marne [10]– En 1854 Gaston de Junquière est lauréat du petit séminaire de la rue Notre-Dame-des-Champs En 1861 de Junquière est membre du conseil général de seine et marne, il a la légion d’honneur [11]

Le château a appartenu aux Cartier, devenus plus tard Cartier-Bresson, industriels qui fabriquent du fil de coton. C'est à Fontenelle que naît, 28 août 1908 d’André Cartier-Bresson et de Marthe Leverdier, le photographe Henri Cartier-Bresson. Le portrait de son grand-père, Henri Cartier, orne encore le château. Un plan de la propriété  sur cuir orne le couloir du château.

La propriété appartient aujourd’hui à l’œuvre de l’Hospitalité Familiale, située dans un grand parc, elle est devenue une maison de retraite après avoir accueilli les filles mères. Mgr Roncalli, futur pape Jean XXIII, y séjourne en 1952, pendant sa nonciature à Paris. Une plaque en garde le souvenir dans la chapelle du château, une photo prise lors de ce séjour est accrochée au mur du salon.

                                                                 La statuette

Vers 1950, une statuette est trouvée dans la terre remuée après l'arrachage d'un arbre, près du monument aux morts. Il s'agit d'un personnage féminin au vêtement plissé, coiffé d'un bandeau, et tenant un animal dans ses bras. Le corps est creux et ne semble pas avoir été doré. Elle mesure 7,8cm et a été datée du 2ème siècle

                                                Église Saint-Eutrope-Saint-Sauveur

Une église existe déjà à la fin du XIe siècle quand l'abbaye de Lagny-sur-Marne reçoit le village de Chanteloup de Jeoffroy de Boulogne, évêque de Paris. Reconstruite au XIVe siècle, elle l'est à nouveau quatre cents ans plus tard. L'édifice actuel est restauré en 1987 le ravalement est entièrement refait et la toiture totalement refaite.

Au patronage primitif de saint Sauveur est ajouté, à une date ancienne, celui de saint Eutrope, l’abbé Lebeuf avance l’idée que c’est une méprise Saint Eutrope étant patron de la paroisse de Chanteloup de Châtre. « Le pouillé du troisième siècle met : de donatione Abbatis Laniac. Ecclesiae de Cantu lupi. En 1400 cette Cure fut unie à celle de Saint Thibaud des Vignes du consentement de l’Abbé de Lagny qui en fut reconnu présentateur : mais il ajoute qu’il y a une Chapelle qui est aussi de la nomination de l’Abbé de Lagny.Cet Abbé, au reste, est non seulement présentateur de la Cure, mais aussi Seigneur du lieu et gros Décimateur. »[13]

Depuis les années 1980, l'intérieur de l'église est décoré de peintures murales sur le thème principal de la transfiguration réalisées par Nicole Michigan, qui a donné à certains de ses personnages les traits d'habitants de la commune.

L’église conserve une statue en pierre polychrome du 15ème siècle récemment restaurée.

La fête patronale de Saint Eutrope, le 30  avril, a été reportée au premier dimanche de mai.

                                                            La cloche de l’église

Doyenne de la Seine-et-Marne, la cloche de Chanteloup-en-Brie du 13ème siècle est l'une des vingt ou trente plus anciennes de France. Elle porte l'inscription en lettres gothiques : Ego Vocor Petrus Miles De Cantu Lupi, qui peut se traduire par « Moi, je m'appelle Pierre, Chevalier de Chanteloup ». Si l'on connaît quelques membres d'une famille de Chanteloup au XIIIe siècle, aucun cependant ne se prénomme Pierre. L'utilisation de cette cloche demande une grande prudence : elle ne doit pas être mise en volée, mais seulement tintée, pour sa meilleure sonorité. Elle pèse 125kg et est d’un diamètre de 60cm ; elle a été classée MH en 1905.

                                                                     Le Louvard

La propriété du Louvard construite au 18ème siècle, dont le nom rappelle la présence des loups dans ces lieux, est habitée par le peintre Kees Van Dongen (1877-1968), de 1921 à 1932. L'artiste la représente dans quelques-unes de ses œuvres, dont Le Pique-Nique au Louvard, reflet des réjouissances qui s'y déroulent. En 1987, le nom de Van Dongen est donné à la salle des fêtes municipale.

                                                                  Le pont

Ce pont, aujourd'hui bétonné, permet le franchissement du ru de la Gondoire, coulant des douves toutes proches du château de Fontenelle. C'est l'héritier d'un ouvrage beaucoup plus ancien. Lorsqu'on le reconstruit, sous Louis-Philippe, la démolition d'une des culées provoque la découverte d'un pot en terre contenant deux cents monnaies romaines, probablement enfouies après 18 de notre ère.

                                   La féculerie puis la râperie de la Jonchère

Bien que la féculerie soit située sur Bussy, ses travailleurs sont de Chanteloup.

Dans la Statistique communale de 1834 sur Bussy-St-Georges figure une fabrique de fécule de pomme de terre, sise à la Jonchère et « mue par un manège mis en œuvre par quatre chevaux » ouverte en 1833 elle emploie 32 ouvriers. Cette entreprise montée par Martin Delonchamp (Longchamp) utilise l’eau d’une source dites de la Fontaine du Crochet qui alimente un petit ru qui alimente à son tour la Gondoire.[14]

Le village voit s'installer dans le bâtiment qui avait abrité la féculerie, en 1870, une râperie de betteraves, en liaison avec la sucrerie de Villenoy. Un train (1872-1954)  amenait les betteraves de Chessy jusqu’à la râperie (son trajet suivait l’actuelle route du pavillon)

En 1922, le conseil municipal de Chanteloup sollicite le rattachement de la râperie à la commune, le conseil municipal de Bussy oppose un refus à cette requête et garde la râperie.

Elle a été désaffectée en 1964.                               


[1] Annuaire historique pour l’année… publié par la société d’histoire de France, éd. Renouard (Paris), 1841, p190, 

[2] Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris. Table analytique. [volume2]/ par l’abbé Lebeuf, éd. Féchoz et Letouzey (Paris), 1883-1893, 7vol, p279, 666 pages. 

[3] Jean de Reillac, secrétaire, maitre des comptes… par Jean de Reillac, éd. H. Champion (Paris), 1886-1887, notes de bas de page p251, 948 pages 

[4] Généalogie Le Picart (à Paris et en Champagne) dans « De Flavigny-Renansart », Impr. E. Duverger (Paris), 1851, p25, 32pages. 

[5] Généalogie de la famille de Loynes,… éd. H. Herluis on (Orléans), 1895, p19, 287 pages.

[6] Etat présent de la noblesse française, librairie Bachelin-Deforenne, 14 rue des prêtres Saint-Germain-L’auxerrois, Paris, 1866, page 585, 1230 pages. 

[7] Annuaire de la noblesse de France et des maisons souveraines, de l’Europe, volume 20  par M. Borel d’Hauterive, Dentu libraire 13 galerie Vitré Palais Royal Paris … 1863,  p 341,   434 pages. 

[8] Annuaire militaire de l’empire français pour l’année 1870, libraire éditeur Berger-Levrault et fils le 31 janvier 1870, p 563, 1171 pages. 

[9] Idem 2, p 581

[10] Almanach impérial pour 1854, éditeurs- propriétaires de l’almanach  impérial A. Guyot et Scribe, p630, 1158 pages. 

[11] Annuaire de l’administration française par Block, quatrième année, librairie de Veuve Berger-Levrault et fils 8, rue des Saints Pères Paris, 1861, p307 , 326 pages. 

[12] Etat des sections de 1791 de Bussy Saint Georges,

[13] Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris. Volume 4, de l’abbé Lebeuf,  par Adrien Augier,... Fernand Bournon Auteur : Lebeuf, Jean (1687-1760) Éditeur : Féchoz et Letouzey (Paris) Date d'édition : 1883-1893, p532et 533, 651 p.

[14] Bussy Saint Georges, Marie-Claude Phan, édité par la ville de Bussy-Saint-Georges,  imprimeur « Le Réveil de la Marne »,  décembre 2012, p57 et suivantes, 268 pages.

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