Je connais un endroit, un lieu peu ordinaire
Venez, suivez-moi, que je vous y emmène.
Franchissons une porte de chêne et entrons vous et moi
Dans cet endroit magique, où règne et fait la loi
Mimi, jadis petite main
Chez Dior et chez Balmain.
Une table de bois placée devant la fenêtr
Une armoire massive, à droite des étagères
Où bobines de fils, passementerie, rubans et galons,
Voisinent des épingles et des tas de boutons.
Tout au fond de la pièce un petit guéridon,
Où traîne, comme oublié, un précieux violon.
Debout, dans un coin, les personnages sculpté
D’un paravent chinois semblent converser
Avec un imposant voltaire en habit de cretonne
Un mannequin de son qui a perdu ses formes
Se tient près d’une chaise en bois
Il porte sur ses épaules un casaquin de soie.
C’est un décor charmant, aux accents désuets
À l’ambiance surannée ; on s’y plaît
À venir bavarder et retrouver la couturière
À la regarder faire.
Sur la table, repose allongée,
Une pièce de tissu, long corps inanimé.
De ses ciseaux argents, elle taille et coupe.
L’assurance du geste, ne laisse nul doute
Sur le talent de l’artiste
Sur le talent de créatrice
Qui donne vie à ce qu’elle touche
Qui, de par la grâce de son talent
Va mettre au monde un vêtement
Absorbée, tout à son œuvre de création
Laissons là, voulez-vous et partons.
Août 1996