Vlà t’y pas que déjà demain
C’est la fête de la Toussaint
Faudra que j’aille au cimetière
Faut bien saluer mon mort
J’veux pas avoir des remords
À combien seront les chrysanthèmes
Sûrement qu’ils seront très chers
C’est toujours quand on en a besoin
Qu’ils montent les prix, ces p’ tits malins
Pis, s’il fait frette, ils vont gelés
Du bel argent gaspillé
Fêter les morts au printemps
Ma foi, serait plus intelligent
Pourvu qu’il fasse pas pluvieux
L’aimait pas la pluie mon vieux
Mais l’aimait pas non plus le soleil
Il ronchonnait toujours pareil
Mais je ne devrais pas dire ça
Même si j’sais qu’il entend pas
Il n’avait pas l’poil dans la main
Toujours debout au p’tit matin
Faut dire qu’il savait bosser
Mais aussi se récompenser
Car il s’offrait ben volontiers
Des p’tits coups gnole dans l’gosier
Et, puis aussi faut que j’vous dise
Il aurait donné sa chemise
Y avait un côté généreux
Mon homme à moi, mon pauvre vieux
J’crois ben qu’il trinque avec le bon Dieu
Liette m’a dit que cette année
Les fleurs pour son défunt René
Elles les achetaient en plastique
Elle dit que c’est plus pratique
Pis, bien plus économique,
Qu’elles dureront ben toute une année
J’m’en vais faire comme elle,
Ben oui, j’en vais la singer
Elle va sans doute rouspéter
Me faire la tête et pis bouder
Bof, chez Liette c’est coutumier
Je ne vais pas m’en tracasser
Sûr que mon vieux sera content
Que je flâne près de lui un bout temps
Ceux qui l’entourent ne sont pas jasant
Sous terre, ça doit pas être marrant
Même s’il y a que dalle pour m’écouter
J’ai encore trop jacassé
C’est quand même dur de se changer
Allez, ma vieille va te préparer
Le cimetière c’est pas à côté
Pis t’as ton plastique à acheter
J’ne vais pas aller en tram
On donc que j’ai mis ma canne ?
Faut faire marcher mes deux pieds
Surtout faut pas que vous pensiez
Que même si je suis une vieille femme
J’suis prête à être enterrée
Non, j’ai encore mon mot à dire
Même que j’pourrais ben médire
Sur cette société qui s’fout d’la vie
La Vie, pourtant faut la chérir
Moi, j’la trouve quand même jolie
Même, si elle tourne au ralenti
Même si j’ai ben des soucis
Même si parfois je m’ennuie
Même si parfois je la maudis
Au fond, je l’aime ben, ma fichue vie
Même que souvent j’lui dis merci.
Marybé