Elle marche sans rien voir
Et bute sur les cailloux douloureux de ses souvenirs.
Avance, hésitante, vers le bar des illusions perdues,
Où traînent toutes ses blessures d'amour,
Enveloppées dans des pansements de cendre,
Tiraillées par une armée de décibels agressants.
Elle s'est donné rendez-vous.
pour boire à santé de son passé,
des hommes qu'elle a aimés
des hommes qui l'ont laissée
Boire à la santé de ses rêves avortés,
de ses espérances déchues,
de ses bonheurs tronqués.
Sa tête bourdonne comme ruche en folie,
Son cœur gémit comme vent de décembre.
Ses yeux s'éloignent du présent
glissent et remontent le cours du temps.
Elle retrouve Jean, son premier amant
Sourire d'acier, froid bouclier de sentiments
Armure d'indifférence
les mains gantées de violence.
Comme suspendu dans le néant
Au bout d'une corde de rêves
Pierre la regarde sans la voir
Perdu au mirage de son désert.
Yves est passé comme un coup de vent
Son temps ne lui appartient pas
Il s'arrête, juste pour prendre,
Toujours s'enfuit sans rien donner
Et tourne dans sa tête manège,
Tourne et se désagrègent,
Et s'enfoncent et se perdent
au creux des vapeurs anesthésiantes,
de l'alcool qui dilue,
ses espoirs déçus
ses pleurs étouffés
ses cris de colère retenue
ses gestes de révolte égarés.
Elle lie ensemble ses peines,
Les jette au fond de son verre.
Au bar de ses illusions perdues,
Ce soir, se sont noyées pour toujours,
Toutes ses anciennes blessures d'amour.
Marybé Décembre 1996