Il était une fois une sacro-sainte colère
Qui, tel un magistral coup de tonnerre,
Avait déversé des bruyants éclairs
Au cœur du paisible salon.
C’est que Léonard Phillibert
Avait énoncé une proposition.
Avec un surprenant aplomb
La docile Madame Phillibert
Lui avait opposé une ferme négation.
Non, non, et re-non
Pas de visite à sa belle-mère
Cette fois, il n’en était pas question,
Car, elle avait bien mieux à faire
Devant cet état dérangeant de guerre
Gaspard, le chat de la maison
L’œil hagard et furibond
Qu’on trouble ainsi l’atmosphère
Avait fuit se terrer sous un guéridon
C’est alors que Monsieur Phillibert
Vociféra un : Je vais prendre l’air…
Brusquement, le voilà qui se lève
Puis, s’en allant vers la porte arrière
L’ouvre précipitamment…
Merdezouk de zut, c’est l’hiver !
Il fait une effroyable tempête.
Fâcheusement, notre homme avait oublié
Que l’été vers d’autres cieux s’en était allé.
Surpris par une bourrasque de neige
Et par la froidure glaciale du vent,
La colère de Léonard Phillibert
Subitement descendit d’un cran.
Alors, prestement,
Faisant marche arrière
Notre ami se dirige vers son repaire
Où règnent bouquins et poussière.
Là, son cher piano grand ouvert
Lui rappelle que s’il est poète
Sans pour autant être célèbre
Il est aussi musicien
Alors, un sourire lisant ses lèvres
Ce cher Léonard Phillibert
Attaque avec une passion certaine
La Walkyrie de Wagner
Voici donc que la belle guerrière
S’arme de sa sacro-sainte colère
Pour l’emmener droit au cimetière
Où reposent sans prières,
Mais à jamais solidaires
Tous les mauvais sentiments.