Écrire un texte, en prose ou en vers, qui démarre obligatoirement par ces mots "Si je ne rentrais pas", quel que soit le sujet abordé ensuite.
Si je ne rentrais pas au bureau ce matin, si je m’offrais le luxe de tirer la langue à dame routine, me suis-je dit au moment précis où, imposant au store l’obligation de me dévoiler l’humeur du nouveau jour, je découvrais les prémices d’un vendredi superbe.
Les mots d’un article lu quelques jours auparavant vinrent soudainement danser dans ma cervelle encore quelque peu endormie. Il était question de l’impérieuse nécessité d’écouter ses besoins profonds. D’après l’auteur, c’était là clé d’un bien-être intérieur, par conséquent d’une vie meilleure. Ayant à cœur d’appliquer ce que m’avait appris cette lecture, il s’imposait que je me pose la question suivante : alors, ma fille, quel est donc ton besoin profond en ce matin ensoleillé ?
C’est étonnant et, vous en conviendrez j’en suis sûre, comme certaines questions demandent parfois de laborieuses réflexions, alors que la réponse à d’autres se trouvent en deux temps trois mouvements. Dans ce cas-ci, la réponse surgit immédiatement. Ce vendredi matin de juin, mon bien-être intérieur dépendait d’un besoin profond de faire relâche, donc de m’offrir une journée de congé. À mon esprit, c’était aussi clair et transparent que ne l’est à mes yeux, un miroir ou un carreau après un traitement au glassex.
Après avoir savouré calmement mon petit déjeuner, un deuxième café d’une main, le téléphone de l’autre d’une voix assurée, j’expliquais à ce cher monsieur Gaston Lebon qu’il me fallait répondre à un besoin profond consistant en l’abandon des piles de dossiers, de l’écran et du clavier. Seulement pour cette journée, ai-je cru bon de préciser, car il me semblait de bonne guerre pour dire ce genre de choses de porter des gants blancs. Tendant l’oreille, c’est avec un incommensurable plaisir, que je l’entendis me dire, je comprends parfaitement. Et puis, savez-vous, chère Marybé, qu’il est parfois intelligent de savoir s’arrêter afin de repartir d’un meilleur élan?
Comme vous avez raison, cher monsieur Lebon ! Et puis, savez-vous que vous portez très bien votre nom ?