Conte de Noël
Ce matin, dans la forêt de Jolyval, se tient une importante réunion. Convoqués par Sap- le-géant, tous se feront un devoir d’y assister. Près de 3 mètres de hauteur, une envergure impressionnante, le géant est respecté de tous. Après avoir demandé l’attention de son public, d’un souffle puissant il fit s’envoler quelques flocons blancs, et débuta son discours ainsi :
Mes chers Amis,
Décembre est arrivé et vous saurez que chez les humains, c’est un mois très particulier. La tradition que la majorité suivent année après année impose de placer un conifère au sein de leur demeure. Cependant, étrangement, ils n’ont jamais pensé installer un cèdre ou encore un épicéa. Non ils n’ont pensé qu’à nous. Certains d’entre eux se sont laissés tentés par des sapins, ma foi, assez vulgaires. Artificiels, ils sont prétendent-ils, plus faciles d’entretien. Cependant, et c’est heureux, beaucoup refusent de leur porter la moindre attention. À leur yeux, seul un sapin naturel, comme nous le sommes tous, doit enjoliver leur demeure pour célébrer Noël. Cette belle fête annuelle souligne la naissance très lointaine d’un bébé nommé Jésus.
Pour plusieurs, c’est en famille et au cœur de la forêt, qu’ils viennent choisir celui qu’ils ont hâte d’inviter chez eux. On lui assignera une place d’honneur, près de la crèche ou encore de la cheminée. Ils ont hâte de le vêtir de beaux ornements scintillants, de breloques multicolores, de guirlandes lumineuses. Dans sa magnifique parure, il sera admiré, complimenté. Il aura même le privilège d’écouter de la musique et de traditionnels cantiques. De nombreux paquets seront déposés à ses pieds. Il en aura la garde et devra veiller scrupuleusement à ce qu’aucun petits curieux ou curieuses ne viennent les soupeser ou encore les déshabiller de leurs emballages colorés.
Ne soyez pas surpris. Ces visiteurs font généralement beaucoup de bruit. Attendez-vous aussi à entendre des remarques sur l’élégance de nos branches, sur la droiture de notre tronc, sur notre taille aussi bien certainement. Généralement ils se montrent respectueux, mais il arrive aussi que leur comportement soit moins sympathique. Quand ils auront fait leur choix, tous les élus nous feront leur adieu, car ils nous quitteront pour aller vivre une belle aventure. Une fois loin de chez nous, ils auront le droit de porter un titre de noblesse, Sieur Sapin de Noël.
Le géant, venait à peine de finir son allocution, que les premiers visiteurs firent leur apparition. Des cris et des rires d’enfants se rependirent dans l’air. Sapino, Un tout jeune sapin les regardait courir ici et là, son petit cœur battant très fort. Sera-t-il remarqué? Aura-t-il la chance d’être habillé de lumières ? C’est alors qu’un petit garçon qui s’était approché de lui, cria : « Mia, Popol, venez vite j’en ai trouvé un très joli.» Mais aussitôt Sapino entendit des voix répondre : « Voyons Ti-Guy, tu n’y penses pas, il est bien trop petit. Nous ne voulons pas un sapin géant, mais encore moins un nain.»
Sur le coup, Sapino cru que son cœur allait cesser de battre. Il se sentait si malheureux. La belle aventure ne serait pas pour lui. Le sort en avait décidé ainsi.
Voyant son chagrin, Sap-le-géant cru bon lui confier certaines choses qu’il avait jugées préférable de garder secrètes. Vois-tu Sapino, lui dit-il, si, à première vue, l’expérience peut sembler emballante, tu sais, elle est de courte durée. Un mois et demi, tout au plus. Car aussitôt qu’arrive la nouvelle-année, celui qui a été louangé, admiré, encensé, va se voir dépouiller de tous ses atours. Son rôle est terminé. Terminée la fête, terminée la gloire. Il va se retrouver tout nu couché sur le trottoir. Parfois, on viendra le chercher et il sera happé par les dents acérées qui l’avalera et le transformera en petits copeaux, ce qui est loin d’être jojo, je t’assure.
Toi, mon petit, tu as la chance de rester avec les tiens, ceux qui t’aiment comme tu es. Tu as le bonheur d’entendre ton ami le vent venir te raconter ses voyages et quand il pleut, de servir de parapluie aux oiseaux. Tu peux jaser avec les écureuils, les lièvres, les hérissons, tous les animaux, qui partagent notre magnifique décor. Tu peux admirer la danse gracieuse des flocons et la forme élégante des nuages. Toi, tu peux t’enivrer de grand air et te laisser caresser par les rayons chaleureux du soleil.
Avec son cœur de géant et sa grande sagesse, Sap avait su trouver les mots pour consoler son jeune ami. Après l’avoir écouté avec attention, ce dernier avait retrouvé son sourire. C’est qu’il avait compris, Sapino, qu’il ne faut jamais envier le sort des autres.
Maintenant, ce qu’il souhaitait ardemment c’est de continuer à vivre comme il l’avait fait jusqu’à présent. Et, c’est alors qu’il lui vint une idée : Si je refuse de grandir, se dit-il, l’année prochaine personne ne me choisira puisque que je n’aurai pas l’allure pour séduire les adultes comme les enfants ; donc je pourrai continuer à jouir de ma précieuse qualité de vie.
Si, un jour vous décidez, juste pour le plaisir d’aller vous promener dans la forêt de Jolyval, peut-être remarquerez-vous un sapin, qui sans être un nain est cependant bien plus petit que tous ceux qui l’entourent. Dites lui alors amicalement : Salut Sapino, ça va ? Mais je ne suis pas certaine qu’il vous répondra...