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1jour après
Pâques

Karina rend visite au bonheur

C'est décidé, je prends quelques jours de congé, se dit Karina. La déprime me guette, elle n'aura pas ma peau. Il me faut sortir du train-train quotidien, c'est urgent !   Une collègue lui ayant parlé d'un endroit tout à fait charmant, une petite auberge aux prix fort raisonnables, elle avait saisi le téléphone et avait fait sans attendre sa réservation. Dès que les dates lui furent confirmées, elle avait été présenter sa requête à son patron qui bien évidemment ne pouvait plus dire non. Depuis tout le temps qu'ils se connaissaient, il s'était habitué à ses manières de faire. Karina était quelqu'un qui savait ce qu'elle voulait, mais qui donnait toujours le maximum pour les gens qu'elle appréciait et sur qui, en cas de nécessité, on pouvait compter les yeux fermés.

 

Son amie Lily, dès qu'elle fut au courant, lui propose de passer chez sa nièce Rosa. Cette dernière habite dans un petit village à proximité de l'endroit où se situe l'auberge. Passe la voir, avait dit Lily, cela lui fera tellement plaisir d'avoir de la visite. Tu sais, Rosa est une fille de la ville et de plus très sociable. Depuis qu'elle vit là-bas, il lui semble que son horizon est parfois un peu bas. Le tempo de la vie est parfois un peu lent.  Elle sera réellement heureuse de te rencontrer. Je vais la prévenir. De plus je suis certaine que tu ne le regretteras pas car sa petite famille est vraiment sympathique..  Karina s'était dit : pourquoi pas, et avait donc promis. Ce qui est promesse se doit d'être tenu.

 

Cela fait déjà plus de 3 heures que Karina roule sur la route de la détente. Elle sent déjà que la déprime s'estompe. Plus qu'une dizaine de kilomètres et je serai bientôt arrivée, se dit-elle tout en admirant la beauté du paysage. Elle suit à lettre les instructions que son amie Lily lui a données et qui doit lui permettre de se rendre chez Rosa. À l'entrée du village, elle prend l'allée Grandcoeur, tout droit jusqu’au carrefour Delamitié. Ensuite comme Lily le lui a dit, elle tourne à droite, sur la rue Belumeur. Bien qu'elle n'ait pas un sens de l'orientation fort développé, elle ne s'est pas trompée.

 

Arrivée au numéro 26, Karina découvre, logée sous un toit pointu, une maison coquette. Devant, un jardinet. En guise de bienvenue il lui offre son assortiment de feuillage et de fleurs. Sur le côté gauche de la porte, se trouve dessinée une jolie marguerite. Le cœur de la fleur semble être comme un petit bouton. Tiens, quelle jolie idée, ce doit être la sonnette, pense Karina. À l'intérieur de la maison, une voix cristalline chante : L’amour est enfant de bohème qui n’a jamais, jamais connu de loi...

 

À l’instant même où elle s’apprêtait à toucher le cœur de la fleur, une jeune femme arrive avec encore sur les lèvres quelques notes de la chanson. Elle  semble avoir un don de voyance et lire dans ses pensées. Elle lui dit en riant, oui, oui, c’est bien la sonnette. L’idée vient des enfants.

Rosa, est grande, mince avec de longs cheveux noirs et de sa voix chaude elle invite Karina à entrer. Comme je suis heureuse de vous connaître, puis elle ajoute, ma tante Lily est votre amie et elle est aussi la tante que je préfère ; alors quand j’ai la chance de voir tante Lily, je l’embrasse, donc quand j’ai la chance de faire la connaissance de son amie j'ai le goût de l’embrasser aussi.

 

- Avec grand plaisir, répond Karina séduite par cette spontanéité. Allons-y et elle plaque deux baisers sonores sur les joues appétissantes de Rosa. Cette dernière ajoute : « venez, que je vous présente ma tribu. »

 

Sans gêne aucune, elle prend la main de Karina et l'entraîne au cœur de la maison. C’est une pièce spacieuse. Des murs jaune soleil couverts  d’armoires en pin. De nombreuses étagères accrochées ça et là. qui plient sous le poids de pots remplis d’une variété infinie d’herbes séchées, d’épices diverses. Une tresse d’ail suspendue à un clou. Il ne fait aucun doute, la personne qui règne en ces lieux, doit prendre plaisir à mitonner des plats savoureux. Au centre, se trouve une table ronde recouverte d’une nappe fleurie. Huit chaises de bois lui tiennent compagnie.

 

Soudain,  Karina entend une voix d’enfant qui crie : «Papa, Rosalie, Élodie, venez vite la dame est arrivée». Le premier qu'elle voit apparaître, est un petit bonhomme déluré d’environ 5 ans et dont les yeux pairs lui donnent une allure de petit chat espiègle. Il lui saute au cou et lui dit : je m’appelle Sébastien et toi ? Avant même d’avoir pu lui répondre Karina est entourée par deux petites filles qui sans la moindre timidité lui disent ; «bonjour, moi je suis Rosalie et l’autre d’ajouter, moi je suis Élodie. »

 

Rosalie la plus grande vient de souffler ses 10 bougies. Un regard coquin, un nez tout en trompette et des joues rebondies. De l’ensemble il ressort une telle joie de vivre, un caractère aussi. Cette enfant sait très bien ce qu’elle veut. Comme dit son grand papa qui manifestement a un faible pour elle, elle fera son chemin dans la vie.

 

Elodie, aura huit ans le mois prochain. Des cheveux tout frisés, une fossette au menton, et des yeux bleus aux reflets rêveurs. Ce tempérament plus calme irrite sa grande sœur  qui lui dit souvent : «Élodie s’il te plaît sort de ta lune ». Et Élodie de répondre alors, je ne peux pas la lune ne veut pas me lâcher.

 

Papa, Papa, crie Sébastien, est-ce que tu viens ? Oui, oui, dit une voix puissante. Je suis à la cave, je ne serai pas long. C’est alors qu’arrive le maître de maison. Sergio, le mari de Rosa. C’est un géant débonnaire, chaleureux qui entre dans la cuisine avec une bouteille qui semble poussiéreuse et qu’il pose avec précaution sur le coin du buffet. Il tend une main large et ferme à Karina et lui dit : «Je suis très heureux de vous voir. Rosa vous a-t-elle dit qu’on vous garde à souper. Je vous ai préparé un de ces desserts... » À cet énoncé il a les yeux qui brillent. À n’en point douter, ce Papa est gourmand.

 

Les enfants ne tardent pas à faire savoir à Karina, qu’aujourd’hui, il se passe quelque chose de spécial. Une fois par mois lui disent-ils, il y a un conseil de famille.

 - Sais-tu ce que c’est,  lui, demande Sébastien sur un ton interrogatif.  Tu vas voir tout le monde peut donner son avis. On donne son avis en faisant comme ça, et d’un geste vif il lève sa main. Il ajoute en articulant ses mots : «on appelle ça voter à main levée. »

 

Avec un sourire attendri, Rosa, demande à Karina si cela ne l’ennuie pas d’assister au conseil. C’est que, Rosalie est très impatience de présenter sa requête. «Bien au contraire», répond Karina, je serai ravie d’être témoin de cette importante cérémonie.

 

-Alors, que tout le monde prenne place, dit Rosa.

Chacun s’installe autour de la table. Sébastien réclame d’être assis près de la dame. Karina est  curieuse et impatience de vivre cette expérience et d'assister au déroulement de ce conseil un peu particulier.

- Qui demande la parole le premier ? dit Sergio.

-Moi papa, dit Rosalie.

 

Rosa explique en riant qu’il faut respecter le protocole ; comme dans la vraie vie disent les enfants ? Alors celui qui a la parole doit se lever.

 

Rosalie se met donc sur ses deux pieds et haute de ses 10 ans dit : «vous savez, il y a dans ma classe une fille dont la chienne a eu plusieurs bébés. Quatre ou cinq, je crois... Enfin je ne sais plus très bien combien, mais beaucoup... J’ai vu des photos. Ils sont mignons comme tout. Elle aimerait bien tous les garder, mais ses parents ne veulent pas. Ils disent que c’est impossible, qu’ils ne peuvent pas, que c’est trop de travail et qu’il faut trouver à les placer. Alors, j’ai pensé que... peut être nous pourrions en prendre un ici». Sa cause est importante et elle veut la gagner. Ses yeux sont remplis d’espérance.

 

Sergio et Rosa se regardent en silence. Dans la maison, se prélassent déjà deux chats, un oiseau, un hamster et dans le jardin il y a même un lapin. Sur un meuble au salon, il y a aussi un aquarium immense avec des tas de poissons. Un chiot de surcroît ? Évidemment, seuls Sergio et Rosa ont le droit de veto, mais ils s’en servent rarement.

 

Un léger clin d’œil à sa femme et Sergio prend la parole : «Que pensez-vous de la proposition de Rosalie ? On va passer au vote : que tous ceux qui sont en faveur de l’adoption d’un petit chiot lève la main ! »

 

Aussitôt, 4 mains répondent à l’appel. Mais celle de Rosa est restée posée sur ses genoux. Ne vous y trompez pas.  Il y a sur ses lèvres un sourire qui veut bien dire que son abstention, c’est juste pour la forme. Au fond, se dit-elle, un chien, cela complétera bien toute notre ménagerie

 

À son tour, Rosa prend la parole et dit : D’accord pour le chiot, il sera adopté.

À peine a-t-elle terminé sa phrase qu’elle se sent entourée, tiraillée, embrassée, cajolée. Toute cette tendresse achève de tuer les quelques réticences. Elle entre de plein pied partager le bonheur des enfants.

 

Maintenant il faut passer aux choses plus sérieuses, dit Sergio. L'adoption peu importe de qui, demande que l'on se plie à certaines exigences. Il faut donc répartir les responsabilités. Ce petit chien doit avoir à manger, doit se promener et doit aussi être bichonner. Voici donc ce que je vous propose :

- Rosalie s'occupera des promenades. Évidemment comme un bébé chien n'est pas propre du jour au lendemain elle devra aussi veiller à ramasser les petits tas si, des fois, il devait y en avoir.

- Élodie veillera à ce que son bol d'eau soit toujours plein d'eau fraîche et devra aussi lui donner à manger.

- Sébastien devra le brosser et veiller à ce que son os en caoutchouc et ses autres joujoux ne traînent pas partout. Il veillera également au confort du panier

 

S'adressant alors à Rosa,  Sergio lui demande :

Que penses-tu de cela ? Trouves-tu ça équitable ?


Rosa trouve que le partage est  juste et que chacun a, en fonction de son âge, une tâche raisonnable.

Je trouve cela parfait, dit-elle et elle ajoute : je propose que tout ceci soit valable pour une période d'un mois, jusqu'au prochain conseil. Là, on remettra tout cela sur la table.

 

- Qu'en dites-vous les enfants ? ajoute Sergio. Êtes-vous tous les trois d'accord ?

Trois «oui» bien fermes se font aussitôt entendre.  Rosalie, Élodie, Sébastien sont respectivement très fiers de ce qu'ils auront à faire.

 

Comment va-t-on l'appeler ? demande soudain Élodie qui vient subitement de penser qu'il faut, à ce nouvel ami, un nom digne de lui.

 

Je crois qu'il vaudrait mieux attendre qu'il soit parmi nous, répond Rosa en souriant. Ce sera plus facile, en le voyant, de lui trouver un prénom qui lui aille comme un gant.

 

Tout le monde est d'accord pour attendre, mais chacun, c'est certain, a déjà dans la tête une kyrielle de prénoms qui se baladent.

 

-Quelqu’un doit-il ajouter quelque chose ? demande  Sergio

- Moi, dit Sébastien, j’ai faim et je voudrais que l’on mange.

- Moi aussi, dit alors Rosalie et Élodie. Tout le monde rit

Et Sébastien, le plus gourmand de tous, d’ajouter  «Qu’est-ce qu’on mange pour souper ? »

Sergio prend plaisir à rester évasif et d’un air très mystérieux, répond : «une surprise, vous verrez... »  Mais, quand Sergio dit ça, les enfants le savent bien, c’est toujours leur repas préféré. Un steak bien juteux avec évidemment un monceau de frites et en prime comme dessert une mousse au chocolat qui se mange glacée.

 

Le conseil est terminé et comme les enfants, Karina  sent la faim la tiraillée. Il fait chaud, mais elle en a conscience; ce n’est pas la chaleur du fourneau. Non, la chaleur qui règne dans la cuisine est celle du bonheur qui se dégage, et  qui vient se poser juste à l’orée du cœur.

 

Le bonheur, c’est connu, ça creuse l’appétit. Karina meurt de faim parce qu'aujoud'hui, elle a rencontré de visu le bonheur chez Rosa, la nièce de son amie Lily.

 

Marybé

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