Jeu, set et match
Bien avant d’être le lieu historique ayant accueilli le fameux Serment de 1789, la salle du jeu de paume est avant tout une salle de sport qui mesure 55 mètres de longueur sur 33 de largeur et 15 de hauteur.
A l’époque, il existait entre 1500 et 1800 salles de ce type dans Paris. Aujourd’hui il n’en reste plus que trois : une à Paris, une à Fontainebleau et celle de Versailles, qui a perdu sa fonction originelle. Mais cette salle versaillaise n’est pas la première du genre. En effet, lors de fouilles archéologiques dans les sous-sols du Grand Commun, attenant au château, on a découvert les traces d’une ancienne salle de jeu de paume datant de 1635 et bâtie sur ordre de Louis XIII. Un vieux souvenir.
La salle du jeu de paume a été construite en 1686. Elle appartenait à des privés qui la mettaient en location, et notamment à la famille royale. Malgré les conseils de son médecin l’incitant à faire de l’exercice, Louis XIV n’y mit jamais les pieds, préférant de loin la chasse. En revanche, son fils, le Grand Dauphin, y allait régulièrement. Moins d’un siècle plus tard, c’est le Comte d’Artois, frère de Louis XVI, qui y joue assidument.
Sur la gauche se trouvait la galerie des spectateurs, on pouvait aussi trouver des filets. Le plafond était bleu avec des fleurs de lys, le sol était à carreaux rouges, les murs étaient foncés (la balle étant claire, ça permettait de mieux la voir) et remontaient jusqu’aux fenêtres, il y avait également des traits au sol pour le comptage des points. Le jeu de paume, joué dès le XIVe siècle, est l’ancêtre du tennis et du squash. Il y en avait deux sortes :
la courte paume, qui se jouait en intérieur, avec la main ;
la longue paume, en extérieur, avec une raquette.
Le 5 juin 1789, c'est l'ouverture des Etats-Généraux. Les trois ordres se rassemblent à l'Hôtel des Menus-Plaisirs et tentent de trouver les solutions qui sauveront le royaume de la situation désastreuse dans laquelle il se trouve. Le vote se fait toujours par ordre. Il n’existe aucune salle permettant aux trois ordres de se réunir pour réfléchir et délibérer conjointement : la noblesse et le Clergé vont dans une salle, le Tiers n’a rien. Ils décident alors de se réunir dans la salle de l’Assemblée et proposent de rassembler les trois ordres afin de réfléchir tous ensemble. Le 17 juin, ils se déclarent Assemblée Nationale, assemblée que Louis XVI ne reconnaît pas. Le 19 juin, le bas Clergé rejoint le Tiers. Face à ce qu’il estime être un affront, le Comte d’Artois, frère du Roi, fait fermer la porte des Menus-Plaisirs aux députés du Tiers, au motif officiel de travaux. Ils vont donc se réunir dans une salle restée vide : la salle du jeu de paume, sur une idée de Guillotin.
Guillotin n’est pas l’inventeur de la guillotine. Il a suggéré l’idée d’une mise à mort commune à tous (jusqu’alors c’était la hache pour la noblesse et la pendaison pour le peuple), afin d’assurer l’égalité de chacun face à la peine capitale et d’éviter les souffrances inutiles ou les exécutions interminables. C’est, plus tard, le Dr Antoine Louis qui mettra au point la fameuse guillotine, adoptée comme moyen de mise à mort. Guillotin est donc à retenir, pour la postérité, comme celui qui a choisi la salle du jeu de paume pour prêter le fameux Serment.
A droite, le buste de Guillotin
Le fameux Serment du jeu de paume, rédigé par Barnave et Le Chapelier, est énoncé par Bailly. Ensemble, ils jurent « de ne jamais se séparer, et de se rassembler partout où les circonstances l’exigeront, jusqu’à ce que la Constitution du royaume soit établie et affermie sur des fondements solides ». Au total, ce sont 300 hommes de loi qui participent à ce Serment et à la création de l’Assemblée Nationale. Trois jours plus tard, Louis XVI casse les décisions prises par l’Assemblée Nationale qui se dresse contre l’envoyé du Roi, Louis de Dreux-Brézé : « nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n’en sortiront que par la force des baïonnettes ! ».
A gauche, le buste de Le Chapelier, ci-dessous une partie de la liste des signataire du Serment.
Le 9 juillet, l’Assemblée Nationale devient l’Assemblée Constituante. La salle où se réunissent les députés est alors disposée différemment, sans distinction d’ordres, sous forme d’hémicycle. Le 15 octobre 1789 se tient la dernière réunion de la Constituante à Versailles. La famille royale ayant été emmenée à Paris depuis le 6 du même mois, l’Assemblée les suit et s’installe dès le 16 octobre dans la salle du Manège accolée aux Tuileries.
Par la suite, la salle évolue. Le « 7e jour du 2e mois de l’an II » (selon mes calculs, le 28 octobre 1793), la salle du jeu de paume devient en bien national destiné à l’instruction publique.
Sous le Premier Empire, la salle devient un atelier de peinture. Sous la Restauration, elle est purement et simplement fermée, et la plaque de cuivre apposée derrière la statue de Bailly est carrément retournée.
Sous le Second Empire, la salle est rouverte puis, sous la IIIe République, reconnue monument historique.
Vers 1790/1791, le peintre Jacques-Louis David commence le tableau représentant le Serment du jeu de paume. Il démarre l’esquisse puis l’œuvre sur toile jusqu’en 1791 (que des nus sur lesquels, petit à petit, il rajoute les vêtements afin de leur donner les bons plis, les bonnes formes, qu’ils s’adaptent aux mouvements des corps), et là il s’arrête. La raison la plus évidente de cet arrêt soudain est que plusieurs personnes présentes sur ce tableau sont décédées ou considérées comme des traitres. En effet, en 1791, Bailly et Barnave ne sont plus en odeur de sainteté (Bailly était maire lors de la fusillade du Champs de Mars du 17 juillet 1791 ; Barnave a tissé des liens amicaux avec Marie-Antoinette et Madame Elisabeth lors du retour de Varennes) et ils finiront guillotinés. Mirabeau (buste à gauche) est décédé puis reconnu comme traitre à son tour (à cause de ses relations avec la famille royale, découvertes grâce à l’armoire de fer de Louis XVI), ce qui lui vaudra, début 1794, d’être sorti du Panthéon et inhumé anonymement.
David n’a ensuite jamais repris son œuvre. Elle a été rachetée par le Louvre puis découpée en 3 parties. Il ne subsiste que la partie centrale, les deux autres sont perdues. Cette partie est très fragile, très abîmée et conservée précieusement à Versailles, dans les attiques. L’œuvre originale est donc incomplète.
Une gravure représentant l’esquisse de David est exposée dans la salle. Les personnages sont numérotés et listés. Voici quelques-uns d’entre eux : Robespierre (10) ; L’abbé Grégoire (3) et les deux ordres catholique (5) et protestant (4) représentés sur le tableau ; Mirabeau (12) et Barnave (13).
Une maquette de la Bastille, réalisée avec une pierre de la vraie forteresse