Famille nombreuse
⚜️ Collection "visites guidées" ⚜️
Cette visite s’est déroulée dans la galerie de peintures du XVIIème siècle, dans l’aile Nord. Ce choix est le plus pertinent dans le sens où elle contient de nombreux portraits de la famille royale, tandis qu’il ne reste rien, dans les salons actuels, de ce que la famille a connu à Versailles. La suite aurait dû se faire dans l’enfilade de salons, mais la quantité de monde a fait que nous sommes directement allés dans l’antichambre de l’Œil-de-bœuf où se trouve le tableau représentant Louis XIV et sa famille en divinités.
Les ancêtres communs à tous sont Henri IV et Marie de Médicis. S’ils sont évoqués dans cette visite, c’est principalement pour parler de Louis XIII et expliquer ses relations avec les autres membres de la famille.
Sous Henri IV, l’éducation et les relations parents/enfants étaient différentes. Les enfants étaient sensiblement vus comme des esclaves : ils servaient leurs parents, chantaient pour eux… L’éducation était stricte et les parents n’avaient pas la main leste. Henri IV, comme les précepteurs de Louis XIII, n’hésitaient pas à user du fouet. La relation de Louis XIII avec son père est complexe. Déjà, l’éducation stricte qu’il reçoit aide peu. En outre, même si Henri IV est un père présent et aimant (on a tous l’image du Roi à quatre pattes, avec ses enfants sur le dos, en train de jouer) il fait élever tous ses enfants ensemble à Saint-Germain. C’est-à-dire qu’il mélange sa progéniture légitime à l’illégitime. Louis XIII a énormément de mal à supporter ces bâtards et s’estime bien au-dessus d’eux. Ces mêmes demi-frères n’hésiteront pas, plus tard, à contester le pouvoir de Louis XIII et à se révolter. Enfin, Henri IV meurt alors que Louis XIII n’a que neuf ans, autant dire qu’il l’a assez peu connu. Mais ses liens avec sa mère ne sont pas mieux. Marie de Médicis n’hésite pas à l’humilier, elle se moque totalement de son fils et lui préfère son cadet, Gaston d’Orléans. L’enfance et l’éducation de Louis XIII vont avoir beaucoup de répercussions sur ses futures relations, autant avec les femmes qu’avec ses fils. A la mort d’Henri IV, Marie de Médicis prend la régence et passe la majorité de son temps avec ses favoris : Concino Concini et son épouse, Léonora Galigaï. Louis XIII se fait discret. Mais, proche du Duc de Luynes qui le conseille, il finit par s’affirmer et c’est grâce à son conseiller qu’il fait assassiner Concini en 1617, et exile sa mère à Blois. Il devient alors pleinement Roi.
Henri IV souhaitait que son fils épouse une princesse de Lorraine, ce qui aurait permis de rattacher la Lorraine à la France beaucoup plus tôt que ce qu’elle n’a été. Mais après sa mort, Marie de Médicis, qui fréquente le parti dévot et le parti espagnol, choisit rapidement une Infante pour marier son fils. Ce sera donc Anne d’Autriche. Aînée de sa fratrie, elle perd sa mère qui meurt en couches, à la naissance de son huitième enfant, et c’est Anne qui a quasiment élevé ses cadets. Louis XIII, voulant respecter les volontés de son père, désapprouve le choix de sa mère et prend sa femme en grippe. Pourtant, de l’avis de tous, Anne est belle, élégante, raffinée, d’une hygiène hors normes pour l’époque, elle aime les belles étoffes ainsi que les gants et mouchoirs parfumés. Elle délaisse la mode espagnole, trop stricte, pour une mode « à la française », mettant en valeur sa gorge, ses belles mains et ses jolis bras. Mais rien n’y fait, Louis XIII n’aime pas sa femme.
Afin de valider le mariage, Marie de Médicis précipite la nuit de noces. Les jeunes mariés n’ont que 14 ans et celle-ci se passe très mal. Louis XIII en reste traumatisé et refusera de fréquenter le lit de sa femme pendant quatre ans. C’est sur les conseils du Duc de Luynes, mettant en avant l’importance d’avoir un héritier, qu’il retournera dans le lit conjugal. Ce qui fait vite son effet, puisqu’Anne tombe enceinte. Mais elle fait très régulièrement des fausses couches, dont une qui provoque la colère de Louis XIII. Sous l’influence de la Duchesse de Luynes, Anne court dans la grande galerie du Louvre et glisse, ce qui provoque la perte de l’enfant et l’exil de la Duchesse. Entre cet évènement et les lettres compromettantes avec l’Espagne, à la limite de la trahison, qu’envoie Anne, l’animosité de Louis XIII envers la Reine ne fait qu’augmenter. En outre, le Duc de Luynes meurt, mais sa femme, remariée au Duc de Chevreuse, revient à la Cour et devient une sorte « d’éminence grise » de la Reine.
Au final, il faut attendre 22 ans de mariage pour que naisse enfin le futur Louis XIV, en 1638. Là, les mémorialistes ne sont pas d’accord. Pour certains, Louis XIII revoit son ancienne favorite platonique, Mlle de La Fayette, devenue religieuse, qui lui conseille de se rapprocher de la Reine. Voulant ensuite aller à Saint-Maur, il est stoppé par un violent orage et doit se réfugier au Louvre, chez Anne d’Autriche (puisque son appartement à lui n’était pas prêt à l’accueillir), où il passe la nuit du 5 décembre 1637 (5 décembre – 5 septembre, ça tombe tout pile). S’en suivrait donc la naissance de Louis XIV. D’autres affirment au contraire que Louis XIV a été conçu dans la période du 20 au 30 novembre, et qu’à cette période le couple royal séjournait à Saint-Germain. Quoi qu’il en soit, l’héritier est bel et bien là. Le jour de la naissance, encore une fois les avis divergent. Pour certains, Louis XIII se moque de son fils, le voit et le touche à peine. Pour d’autres, il est ravi de cette naissance et adore son héritier. Deux ans après naît Philippe, Duc de Chartres puis Duc d’Orléans à la mort de son oncle Gaston.
Louis XIII est malade. Aujourd’hui, on pense qu’il était atteint de la maladie de Crohn, une maladie inflammatoire du tube digestif. C’est dans d’atroces souffrances et après une longue agonie qu’il décède en 1643. Auparavant, il prend le soin de faire baptiser Louis XIV. Démarre alors la régence d’Anne d’Autriche jusqu’au règne personnel de Louis XIV en 1661. Anne a une grande influence sur son fils, et surtout une grande complicité les lie. Contrairement à Marie de Médicis qui a voulu garder le pouvoir pour elle, quitte à faire passer Louis XIII pour un débile, Anne au contraire laisse Louis XIV gouverner et s’efface au profit de son fils. Elle garde néanmoins une place de choix à la Cour et organise, avec Mazarin, un nouveau mariage espagnol, qui a pour mérite de mettre un terme à la guerre contre l’Espagne.
Marie-Thérèse est donc une infante d’Espagne. Élevée dans l’idée qu’elle sera un jour Reine de France, elle sait parfaitement qu’elle épousera son cousin, à peine plus âgé qu’elle. Nièce d’Anne, on peut espérer qu’elle s’intègrera parfaitement à la Cour. Et pourtant, lorsqu’elle arrive en France, elle ne parle pas un mot de français. Elle conserve également assez longtemps sa cour espagnole, ce qui fait qu’elle ne s’intègre pas et reste surtout confinée dans ses appartements. Quand la cour espagnole est chassée au profit d’une française, le « mal » est déjà fait. Au début du mariage, Louis XIV est amoureux de sa femme. La dot n’étant payée par l’Espagne que si le mariage est consommé, la nuit de noces est encore une fois précipitée. Sauf que, contrairement à celle de Louis XIII et Anne d’Autriche, celle-ci se passe à merveille, et le lendemain les deux époux se disent satisfaits l’un de l’autre. Mais l’amour du Roi pour sa femme ne dure pas longtemps. Marie-Thérèse est renfermée, discrète, elle n’y met pas du sien. Et plane aussi le souvenir de Marie Mancini, que le Roi a éperdument aimée et à qui il a dû renoncer à cause de la raison d’État. La Reine, elle, est très amoureuse de son mari, mais en même temps elle le craint.
Rapidement, la Reine devient une déception pour tout le monde. Elle n’arrive pas à la hauteur d’Anne d’Autriche, qui la considère très vite comme un ventre. Mais là, elle remplit parfaitement sa mission, en mettant six enfants au monde. Mais Louis XIV et Marie-Thérèse sont doublement cousins (Louis XIII a épousé Anne, Philippe IV, frère d’Anne, a épousé Élisabeth, sœur de Louis XIII). Et la consanguinité fait des ravages, un seul enfant survit, l’aîné, Louis, dit le Grand Dauphin.
Anne d'Autriche avec sa belle-fille et nièce Marie-Thérèse, portant le Grand Dauphin sur ses genoux.
Autre personnage marquant dans la vie de Louis XIV : Anne-Marie-Louise d’Orléans, dite la Grande Mademoiselle, sa cousine (en haut à gauche). Elle est la fille aînée de Gaston d’Orléans (en bas à gauche) et de Marie de Bourbon, Duchesse de Montpensier, dont elle récupère le titre. Elle aussi connaît des relations houleuses avec son père, mais aussi avec sa belle-mère. A l’inverse, elle s’entend bien avec ses trois petites demi-sœurs, dont la plus grande aurait l’âge d’être sa fille : Marguerite-Louise, Elisabeth-Marguerite et Françoise-Madeleine.
Ses relations avec Louis XIV sont également compliquées. Gaston d’Orléans a largement comploté contre Louis XIII, et la Grande Mademoiselle, plus tard, a aussi fait partie des frondeurs. Elle a quand même fait tirer les canons de la Bastille contre les troupes royales ! Mais, pardonnée, elle retrouve sa faveur et rejoint la Cour. Elle est surtout la princesse la plus riche du royaume, et la plus puissante de la famille. Gaston avait épousé Marie de Montpensier pour son immense fortune. A présent que c’est la Grande Mademoiselle qui en est la détentrice, il est difficile de lui trouver un parti qui soit à la hauteur de son rang. Elle aurait volontiers épousé Louis XIV, de 11 ans son cadet, mais Mazarin s’y oppose fortement. Elle-même a refusé bon nombre de partis. Prise d’une folie pour le Duc de Lauzun, elle espère l’épouser mais Louis XIV refuse au dernier moment : ce serait élever Lauzun trop haut et le mettre à la portée de la plus grosse fortune du pays. Lauzun fait un séjour à Pignerol dont il sort grâce au « marché » effectué entre Louis XIV et sa cousine : il est libéré, en échange la Grande Mademoiselle cède le Comté d’Eu et la Principauté des Dombes au Duc du Maine, fils légitimé du Roi. Au final, Lauzun et la Grande Mademoiselle vivent ensemble, mais dans une relation houleuse (il en veut plus à la fortune qu’à la Princesse elle-même) et il est peu probable qu’ils se soient mariés. A la mort de la Princesse, sa fortune passe aux mains de Monsieur, le frère de Louis XIV.
Le Grand Dauphin est titré Monseigneur. Enfant, il a subi une éducation abominable. Son précepteur, le Duc de Montausier, voulait lui en apprendre beaucoup trop. Chaque soir, il lui faisait répéter la prière du dimanche, bien plus longue que les autres. Et si l’enfant buttait sur un mot, il le battait. S’il buttait encore, c’était la même chose, au point qu’un jour, un valet a bien cru qu’il allait tuer le Prince. Cette éducation le marquera tellement qu'il pratiquera autrement avec ses propres fils.
Le Prince parle peu, il est discret. Louis XIV le met à l’écart du pouvoir. Il finit par le laisser entrer au Conseil, mais il n’a rien à dire, c’est à peine s’il a le droit d’opiner de la tête pour donner son avis. Cependant, il n’est pas l'homme stupide que l’on a longtemps cru. Même s’il ne dit rien, il est assez intelligent. Il lutte contre son père pour soutenir son fils, afin qu’il reçoive la couronne d’Espagne, selon le désir de l’actuel Roi sans descendance, Charles II. Il se prononce également contre la révocation de l’Edit de Nantes, qui pour lui est une erreur. C’est un bon militaire, il est apprécié par le peuple, sans doute trop apprécié aux yeux du Roi. Enfin, il a aussi sa « Maintenon ». Longtemps heureux en ménage avec sa femme, il finit par s’en détacher et collectionne les maîtresses. Entre autres, Mlle de Choins, choisie parmi les dames d’honneur de la Dauphine, qu’il finit par épouser morganatiquement. Et lorsque Louis XIV lui reprochera sa vie dissolue, il n’hésitera pas à lui répondre qu’ils ont sensiblement eu la même ! Au fond, le Dauphin et Louis XIV sont bien plus proches qu’on ne l’imagine.
Le Dauphin tombe malade en 1711. Il réside alors à Meudon où commence son agonie. Durant les derniers jours de son fils, Louis XIV installe sa Cour à Meudon, ce qui montre l’intérêt qu’il a pour le Dauphin. Dans les derniers instants du Prince, le Roi ne peut le voir : sa fille légitimée, la Princesse de Conti, lui barre la route, afin d’éviter la contamination. Louis XIV est affligé, atterré. Mme de Maintenon témoigne qu’elle a cru le Roi lui aussi malade, tant il n’avait pas l’air bien. Il ne parvient pas à pleurer mais est secoué de frissons et de tremblements. Rapidement, le corps du Dauphin devient tout noir. Louis XIV, qui ne peut rester dans la demeure d’un défunt, quitte Meudon.
Sur ce tableau de Mignard, le Dauphin est en compagnie de sa femme, Marie-Anne de Bavière, et de leurs trois fils. Le Duc de Bourgogne est à droite, en rouge ; le Duc d’Anjou (futur Philippe V d'Espagne) est au premier plan ; et le Duc de Berry est sur les genoux de sa mère.
Marie-Anne de Bavière est une Princesse allemande. Elle parle très bien le français, ce qui est déjà prometteur, surtout comparé à Marie-Thérèse d’Autriche. Louis XIV a hâte de voir sa future belle-fille et envoie donc un émissaire la rencontrer, afin qu’il en dresse un portrait honnête. Conclusion : la future Dauphine n’est pas superbe mais elle n’est quand même pas si mal, on peut donc avoir de l’espoir la concernant. Finalement, elle reste dans son coin.
Louis XIV commet l’erreur de lui laisser un entourage allemand. Rapidement, elle ne supporte plus que cet entourage et leurs conversations allemandes. Pourtant, la famille tente de l’intégrer : on lui crée un cercle, on organise des fêtes chez elle, mais rien n’y fait. A la mort de la Reine en 1683, Louis XIV espère bien que la Dauphine reprendra le rôle de parade que tenait Marie-Thérèse, mais il n’en est rien. Louis XIV se dégoûte rapidement de sa belle-fille et la Cour s’en détourne. En revanche, elle a bien accompli son devoir en donnant trois héritiers au royaume.
Le Duc de Bourgogne, fils aîné du Grand Dauphin, épouse Marie-Adélaïde de Savoie, une petite-fille de Monsieur. Encore un cousinage ! La Princesse arrive à la Cour à 11 ans pour se marier. Elle n’est pas encore nubile et vit séparée de son mari, mais ainsi elle est « éduquée » à la Cour de France, notamment par la Marquise de Maintenon, qui la prend sous son aile. Lorsqu’elle a 14 ans et qu’elle devient nubile, elle peut alors vivre avec son mari, le mariage est consommé. La Duchesse de Bourgogne donne trois enfants au royaume : un petit Duc de Bretagne qui meurt à un an, un autre Duc de Bretagne et le Duc d’Anjou, futur Louis XV, le seul à survivre.
Sur ce tableau représentant le mariage du Duc de Bourgogne, on voit très clairement Louis XIV, grand et imposant. Derrière lui se trouve le Grand Dauphin. Derrière Bourgogne sont ses deux frères. A droite de la Duchesse, on retrouve Monsieur, et à sa droite est Madame Palatine. Le mariage est célébré à Versailles, non pas dans la chapelle qu’on connaît actuellement et qui n’existe pas encore, mais dans la chapelle dressée à l’époque dans l’actuel salon d’Hercule.
En 1712, la Duchesse de Bourgogne tombe malade. Sa joue gonfle et devient rouge. Elle a des fièvres, mais ça finit par passer. Peu après ce mieux, la fièvre la reprend, elle a de nouveau des gonflements et finit par expirer. Une semaine plus tard, c’est son mari, couvert de pustules rouges, qui la suit dans la tombe avec leur fils, le Duc de Bretagne. On a longtemps cru à une rougeole foudroyante qui aurait emporté les époux et leur enfant. Mais contrairement au Duc, la Duchesse n’avait pas de pustules. Ce qui fait donc penser à un abcès à une dent, non soigné à l’époque. L’abcès aurait percé, d’où le mieux, mais ça se serait infecté et ça aurait empiré, finissant en septicémie, qui aurait emporté la Duchesse. La Cour, toute occupée de la santé de la Princesse, se désintéresse du Duc de Bourgogne, qui pendant ce temps est atteint par la rougeole. Lorsque sa santé se détériore fortement, on s’intéresse enfin à lui, mais il est trop tard. Louis XIV, qui se flatte d’avoir une si belle descendance, perd tout en 1712, elle ne se limite plus qu’à un enfant de deux ans et demi, le futur Louis XV.
Nièce de Louis XIV, elle est la fille aînée de Monsieur et d’Henriette d’Angleterre. Là encore, il y a cousinage, car Madame est la fille d’Henriette de France, sœur de Louis XIII. Elle a également un frère, mort en bas âge, et une sœur, Anne-Marie, qui deviendra Duchesse de Savoie et la mère de la Duchesse de Bourgogne. Marie-Louise épouse Charles II d’Espagne, petit demi-frère de Marie-Thérèse d’Autriche. Rendu totalement débile par les mariages consanguins des Habsbourg, Charles II est inapte à régner et à procréer. Usée prématurément, Marie-Louise décède à 27 ans, comme sa mère.
Louis XIV essaye de bien marier ses enfants, mais il ne peut pas toujours le faire avec des princes et princesses étrangers. Aussi, il les marie « en famille ». C'est ainsi qu'il unit sa troisième fille, Mlle de Blois, à Philippe de Chartres, fils de Monsieur et futur Régent. Ce mariage, comme ceux des sœurs de la Duchesse, doit, en théorie, renforcer l’unité familiale, mais ils renforcent surtout la consanguinité. Cette union entre le futur Régent et Mlle de Blois déplaît autant à Monsieur qu’à la seconde Madame (Henriette d’Angleterre est morte en 1670, Monsieur a épousé la Princesse Palatine en 1671). Pour eux, ce mariage avec une bâtarde est dégradant. Mais Monsieur cède, le futur époux aussi, Madame n’a plus rien à dire. Pourtant, avec la repartie qu’on lui connaît, elle adresse une gifle monumentale à son fils en pleine Galerie des Glaces et ose tourner le dos au Roi.
De l’union du Duc de Chartres et de Mlle de Blois naissent huit enfants, dont la plus connue et la plus ingérable est Marie-Louise-Elisabeth, future Duchesse de Berry. La Princesse Palatine est folle d’amour pour son fils ainsi que pour ses petits-enfants, qu’elle voit souvent. Néanmoins, elle sait rester lucide sur leur cas. Elle connaît les frasques de la Duchesse de Berry. Celle-ci, mal mariée au doux et gentil Duc de Berry (portraits ci-dessous), le trompe allègrement et met au monde plusieurs bâtards. Elle meurt de ses excès en 1719.
Sur ce tableau, la Princesse Palatine présente l’Électeur de Saxe à Louis XIV. A droite, on retrouve la Duchesse de Berry en tenue de deuil. Elle n’est pas à confondre avec sa tante, Madame la Duchesse, qui porte une tenue de deuil très similaire à celle-ci.
Après avoir vu tous ces portraits, la visite fait un bond en arrière, direction l’antichambre de l’Œil-de-bœuf où se trouve le célèbre tableau de Nocret représentant Louis XIV et sa famille en divinités. Ce tableau a été commandé en 1670 par Monsieur, pour son château de Saint-Cloud. Nous y retrouvons :
Louis XIV : au centre droite, drapé de jaune et représenté en Apollon ;
Marie-Thérèse : en-dessous du Roi, en robe rosée et voile bleu, représentée en Junon. Elle tient la main du Dauphin tout en le désignant de son autre main ;
le Grand Dauphin : il est représenté en Hymen ;
la Grande Mademoiselle : derrière la Reine, elle apparaît en Diane ;
Anne d'Autriche : au centre de la toile, elle incarne Junon ;
Princesses d'Orléans : les demi-soeurs de la Grande Mademoiselle, en haut au milieu, représentent les Trois Grâces ;
Henriette d'Angleterre : à gauche de sa tante et belle-mère Anne d'Autriche, elle est en Flore ;
Monsieur : à gauche de son épouse, il représente l'Etoile du Point du Jour et tient la joue de sa fille ;
Marie-Louise d'Orléans : la fille de Monsieur et Madame incarne Iris ;
Henriette-Marie de France : la mère de Madame, également tante du Roi et de Monsieur, est représentée en Amphitrite ;
Marie-Thérèse de France et Philippe-Charles de France (en Cupidon) sont au pied de la Reine ;
le cadre en bas du tableau montre Anne-Elisabeth de France et Marie-Anne de France, mortes au berceau (le sixième enfant du couple royal n’était pas encore né lorsque le tableau a été peint, d’où son absence) ;
les deux angelots à côté du cadre présente les enfants, décédés, de Monsieur et Madame : Philippe-Charles d’Orléans et Marie-Anne d’Orléans.