Liberté chérie
Lucie Simplice Camille Benoît Desmoulins naît le 2 mars 1760 à Guise. Fils de Jean-Benoît-Nicolas Desmoulins et de Marie-Madeleine Godart, il est l’aîné de six enfants. Son père, avocat et juge, devient, grâce au Prince de Condé, un lieutenant général civil et criminel de baillage, ce qui améliore très nettement sa condition. Dès lors, le père de Camille se voit attribuer de nouveaux honneurs, il estime avoir un rang à tenir et devoir se montrer à la hauteur de son Roi. Cette attitude l’éloigne énormément de son fils aîné qui ne parvient pas à le comprendre. Marqué par la guerre des farines en 1775, il sera de plus en plus orienté vers les idées démocratiques et égalitaires. Un fossé les sépare, malgré tout un profond respect et un amour filial certain les unit. Mais Camille ne marchera jamais dans les pas idéologiques de son père, pourtant il en suit la carrière professionnelle puisque Jean-Benoît Desmoulins le destine au métier d’avocat.
Camille grandit donc auprès de ses frères et sœurs et de ses cousins, à la campagne, jusqu’à ce qu’il aille dans un pensionnat à Cateau-Cambrésis, puis au collège Louis-le-Grand, l’un des plus prestigieux de France. Un ami de la famille, M. Viefville des Essarts, lui a obtenu une bourse. Parmi ses compagnons, trois marquent ses études : Stanislas Fréron, Suleau et un certain Maximilien de Robespierre. Tous trois plus âgés que Camille, ils l’influent grandement, dans son travail autant que dans ses idées. Fascinés par l’Antiquité, ils étudient avec plaisir la République de Rome et la démocratie athénienne. Ils sont aussi de friands lecteurs des Lumières, notamment de Rousseau, le modèle de Robespierre. En cela, ils sont en opposition totale avec l’enseignement qu’on leur apporte et qui démonte les théories des philosophes.
Le 7 mars, Desmoulins sort diplômé du lycée, il est désormais un jeune avocat à la recherche d’affaires. En début de carrière, il en connaît de timides où on reconnaît son style un peu lourd et ses nombreuses références à l’Antiquité. Jeune, maladroit et inexpérimenté, il est aussi bègue et peu – voire pas du tout – à l’aise en public, ce qui lui fait se racler la gorge avec un bruit typique de « hon hon », ce qui lui vaudra plus tard, par sa femme, le surnom de « Monsieur Hon Hon ». Semble-t-il assez mauvais dans sa profession et n’ayant pas de ressources, il réclame régulièrement de l’argent à son père et tente de placer ses vers chez des musiciens afin d’en retirer un avantage financier, mais là encore il fait chou blanc.
C’est ainsi que, via son ami Fréron, il entend parler d’une madame Duplessis, bourgeoise alternant entre sa maison à Paris et celle de Bourg-la-Reine et que l’on dit être protectrice des arts. Les présentations faites, Desmoulins fréquente assidument la maison des Duplessis, pour qui il éprouve des tendres sentiments. Mais ces sentiments, bien que réels (il écrit même des lettres d’amour à sa future belle-mère !), cessent rapidement et se transposent sur l’une des deux filles de la maison : Lucile. Elle a dix ans de moins que Desmoulins, mais elle est fraîche, drôle, vive, impulsive. Les sentiments sont vite partagés mais le père Duplessis fait obstacle à un mariage : Camille n’a ni emploi fixe, ni revenus réguliers pour pourvoir aux besoins d’un jeune ménage. Desmoulins en est désespéré et tente par de longues lettres de faire fléchir le père de Lucile, sans succès.
A l’annonce des élections des députés du Tiers-État pour les États-Généraux prévus en juin 1789, Desmoulins brûle de participer, de réaliser de grandes choses, au service de cette république dont il rêve. Il se rend à Guise, sa ville natale, et se présente aux élections mais il échoue. Déçu, il regagne la capitale puis Versailles où il côtoie les députés et essaye de se faire un nom. Mais ce qui va achever de le faire connaître, c’est son petit discours du 12 juillet. Au Palais-Royal, on vient d’apprendre le renvoi du ministre Necker et on soupçonne une répression armée contre le peuple : après tout de nombreux escadrons venaient d’arriver de province pour rester à Paris ou aller à Versailles ! La rumeur monte et Desmoulins saisit sa chance. Il affronte son bégaiement et sa crainte de la foule, monte sur une table, parle d’une « Saint-Barthélemy des patriotes », utilise un ruban vert « couleur de l’espérance » pour l’attacher à son chapeau et appelle aux armes. Il est à l’origine de la prise de la Bastille qui arrive deux jours plus tard. La notoriété commence à arriver.
Ses pamphlets se vendent bien, comme son livre La France libre qui lui permet d’effacer ses dettes. Il est d’ailleurs de nouveau autorisé à fréquenter les Duplessis, et donc Lucile. Depuis son regain de notoriété, il fait partie des têtes politiques les plus connues et s’instaure dans les proches partisans de Mirabeau, quand Robespierre et Marat le voient déjà comme un suspect, un corrompu au service de la famille royale. Dans le même temps, Desmoulins publie une brochure intitulée Discours de la Lanterne aux Parisiens, une sorte d’appel au meurtre avant la délation et la guillotine de la Terreur. Camille devient le « Procureur de la Lanterne », celui qui dénonce les ennemis de la Révolution. Le « ah ça ira, les aristocrates à la lanterne » devient une chanson en vogue. Ce n’est qu’après, trop tard, qu’il regrettera ces textes virulents et violents.
Desmoulins est d’une certaine façon instable, tantôt impulsif, tantôt trop calme, presque nostalgique. Plusieurs historiens ne le désignent que comme un pantin, alternant entre les têtes politiques plus fortes qui l’entouraient, notamment Danton (qu’il rencontre en 1787) et Robespierre. Mais outre ces appels au meurtre, Desmoulins évoque, dans sa brochure, ses idéaux révolutionnaires et républicains, l’importance de la démocratie et son anticléricalisme. Après des pamphlets et une brochure, Desmoulins se lance dans la rédaction d’un journal : Les Révolutions de France et de Brabant, où il développe une nouvelle fois ses idées révolutionnaires, dans un style très familier et proche de ses lecteurs, n’hésitant pas, dans chaque numéro, à s’y mettre en scène. Par la suite, à la fin de l’année 1790, Desmoulins fera appel à Fréron pour l’épauler dans la rédaction de son journal. C’est aussi le moment où il se désolidarise de Mirabeau, devenu plus que suspect, et après l’avoir idolâtré, va le descendre en flèche dans son journal. Son papier est aussi l’occasion de se montrer solidaire, parfois enjôleur, envers Robespierre et Marat. Mais la notoriété ne va pas sans retour de manivelle et Desmoulins s’expose à son tour aux moqueries et aux attaques.
Malgré tout, un mariage se dessine. Grâce à sa nouvelle position sociale, à sa notoriété et aux rentes rapportées par le journal de Desmoulins, celui-ci paraît un parti beaucoup plus acceptable pour Lucile aux yeux du père Duplessis, qui accepte enfin que le mariage ait lieu. Après un temps où la romance entre les deux jeunes gens est mise à mal par le doute, ils se marient enfin, le 29 décembre 1790. Leur témoin est Robespierre et de nombreux Cordeliers figurent parmi les invités.
Le couple s'évade souvent à Bourg-la-Reine où vivent les Duplessis. Quand Desmoulins revient à Paris, on le fustige : il déserte trop souvent les Cordeliers, et écrit moins depuis qu’il s’est marié. Est-il devenu le pantin de sa femme ? Camille se rebelle, il n’est le pantin de personne et reprend sa plume, d’autant plus que, le 21 juin, le peuple apprend que Louis XVI et sa famille ont pris la fuite. Déjà convaincu par la République, Desmoulins appelle maintenant à la destitution du Roi. Pour lui, la Nation n’a pas besoin d’un monarque, a fortiori quand celui-ci quitte son peuple et fuit vers l’étranger. Desmoulins dénonce les « traîtres » qui veulent restaurer l’autorité du Roi en élaborant la thèse de son enlèvement, loin du peuple et de ses réclamations.
L’Assemblée blanchit Louis XVI et les Cordeliers, furieux, rédigent une pétition qui doit être portée au Champ-de-Mars et demandant la destitution du Roi. Robespierre ne se prononce pas mais Desmoulins prend le parti de Danton et suit le mouvement. Le 17 juillet, une fusillade éclate au Champ-de-Mars. Desmoulins, comme Danton, est invité à prendre le large le temps que tout se calme. Il se cache alors à Bourg-la-Reine tandis que le siège de son journal est visité par la police. Il reste caché jusqu’à la fin du mois et quand la situation se calme, il revient à Paris. Durant son « exil » forcé, Desmoulins a pu réfléchir à la Révolution et à la route qu’elle empruntait. Dans un discours, il expose ses conclusions : la Révolution, qui devait être celle du peuple, a été manipulée et modifiée par l’aristocratie pour ne servir qu’une partie de la population. Les fameux Droits de l’Homme ont été bafoués et les principes de base de 1789 oubliés : le peuple n’avait pas grand-chose à dire (surtout tenant compte du fait que seuls les payeurs pouvaient voter), l’égalité n’était pas encore valable à tous, au lieu d’une démocratie se tenait encore la monarchie constitutionnelle dans laquelle le Roi pouvait imposer son véto et, de façon plus large, l’esclavage existait encore.
Au début de 1792, on parle de plus en plus d’une guerre. Robespierre s’annonce contre et Desmoulins le suit dans cette idée. Selon lui, la France n’a aucune raison de déclarer la guerre, elle devait attendre d’être attaquée par les puissances étrangères, se défendre, repousser l’ennemi et de là développer le mouvement révolutionnaire aux monarchies européennes toujours en place. En outre, le risque est grand. La France n’a pas d’armée « professionnelle » puisque les soldats de formation sont les nobles, les « ci-devant » dont la Révolution ne veut plus et rejette. Or une armée révolutionnaire, bien que motivée, a peu de chance de pouvoir rivaliser face aux puissances ennemies fort bien armées et entraînées. Or, si la France perd, ce qui a le plus de chance d’arriver, elle sera soit démembrée et partagée entre les ennemis, soit rétablie en monarchie absolue. Dans les deux cas, Desmoulins, comme Robespierre, prisent la sagesse et demandent à attendre avant de se lancer dans un conflit sans doute perdu d’avance. L’ancien Camille impulsif a laissé place à un homme plus sage et plus mûr. Un homme qui, face à une crise financière qui s’annonce, doit reprendre son emploi initial, celui d’avocat. Il saisit une affaire et utilise, pour défendre sa cliente, les principes de patriotisme. Brissot l’attaque alors, dénonçant cette utilisation patriote pour défendre une activité peu vertueuse. De là s’en suit une opposition entre Desmoulins et Brissot qui va bien au-delà d’un conflit entre deux hommes, c’est le parti des Jacobins et des Cordeliers – qu’on appellera bientôt les Montagnards – qui s’oppose celui des Brissotins ou Girondins, dans une guerre intestine qui ira jusqu’à la chute des Girondins quasiment un an plus tard. En avril, la guerre est déclarée. Comme il était prévu, la France essuie des échecs. Pour répondre à la presse contre-révolutionnaire qui fustige l’armée du peuple, Desmoulins s’associe une nouvelle fois à son ami Fréron et renomme ses Révolutions de France et de Brabant en La Tribune des patriotes. Le journal paraît pour la première fois le 30 avril 1792 mais c’est un échec, il n’ira pas au-delà du 4ème numéro.
Malgré les aléas politiques du moment, Camille est heureux. En effet, le 8 juillet, Lucile donne naissance à leur fils, Horace-Camille Desmoulins. L’enfant est envoyé en nourrice deux jours plus tard avec le fils de Danton et le jeune père retourne à ses affaires politiques.
L’Assemblée vient de déclarer la Patrie en danger et Desmoulins fait circuler l’information. Il reprend vigoureusement sa plume tandis que les bataillons marseillais viennent d’arriver dans Paris au son de ce qui sera la Marseillaise. Après le Manifeste de Brunswick menaçant de mort quiconque toucherait à la famille royale, le peuple se soulève. Danton s’est volontairement éloigné quelques jours, Robespierre hésite, Desmoulins lui réclame une ferveur populaire, un soulèvement digne de la prise de la Bastille. Au matin du 10 août, il est prêt, fusil à l’épaule, à partir batailler lui aussi avec Danton – revenu depuis la veille – au côté des sans-culottes et des bataillons marseillais. Le lendemain de cette journée décisive qui voit la chute de la monarchie, Camille annonce à Danton qu’il est nommé ministre de la Justice. Il nomme à son tour Desmoulins secrétaire du sceau. Pour cet ancien avocat timide et bègue, souvent critiqué par son père et ses confrères, c’est une revanche. Il entreprend des transformations, des changements de postes, il place certains de ses parents – dont un cousin éloigné, Fouquier-Tinville, qui sera plus tard accusateur public – mais ne provoque pas de changements à long terme dans ce système très coincé et peu évolutif.
En septembre, Camille est élu député à la Convention, comme Danton et Robespierre, tandis que la République est proclamée et que Louis XVI est incarcéré au Temple avec sa famille. Desmoulins et Danton font partie des députés Montagnards qui profitent des changements de la société, de leur nouveau statut et de leurs revenus. Desmoulins a mûri et vieilli, mais on le voit partout, il emmène également sa femme au théâtre et à l’opéra. En janvier 1793 s’ouvre le tant attendu procès de Louis XVI. La position de Desmoulins est claire : le Roi est un traître et il doit mourir, non pas en tant qu’homme, mais en tant que représentant d’un ordre révolu et inégalitaire. Il vote pour la mort et fustige tous ceux qui ont contribué au régime absolutiste, à ceux qui ont aidé et soutenu le Roi.
Tandis que les Desmoulins s’aèrent à la campagne, à Paris la lutte se fait plus grande entre les Montagnards et les Girondins.
Au cœur du conflit se trouvait, entre autres, la guerre que les Girondins ont réclamée ; et la volonté d’un gouvernement de salut public, demandé par les Montagnards, afin d’assainir la Nation. Soutenu par Robespierre et pour répondre aux attaques visant Danton, l’Incorruptible puis Marat, Desmoulins publie un pamphlet intitulé L’Histoire des Brissotins, où il les présente comme les ennemis de la Nation, mais aussi comme les siens, ceux qui lui en veulent. La principale erreur de Desmoulins est de voir encore la Révolution comme elle l’était en 1789, avec une volonté de liberté et d’égalité, alors qu’elle devenait une lutte entre plusieurs têtes politiques. D’une certaine façon, Camille, avec son pamphlet, contribue à la chute des Girondins en mai-juin 1793. Les principaux chefs sont arrêtés et en attente d’un procès puis de la guillotine. Ce sont les prémices de la Terreur.
Une nouvelle affaire se présente alors à Desmoulins. Elle concerne un Général, le Comte de Dillon. Militaire de carrière, il a bataillé durant la guerre d’Indépendance américaine, a été député aux Etats-Généraux, puis s’est rallié aux partisans de la monarchie constitutionnelle. Il a même été envoyé au front en 1792, où il commandait l’armée du Nord. Mais après le 10 août, tous les nobles n’ayant pas renoncé à leur soutien à la monarchie étaient dénoncés et donc suspects. Resté dans l’armée de Dumouriez, il est arrêté et échappe de justesse à la prison. Il rencontre alors Desmoulins dont il devient un ami. Par ce biais, il lui expose que le Comité de Salut Public, voulant à tout prix tout contrôler, contrôle également la gestion de la guerre sans savoir le faire. Camille prend la parole à la Convention et expose cette théorie soufflée par Dillon, en ajoutant que le Comité doit être renouvelé et ne doit plus tout diriger. Il voit alors plusieurs députés se dresser contre lui et même le taxer d’aristocratie. Camille se défend et démontre que Dillon, pourtant militaire aguerri, a été mis de côté par le Comité en raison de son rang au lieu d’être écouté. Finalement, il est décidé que le Comité serait renouvelé.
Sans s’en rendre compte, Desmoulins vient de se tirer deux balles dans le pied. Non seulement Danton est évincé du Comité pour qu’y entrent Robespierre et son nouvel ami, Saint-Just, mais en outre il est désormais considéré comme un suspect ayant des aristocrates parmi ses fréquentations, que l’on dénonce à la Tribune. Lorsque Dillon est arrêté et incarcéré après une rumeur de complot visant à libérer le fils de Louis XVI, Desmoulins est « invité » à le défendre, ce qu’il fait, plus pour se défendre lui-même que pour assurer la défense de Dillon. Il n’admet pas que lui, Desmoulins, celui qui est monté sur une table au Palais-Royal le 12 juillet 1789 pour appeler à la révolte, lui qui a toujours défendu et soutenu la Révolution, lui qui a très tôt réclamé la République, soit aujourd’hui taxé d’aristocratie et vu comme un suspect. Il reçoit de nombreuses critiques et moqueries, on affirme qu’il est cocu et on le traite de naïf, d’inconscient qui agit sans réfléchir selon ce que lui dictent ses amis.
De nouveau, Camille attaque le Comité, dénonce ses choix partiaux (évincer les militaires de carrière qui sont aristocrates en raison de leur naissance parce qu’ils sont suspects, pour les remplacer par des patriotes réputés mais non au faite de l’art martial), mais attaque aussi des proches de Robespierre, des Montagnards, dont le dernier en date : Saint-Just. Il n’en faut pas plus à l’Incorruptible pour être irrité contre son ami, son ancien camarade de lycée. Toujours est-il que cette affaire met à mal la réputation de Camille. On lui conseille de se faire un temps oublier, ce qu’il fait jusqu’en octobre.
Quand la Terreur commence à être évoquée, Desmoulins s’y oppose. Il la voit comme la dictature d’une minorité sur tout un peuple. On est loin du « Procureur de la Lanterne » des années 1789-1790. Il se rapproche de Danton, plus modéré, et voit d’un mauvais œil la nouvelle tournure que prend la Révolution. Tenté de se faire envoyer au front, loin de la capitale et de la politique, il n’y est pas autorisé en raison de la suspicion qui pèse sur lui. Le procès des Girondins inquiète Camille : le « rempart » contre la Terreur chute et même des députés peuvent être envoyés à l’échafaud. Or il est toujours aussi suspect : l’affaire Dillon a laissé des traces, son ami Fréron l’imite avec un autre Général, Danton veut éviter la peine capitale à Marie-Antoinette, on parle de corruption avec l’affaire de la Compagnie des Indes dans laquelle est impliqué un autre ami de Camille, Fabre d’Eglantine. Autant d’éléments qui le mettent à mal.
Le vent semble tourner, Desmoulins et même Danton sont moins écoutés tandis que Robespierre renforce son influence, son pouvoir et bien entendu la Terreur et l’anticléricalisme. Face à ça, Camille et Danton se lancent dans un nouveau journal, qu’ils voient comme le seul moyen de lutte possible. Ils créent donc Le Vieux Cordelier, qui s’oppose, de par son nom, au journal d’Hébert, Le Père Duchesne, puisqu’il met en avant l’ancienneté du patriotisme de ses auteurs, en comparaison du patriotisme plus récent et intéressé d’Hébert. Le journal de Camille est lu et validé au préalable par le Comité de Salut Public. Une fois son accord obtenu, le premier numéro paraît. Dans son journal, Desmoulins établit clairement un éloge de Robespierre, que l’on peut voir comme une façon de le rallier à leur cause contre la faction hébertiste. Le succès du journal est énorme, Desmoulins en profite pour dénoncer les ultra-révolutionnaires qu’il voit comme la principale menace contre la Révolution et le peuple, mais aussi le Comité de Salut Public. Toutes ces accusations attirent la sympathie et les encouragements des Modérés, mais aussi de contre-révolutionnaires, ce qui fait dire que le journal est aristocrate, provoquant ainsi un regain d’intérêt des lecteurs pour celui d’Hébert. Voyant que les attaques qu’il lance sont allées un peu loin, Desmoulins les freine dans son numéro 4 pour repartir de plus belle dans le suivant. Robespierre, dans un discours à valeur de sermon, désavoue publiquement le journal de Camille tout en « sauvant » la mise à son ami. Mais la menace est réelle, si Desmoulins n’était pas un vieil ami de lycée de l’Incorruptible, il ne recevrait pas le même « soutien ».
Malgré les conseils, Camille s’obstine, il continue son journal. Il continue aussi malgré les menaces, comme lorsque le père de Lucile est arrêté. Au travers de M. Duplessis, c’est Desmoulins que l’on veut atteindre. Son beau-père libéré, Camille reprend son journal. Il connaît un « répit » lorsque le Comité achève la faction hébertiste. Hébert et ses proches sont arrêtés dans la nuit du 13 au 14 mars, jugés et exécutés. Robespierre monte à la Tribune et menace ouvertement les autres factions. Le numéro 6 du Vieux Cordelier est un échec total. Malgré tout, Desmoulins persiste avec un numéro 7. Il n’y en aura pas de huitième. Robespierre accepte de rencontrer Danton, l’ultime chance d’essayer de le rallier, ainsi que Camille, à sa « cause ». C’est un échec et le sort de Desmoulins et Danton est scellé.
Dans la nuit du 30 au 31 mars, ils sont arrêtés, avec d’autres de leurs amis. A cela s’ajoute un deuil, car sa mère décède. C’est calmement qu’il suit les policiers venus l’arrêter. Il est incarcéré au Luxembourg, devenu une prison. Il écrit beaucoup à Lucile, lui réclame des livres, divers objets, un médicament contre ses douleurs à l’estomac et une mèche de cheveux. Le 2 avril, lui et ses compagnons sont transférés à la Conciergerie. Il comprend très bien ce qui l’attend. Le procès débute le lendemain. Ils n’ont pas d’avocats, se défendent eux-mêmes. Desmoulins espère encore que le peuple va les suivre et s’interposer, il n’en est rien. A la question « décline ton identité », il répond « je suis Camille Desmoulins, âgé de trente-trois ans, âge du sans-culotte Jésus, âge critique pour les patriotes ! ». Le procès, inéquitable, tout préparé, est expéditif. Il dure deux jours. Dans le même temps, Camille apprend que Lucile a été arrêtée, ce qui lui vaut cette exclamation « non contents de m’assassiner, ils veulent encore assassiner ma femme ! ». Danton et Desmoulins s’insurgent contre leur semblant de procès, mais on les évacue de la salle. Le verdict est rendu : la mort.
Le 5 avril à seize heure, le convoi quitte la Conciergerie pour la place de la Révolution. Dans la charrette des condamnés, Desmoulins est paniqué, il s’agite et pleure. Plus que la crainte de la mort, il s’inquiète du sort de sa femme et de l’avenir de son fils. Juste avant que le couperet tombe, il hurle une dernière fois le prénom de Lucile. Son corps décapité est inhumé au cimetière des Errancis, dans une fosse commune.