La fête de la victoire
Le maire, Henri Brion, accompagné du conseiller général Jules Détante - le futur maire qui vient juste de gagner les élections municipales- viennent de paraître sur le perron de la mairie et conduisent les formations vers le monument aux morts. On est loin de la liesse spontanément improvisée par une foule incontrôlable, à l'occasion de la libération de la ville par les Américains. Cette fois, c'est dans un ordre incontestable que les anciens combattants, les sapeurs pompiers, les enfants des écoles et la population suivent les édiles dans les différents épisodes de la cérémonie de la victoire. Elles vont se dérouler une partie de l’après-midi du 8 mai 1945. La mairie et le monument aux morts ont été pavoisés pour la circonstance, on se paye même le luxe suprême, malgré les difficultés du temps, de les illuminer. Cela donne plus de solennité à la fête. Devant le monument aux morts, monsieur le conseiller général fait un discours d'usage. Une vibrante Marseillaise est entonnée par les scolaires et clôture ce moment pathétique qui a tant touché les Mouzonnais. La liberté recouvrée après la dislocation, nous nous empressons de quitter les adultes qui n'en finissent pas de se congratuler ou de se raconter leurs exploits et petites misères de l'occupation. Pourtant une ombre au tableau contrarie les réjouissances, tous les hommes ne sont pas encore rentrés d'Allemagne et les veuves de guerre, par pudeur, se sont recluses.
Le soir, une retraite aux flambeaux met tout le monde d'accord pour parcourir la ville et s'adonner pleinement à l’exaltation générale. Les clairons et les tambours entraînent la population qui braille tous les chants patriotiques connus. Les enfants ivres d'une indépendance relative se poursuivent dans les rangs en les désorganisant au grand dam des messieurs, investis d'une nouvelle prérogative qui les houspillent ou les menacent d'une correction. Après m'être épuisé dans les cavalcades et comme tout a une fin, je suis rappeler à la maison, car un bal public est donné pour la première fois depuis la guerre et je ne suis pas invité à m’y réjouir.
Le lendemain, la cérémonie se poursuit dans les deux cimetières de la ville, la foule y est sans doute moins nombreuse que la veille car les journées de recueillement ne sont pas très attractives. Cette première nuit libre de couvre-feu et de camouflage des lumières a donné aux adultes l'envie de la savourer intensément. Nous bénéficions ce jour-là d'un congé scolaire et le mettons à profit d'autant que les parents fatigués par l'ardeur de la veille ont relâché leur surveillance. À chacun d'apprécier la juste valeur de la liberté reconquise et d'en fêter la victoire.
Détail de la mairie actuellement