Il y a 273 ans, le monde–... Non, LES mondes et l'univers tout entier ont été bouleversés à jamais. On apprend aujourd'hui à l'école que cette catastrophe surnaturelle est survenue d'un coup, et que ses conséquences exactes sont toujours relativement méconnues.
Le signe le plus marquant de la Fracture, c'est la destruction d'Aralys, la première lune. Des images prises pendant la Fracture montre l'astre, d'abord scindé en deux, se faire disloquer. Une moitié s'est écrasée sur la planète, l'autre reste encore en orbite aujourd'hui, toujours arrochée au ciel.
Deuxième conséquence connue, l'apparition de nombreuses races, comme les Rauthéens, les Xiänthr'as ou encore les Animas. On enseigne aux enfants que l'on ne sait pas exactement d'où ils viennent. Depuis le temps, ces races se sont intégrées correctement dans la société.
La disparition — totale ou partielle — de certains concepts est également une conséquence connue. L'exemple le plus concret est le temps. Sa disparition partielle a rendu son concept très instable, d'où l'apparition impromptue d'anomalies temporelles. Fort heureusement, Schicksal et surtout Santh'em sont là pour s'occuper de ces problème.
Personne ne connaît actuellement l'étendue de la gravité de la disparition de certains concepts. Il est même difficile d'établir une liste exhaustive de ceux manquant à l'appel.
Et pour finir, les phénomènes inexpliqués. Là, c'est extrêmement vaste. Citer exemples ? Certains associent en grande partie ces irrégularités à Sa’raoth, d'autres pensent que quelque chose que l'on ne connait pas en serait l'origine. La vérité, c'est qu'on ne sait rien.
Il est possible d’en apprendre davantage sur le sujet, à condition d’oser creuser. Des études scientifiques ont tenté de l’expliquer : la Fracture aurait marqué la rupture des barrières entre les mondes, et plus encore, entre les différents plans de l’existence.
Mais attention : un monde n’est pas une planète. Voyager d’un système solaire à l’autre, même à bord d’une fusée, ne vous fait pas quitter votre monde.
Avant la Fracture, il existait de nombreux « mondes » soigneusement cloisonnés, tous formant un ensemble que l’on pourrait considérer comme l’univers. Chacun d’eux était unique, radicalement différent des autres, mais tous obéissaient aux mêmes lois fondamentales.
Alors, qu’est-ce qu’un monde, au juste ? Dans sa forme la plus familière, c’est celui que nous connaissons : des planètes, des systèmes solaires, des galaxies. Une immensité glaciale, si vertigineuse qu’elle semble infinie. Mais ce n’est qu’une illusion. Car l’espace a bel et bien une limite. Ceux qui l’approchent sont happés par une distorsion, rejetés brutalement de l’autre côté de l’univers, comme si une paroi invisible les repoussait pour les empêcher de franchir la frontière de leur monde.
Certains mondes sont bien plus modestes : réduits à une seule planète, parfois à une étendue minuscule. Mais ces cas sont rares, presque anecdotiques.
Alors, si la Fracture a brisé ces parois, suffit-il de prendre un vaisseau pour gagner un « autre monde » ? En théorie, oui. Dans la réalité, très peu de civilisations — Astia exceptée — possèdent la technologie nécessaire pour s’aventurer dans de telles immensités. Et même si l’on en avait les moyens… la plupart renonceraient rapidement.
Car entre les mondes se trouve l’« espace irrégulier ». Un lieu qui n’existe pas dans notre réalité, un dehors absolu, l’envers des cloisons qui maintenaient jadis les mondes à l’écart les uns des autres. Ceux qui l’approchent racontent des choses impossibles : les instruments qui s’affolent, les capteurs qui hurlent des données incohérentes, le silence qui devient un rugissement. L’air y est inexistant, mais l’absence elle-même semble y avoir une consistance, oppressante, suffocante.
Un voyageur assez fou pour persister verrait son appareil se détraquer, pièce après pièce, comme si la matière elle-même refusait d’exister dans cet endroit. Les rares témoignages évoquent des lueurs sans source, des horizons qui se tordent, et cette impression d’être observé par quelque chose que l’on ne peut pas nommer.
S’il ne rebrousse pas chemin… ce ne sera probablement pas son vaisseau qui lâchera en premier.