Sa'raoth n'est pas.
Il n'est pas une créature, ni un dieu, ni même une idée. Sa'raoth est absence, mensonge, incohérence pure. Folie sans source, inexistence incarnée. Les mots que nous tentons d'employer pour le saisir se consument avant d'atteindre leur but, car comment décrire ce qui n'existe pas ?
Et ce nom que nous prononçons — Sa'raoth — n'est qu'un voile, une ombre jetée sur un gouffre. Son vrai nom, nul ne peut le porter sur la langue. Le dire, c'est l'appeler. L'écrire, c'est attirer son regard. Et nul esprit sain ne souhaite que son œil se pose sur lui. Sous sa forme brute, son nom se tord ainsi : ∑u̯ҕḩ’lαə̕ᘎↃ.
Les Hénochiens d'avant la Fracture, eux, l'avaient nommé Elohim. Parfois, ce mot resurgit encore dans certains rites, comme une prière égarée... mais il n'éclaire rien.
Car Sa'raoth n'est pas seulement un étranger au monde : il lui est incompatible. Sa présence distord, vrille, corrompt. Quiconque le touche, quiconque se laisse approcher, se voir remodelé. Chair et esprit disloqués, pliés en formes qui n'ont pas de nom.
Pourtant, Sa'raoth s'acharne.
Il contemple l'existence avec une obsession maladive. Il tente de l'imiter, de la reproduire, de la revêtir comme un masque trop grand pour lui. Mais ses efforts ne mènent qu'à des ébauches difformes, des parodies d'êtres, des reflets brisés d'un monde qu'il ne pourra jamais comprendre
Sa'raoth veut exister.
Et c'est cela, le plus terrible.