Ami cinéphile, tu vas échapper à un discours cent fois lu sur la pertinence de la notion de "genre" au cinéma.
Disons pour résumer que si teen-movie est un genre, il s'agit avant tout d'un "horizon d'attente" (selon la définition de HR Jauss en 1978 dans Pour une esthétique de la réception), à savoir un ensemble d'indices qui vont indiquer très vite au spectateur à quel type de film il peut s'attendre.
Fin de la parenthèse théorique : soulagé ?
Donc les documentaires sur l'adolescence, l'adolescent, les ados, Facebook etc. ne sont pas des teen movies. Mais l'adolescence étant paradoxale, ce site présente quelques documentaires pour leur valeur (American teen, Adolescentes).
Le sujet n'est donc pas l'enfance, ou les jeunes adultes (quoique la limite se brouille et se discute), ou la famille, ou le skate board.
Bien que cent fois meilleur que la plupart des teen movies sur le foot US en lycée, la géniale série Last Chance U n'est pas un teen movie. Mais on vous la conseille vivement !
Les deux héroïnes du très bon film Tout ce qui brille agissent parfois comme des ados et ont des rêves de midinettes, mais ce sont avant tout de jeunes adultes. Le film n'est donc pas un teen movie.
A l'inverse, le chef d'oeuvre Les 400 coups de Truffaut porte sur l'enfance : pas non plus un teen movie.
Il se conduit comme un ado, alors qu'il a dépassé la date limite. Les "adulescents" : une spécialité des comédies de Jude Appatow (40 ans toujours puceau) mais ce n'est pas un teen movie.
Et c'est sans doute le critère principal : il existe un très grand nombre de film avec / sur les ados, mais qui sont plus destinés au public adulte.
Ainsi Elephant (G. Van Sant, 2003) est très clairement un film destiné aux adultes, qui s'interrogent sur le comportement des jeunes meurtriers dans un lycée nord-américain; il reste d'ailleurs interdit aux moins de 12 ans.
Virgin Suicides (S. Coppola, 1999) est une interrogation sur la famille, dont les ados font les frais. Tous ces films peuvent être vus par des ados (Elephant a été primé par l'Education Nationale, c'est à dire destiné à être vu et étudié en lycée), mais pas seulement par eux et si possible, ils doivent être vus avec eux.
La densité des malheurs qui s'abattent sur la pauvre ado noire et obèse dans Precious (L. Daniels, 2009) rendent même le film difficile à regarder tant la charge contre la société qui maltraite l'héroïne est féroce.
Le multi-récompensé (2 oscars quand même pour les principales actrices) Boys don't cry est certes un film avec des ados, mais le sujet est davantage le drame d'être bisexuelle (voire transgenre) parmi d'autres jeunes d'un milieu déclassé dans les années 90 au fin fond des Etats-Unis. Mid 90's de Jonah Hill est un récit autobiographique du début d'adolescence, sans passion, avec un regard rétrospectif d'adulte.
Pour reprendre Tropiano : des films "made about teens for teens" (sur les ados et pour des ados).
Cela dit, ça n'enferme pas le teen movie dans une définition étroite tant les frontières de l'adolescence ont eu tendance à s'élargir en amont (pré-ados) comme en aval (adulescence), sans parler des amateurs de teen movies qui ont parfois largement dépassé l'âge... (suivez mon regard).
Virgin Suicides parle des ados, mais ne s'adresse pas à eux.
Le rigolo Camille redouble de Noémie Lvovsky utilise un ressort classique du teen movie : le retour dans le passé. Mais il s'adresse avant tout à des adultes nostalgiques, qui se demandent ce que leur vie aurait pu donner s'ils n'avaient pas fait les mêmes choix. Et le renvoi à un univers du milieu des années 80 ne doit pas évoquer grand chose aux ados du 21e siècle.
J'ajouterai deux critères à mes yeux essentiels.
Ce qui ne veut pas forcément dire un film burlesque où les gags doivent s'enchaîner rapidement, mais un film humoristique.
Le choix de la comédie peut s'expliquer par la volonté d'attirer plus de public quand on va au ciné le samedi soir, mais pas seulement. La comédie permet aussi de présenter les héros par avec distanciation particulière. L'humour n'est pas forcément moqueur, il peut être chaleureux et empathique. Il ne stigmatise pas et évite de considérer l'adolescence comme une pathologie. L'humour n'exclut pas non plus une dimension critique comme dans Risky Business.
Il est très probable que dès que l'humour disparaît, le public ado s'évanouit et le film bascule dans le film sérieux, destiné aux parents. DansWar Games (J. Badham, 1984), les héros sont deux ados, amoureux mais pas trop car l'intrigue reste centrée sur le risque nucléaire (la preuve : même des ados peuvent déclencher la 3e guerre mondiale, c'est dire si c'est vraiment pas sécurisé !).
Plus récemment, The diary of a teenage girl (2015) exploite les mêmes thèmes que la plupart des teen movies (la découverte de l'amour, l'envie d'indépendance, la puberté...) mais avec dans une tonalité, mélangeant réalisme cru et poésie psychédélique, qui l'exclut des comédies.
Paradoxalement, c'est un humour assez gras et lourd présent dans certains teen movies qui disqualifie souvent d'emblée l'ensemble du genre aux yeux d'une partie du public et des critiques. Et c'est bien dommage...
Cependant, ce critère de la comédie n'est pas d'une rigueur scientifique absolue. Certains teen movies ne sont pas spécialement drôles, comme les films de John Hughes. On pourra alors avoir recours à la catégorie bien lâche - et pratique - de la "comédie dramatique", voire de la "comédie" au sens très large, c'est à dire ce qui exclut tout ce qui relève du drame ou du film à visée "réaliste", tel que Entre les Murs (de toute façon pas destiné au seul public ado) de L. Cantet (2008).
Pour résumer mon parti-pris (très subjectif) : est teen movie tout film sur / pour les ados à l'exclusion des drames réalistes.
Des ados dans un film ne font pas forcément un teen movie; le propos principal de War Games est d'abord de faire passer un message pacifiste.
Exit donc tous les films où les ados sont des héros, mais dans des univers fantastiques (Twilight) ou merveilleux (Harry Potter).
Dommage, car ils correspondaient bien aux deux premiers critères pourtant...
Mais leurs sujets sont plus l'exploration de ces univers étranges que la présentation des turpitudes de l'adolescence, même si les sentiments amoureux et la découverte des difficultés du passage à l'âge adulte nourrissent ces oeuvres de fantasy.
Là aussi, le critère peut sembler assez flottant : Retour vers le futur est à l'évidence un teen movie, bien qu'il relève de la science-fiction. Comment trancher ? Disons que si le sujet principal du film reste la vie quotidienne des ados, il sera bienvenu chez nous...
Des ados sans les parents, un univers centré sur l'école, des héros qui grandissent, des relations amoureuses qui se développent... Ben non, ça ne fait pas forcément un teen movie. Pour ce faire, il faudrait faire disparaître la magie. Ce serait dommage, non ? (Harry Potter)
Autre exception : le slasher, catégorie particulière du film d'angoisse.
Pas ancré dans le réel (quoique le tueur en série soit une triste réalité), il relève quand même du teen movie : sur des ados et pour des ados.
Les ados sont les premiers concernés dans un slasher comme Scream, vu que ce sont les principales victimes; mais ils sont aussi ceux qui résolvent le mystère et qui même parfois en sont les coupables.
Mais à quelle réalité se réfèrent les teen movies ?
Celle des Etats-Unis d'abord. Difficile d'évoquer le teen movie sans les suburbs, sans les couloirs aux casiers alignés, sans les bals de promo typiquement étazuniens.
Est-ce à dire qu'il ne peut y avoir de teen movie français ? C'est un débat ouvert...
Des amours contrariés, de l'acné, un humour potache et même des casiers ! Il ne manque plus que le bal de promo. Mais on est en France... (Les Beaux Gosses)
Dernier critère, qui est quasiment la résultante logique de tous les autres : c'est un genre largement méprisé par la critique et la cinéphilie érudite, qui accusent les teen movies de n'être que des produits commerciaux régressifs (au mieux en les qualifiant de "cinéma d'exploitation" pour la capacité du genre à enquiller les suites), flattant les plus bas instincts de leur public en maniant un humour qui, quand il existe, dépasse les bornes de la limite.
Rassurez-vous : les mêmes vous expliqueront pourquoi ce sont des films cuuuuuuultes dans dix ans (et essaieront de vous vendre le livre qui va avec).
Très révélateur de l'attitude de la critique française face aux teen movies : celle d'American Pie 4 Reunion sur Canal +, lors du "crash test" dans le Grand Journal du 2 mai 2012.