Correction des deux séances précédentes : correction de la séance 4
4 A° La vie au dortoir
- Le matin, le dortoir est calme car les enfants ne sont pas là (hormis la petite fille de M. Linh !).
- Ce lieu de vie est peu agréable (enfumé, bruyant si tout le monde s’y trouve, le comportement des hommes y est violent).
- C’est un lieu de vie où l’on mange et dort.
Pour M. Linh, le type "d'hospitalité" qu'il reçoit est un choc : on lui fournit de l'aide matériel, mais sans sociabilité du tout. Il ne retrouve celle-ci que dans les repas préparés par les femmes des familles qui cohabitent avec lui, mais on peut remarquer qu'il est très clairement rejeté par ces familles et que celles-ci ne font que le strict minimum requis par les coutumes du pays (préparer à manger, l'appeler "oncle"). M. Linh est délaissé par son pays d'accueil et il est clairement rejeté par ceux de son pays d'origine : il est donc totalement isolé et n'a que sa petite fille (et M. Bark).
4 B° Les rapports Grand-père/petite fille
Dans cet extrait, on perçoit toute la tendresse que porte le grand-père envers sa petite-fille : lorsqu'il plonge son regard dans ses yeux, il y perçoit les yeux de son fils, de sa belle-fille et de sa défunte épouse. Ce moment est un exemple de pure focalisation interne : que des yeux fassent penser au regard de quelqu'un d'autre montre qu'on est dans un récit raconté du point de vue d'un personnage précis et qu'on sait ce qu'il voit, ce qui se passe dans sa tête, mais on ne perçoit pas les pensées des autres qu'à travers le regard du héros.
5 A° Un moment de peur
Dans cet extrait, on perçoit bien comment l'écriture permet de comprendre la panique de M. Linh.
Le premier élément qui permet de comprendre, c'est le rythme des phrases : elles sont courtes "leurs maris ronflent", il y a beaucoup de virgules "Il tend la main, ne rencontre rien, se dresse en sursaut, regarde à droite, à gauche, (...)" qui donnent un rythme saccadé ors de la lecture, obligent le lecteur à respirer souvent
Le second élément, ce sont les adverbes "Lorsque" et "soudain" qui débutent les deux paragraphes, et qui prouvent que la temporalité est ici très importante.
Le troisième élément, c'est le nombre de points d'exclamations en si peu de phrases : il y en a 8 en deux petits paragraphes.
Le quatrième élément, c'est la présence du discours indirect libre, écrit en italique : lorsqu'apparaît le prénom de la petite fille, c'est parce que la panique de M. Linh est telle que le narrateur n'a pas le temps d'ouvrir les guillemets pour faire crier le personnage.
Le dernier élément, c'est le champ lexical de la panique : "cris", "affolé", "spasmes", "battre son cœur si vite"
Le retour au calme, à l'apaisement suit et il est aussi marqué par la manière d'écrire.
"il a eu si peur" : cette phrase est au passé composé, alors que le reste de l'épisode est au présent, cela montre que ce moment est terminé. Par ailleurs, la simplicité de la phrase montre à quel point le soulagement est grand : il n'y a pas besoin de l'expliquer à grands renforts de métaphores.
5 B° Un moment de bonheur
Les éléments de description physique de madame Bark sont les suivants : « visage plein », « rond », « peau pâle », « grands yeux », « grosse », « lèvres dessinées de rouge ». La femme de M. Bark ressemble à son mari (signe d’union du couple). Il n'y a que deux éléments de description psychologique : elle sourit et a l'air "heureuse" (c'est tout). Ce qui peut nous interroger ici, c'est que cette image du bonheur est représenté par une personne morte. Pour M. Linh, la mort n'est pas une fin, c'est un endroit où on peut être heureux, dans lequel il espère que sa femme et celle de monsieur Bark ont pu se retrouver comme lui a trouvé ce seul ami qu'il a désormais.
6° Entre réalité et rêve
A° Le contraste entre la vie au village et la vie "moderne"
Une voiture les emmène dans des rues qu’il n’a jamais vues. C’est la première fois que Monsieur Linh monte dans une voiture. Il est effrayé. Il se blottit dans l’angle du siège, presse sa petite fille contre lui. Elle ne paraît pas inquiète. Sa belle robe brille sous les reflets du jour. Pourquoi la voiture va-t-elle aussi Vite? A quoi cela sert-il? Monsieur Linh se souvient du rythme des charrettes tirées par les buffles, du long et souple balancement, qui fait parfois dormir, parfois rêver, et du paysage qui change avec une lenteur précieuse, une lenteur qui permet de regarder vraiment le monde, les champs, les forêts, les rivières, et de parler avec ceux que l’on croise, d’entendre leurs voix, d’échanger des nouvelles. La voiture est comme un coffre jeté du haut d’un pont. On y étouffe. On n’y entend rien d’autre qu’un sourd et inquiétant rugissement. Le paysage tourbillonne au dehors. On ne peut rien en saisir. On a l’impression qu’on va s’écraser bientôt.
Le médecin est un homme jeune et grand. La femme du quai entre dans le cabinet, avec Monsieur Linh. La jeune fille aussi. La femme du quai parle au médecin, puis elle sort. La jeune fille reste pour faire la traduction. Le médecin regarde l’enfant dans les bras du vieil homme et pose des questions à la jeune fille. Celle-ci répond. Le médecin hoche la tête. Il pose d’autres questions, que la jeune fille traduit.
«Oncle, quel âge avez-vous?
- Je suis vieux, répond Monsieur Linh, très vieux. Je suis né l’année de la tornade qui a dévasté le village.
- Vous ne savez pas votre âge? demande la jeune fille étonnée.
- Je sais que je suis vieux, c’est tout. Savoir mon âge ne m’avancerait à rien de plus.»
La jeune fille parle au médecin, qui prend quelques notes. Les questions se poursuivent. La jeune fille les traduit. Est-ce que Monsieur Linh a déjà été opéré? Au pays, était-il suivi par un médecin? Prenait-il un traitement régulier? Souffre-t-il d’hypertension? De diabète? A-t-il des problèmes de surdité? De vue?
Le vieil homme comprend la moitié des mots que lui dit la jeune fille. Il la regarde étonné.
«Tu ne connais pas le pays, finit-il par lui dire. Le seul médecin que j’aie vu, c’était il y a très longtemps, quand l’armée a eu besoin de moi. Sinon au village, nous nous soignons nous-mêmes. Si la maladie est bénigne, nous guérissons. Si elle est maligne, nous mourons. C’est tout.»
La jeune fille traduit au médecin. Celui-ci prononce quelques mots. La jeune fille dit à Monsieur Linh qu’il veut l’examiner. Il lui faut se déshabiller. Elle restera derrière le paravent.
Le vieil homme lui confie Sang diû. Il la glisse doucement dans les bras de la jeune fille qui la prend délicatement et fait une remarque aimable sur la robe. Monsieur Linh est touché. Il songe au gros homme, son ami.
Le médecin le palpe. Il déplace ses mains sur son corps décharné, à la peau brune et lisse. Il lui fait ouvrir la bouche, il regarde ses yeux, narines, place d’étranges instruments sur son torse, autour de ses bras, tape avec un petit marteau sur ses genoux, palpe son ventre. Il lui fait signe qu’il peut se rhabiller.
Quand il revient vers la jeune fille, il voit le médecin assis qui écrit sur une feuille. Cela dure assez longtemps, puis il se lève. La jeune fille dit: «C’est fini, Oncle, nous pouvons partir!» Elle commence à se diriger vers la sortie. Monsieur Linh l’arrête et lui dit: «Mais la petite, le médecin n’a même pas regardé la petite!»
L’interprète ne répond rien. Elle paraît réfléchir. Elle s’adresse ensuite au médecin. Celui-ci acquiesce. «Il va le faire, Oncle, vous avez bien fait de demander!»
Remplis le tableau suivant :
Le contraste est très grand entre le mode de vie "traditionnel" que le vieil homme a connu toute sa vie. Donnes-en un autre exemple lors de la rencontre avec le médecin. Lors de cette étrange consultation, quelque chose ne te paraît-il pas étrange ?
B° Le rêve de M. Linh
Le vieil homme dort mal. Il sent la petite, paisible, à ses côtés, mais cela ne le calme pas. Cette nuit lui rappelle la dernière nuit qu’il a passée au pays, dans la peur et dans le noir.
Il avait marché durant des jours. Il avait quitté le village qui n’était plus que cendres. Il était allé vers la mer, avec Sang diû dans ses bras et lorsqu’il y était enfin parvenu, il s’était aperçu que la plupart des paysans des autres campagnes, ceux qui avaient survécu, étaient partis comme lui et se retrouvaient là, hébétés, les mains vides, avec pour seule fortune ou presque les vêtements qu’ils portaient. Monsieur Linh s’était senti alors beaucoup plus riche que la plupart d’entre eux. Lui, il avait sa petite fille, le sang de son sang. Et il avait sa maigre valise aussi, avec quelques effets, la photographie ancienne, le sac de toile avec un peu de terre, la terre du village, noire et limoneuse, qu’il avait travaillée durant toute sa vie, et avant lui son père, et avant lui son grand-père, une terre qui les avait nourris et accueillis au moment de la mort.
On les avait regroupés dans un baraquement en planches. Ils étaient des centaines, serrés les uns contre les autres, se taisant, n’osant faire aucun bruit, n’échangeant aucune parole. Certains avaient murmuré qu’on allait venir les massacrer, que le bateau n’arriverait pas, que les passeurs à qui ils avaient donné leurs dernières pièces leur couperaient à tous la gorge, ou les abandonneraient là, à tout jamais Monsieur Linh avait serré Sang diû durant toute la nuit. Autour de lui, ce n’était que peur et crainte, murmures, souffles précipités, cauchemars. Puis le matin était venu, dans sa lumière blanche. Et, vers le soir, ils avaient aperçu le bateau, un maigre bateau, qui dériva ensuite, durant des jours, sur la mer, sous l’effroyable chaleur du soleil qui écrasait la coque et le pont de son étreinte, avant de tomber dans l’eau, très tard, vers le soir, comme un astre mort.
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