M. Bark est un personnage qui, en parlant avec M. Linh et en échangeant avec lui va permettre au lecteur de mieux comprendre l'histoire et le héros. Ce type de personnage se retrouve souvent dans des histoires, on les appelle des "personnages adjuvants".
Il en existe de nombreux exemples, comme Watson, le comparse de Sherlock Holmes : sa présence pousse Sherlock Holmes à expliquer son raisonnement et donc ça permet à l'auteur de révéler les secrets de l'intrigue ainsi. Un autre exemple, c'est Robin, le compagnon de Batman, qui permet de montrer à quel point Batman est un héros et bien qu'il n'ait aucun super pouvoir, à quel point, il est au dessus de la condition humaine classique.
Travail à faire : dans la suite de l'histoire, une certaine routine commence à s'installer dans le quotidien de M. Linh : sa vie au dortoir, la présence des deux familles à côté de lui, ses ballades à l'extérieur et ses rencontres avec M. Bark. Lorsqu'il se déplace dans cette grande ville, il la compare à la douceur de sa vie d'avant "au pays" : ici tout est froid, tout va trop vite, tout est trop grand, alors que là-bas tout était douceur, odeurs agréables et chacun se connaissait au village. Lorsqu'il rêve à son village et à sa vie d'avant (avant la guerre), il percute une grosse dame qui lui crie dessus sans que personne ne soit interpellé par cette épisode. Ce contact lui fait repenser à celle qui fut son épouse et le replonge dans une nostalgie indépassable.
Analyse de trois extraits :
LA VIE AU DORTOIR
extrait 1
Le lendemain, le vieil homme sort du dortoir à la même heure. Il s’est vêtu comme la veille. Il a habillé la petite de la même façon également. Les femmes et les enfants se sont encore moqués de lui. Les hommes n’ont quant à eux pas même levé les yeux. Ils étaient trop occupés à jouer.
Parfois ils se disputent. L’un accuse l’autre de tricher. Le ton monte. Les jetons et les pièces volent. Puis tout se calme soudainement. Ils fument des cigarettes qui laissent dans le dortoir un nuage gris, aux senteurs fortes et irritantes.
Le matin, le dortoir est calme car les trois épouses sortent avec les enfants. Les enfants commencent à s’accaparer la ville. Ils reviennent avec des mots que Monsieur Linh ne comprend pas, et qu’ils font sonner à haute voix dans le dortoir. Les femmes portent dans leurs bras les denrées qu’elles sont allées chercher au bureau des réfugiés, puis elles préparent le repas. Il y a toujours une part pour Monsieur Linh. C’est la tradition qui le veut. Monsieur Linh est le plus âgé. C’est un vieillard. Les femmes se doivent de le nourrir. Il le sait. Il sait bien qu’elles n’agissent pas ainsi par bonté ni par amour. D’ailleurs, quand l’une ou l’autre lui porte son bol, elle fait une moue qui ne le trompe pas. Elle pose le bol devant lui, tourne le dos, s’éloigne sans rien dire. Il la remercie en s’inclinant mais elle ne voit même pas son geste.
extrait 2
Les familles mangent en cercle, à dix mètres de lui. La plupart des enfants lui tournent le dos, ainsi que les femmes. Les deux hommes de temps à autre jettent un œil vers lui, puis reviennent à leur nourriture qu’ils avalent goulûment. On n’entend que le bruit des langues, des baguettes et des bouches. Près du matelas, Monsieur Linh trouve un bol de riz, une soupe au vermicelle, un morceau de poisson. Il dit merci, s’incline deux fois. Personne ne fait déjà plus attention à lui.
Dans sa bouche, il réduit le riz en une bouillie pas trop épaisse, il la donne à sa petite fille. Dans une cuillère, il lui fait boire de la soupe, après avoir soufflé longtemps dessus afin que le breuvage ne brûle pas ses lèvres si délicates. Il émiette un peu de poisson aussi, qu’il lui glisse dans la bouche, mais très vite elle semble repue et ne l’avale pas. Elle a déjà sommeil, pense Monsieur Linh. Il se souvient que des années plus tôt, il regardait sa femme faire les mêmes gestes pour nourrir leur fils, ce fils mort aujourd’hui. Il songe aux gestes doux de sa femme, et c’est dans cette mémoire-là que le vieil homme puise pour retrouver le savoir et les mots qui lui permettent de s’occuper de Sang diû.
Les deux hommes ont repris leurs parties de mah-jong. Ils se servent de petits verres d’alcool de riz qu’ils boivent d’un trait. Les femmes lavent les bols, les plats et les casseroles. Les enfants se chamaillent. Les plus jeunes bâillent et se frottent les yeux.
Monsieur Linh s’allonge sur le matelas, entoure de ses bras très maigres sa petite fille, ferme les yeux, la rejoint dans le sommeil.
A partir de ces deux extraits, fais une description précise du dortoir.
Peut-on dire que cet endroit est un endroit ACCUEILLANT, HOSPITALIER ? Comment se comportent les autres pensionnaires du dortoir avec M. Linh ? A ton avis, pourquoi se comportent-ils ainsi ?
LES RAPPORTS GRAND-PÈRE/PETITE FILLE
extrait 3
Oui, c’était bien là, se dit Monsieur Linh tandis qu’il pose l’enfant sur ses genoux après s’être assis sur le banc. La petite a ouvert les yeux. Son grand-père lui sourit. «Je suis ton grand-père, lui dit Monsieur Linh, et nous sommes tous les deux, nous sommes deux, les deux seuls, les deux derniers. Mais je suis là, n’aie crainte, il ne peut rien t’arriver, je suis vieux mais j’aurai encore la force, tant qu’il le faudra, tant que tu seras une petite mangue verte qui aura besoin du vieux manguier.»
Le vieil homme regarde les yeux de Sang diû. Ce sont les yeux de son fils, ce sont les yeux de la femme de son fils, et ce sont les yeux de la mère de son fils, son épouse bien-aimée dont le visage en lui est toujours présent à la façon d’une peinture finement tracée et rehaussée de couleurs merveilleuses. Allons, voilà que son cœur bat de nouveau trop fort, au souvenir de cette épouse en allée il y a si longtemps pourtant, alors qu’il était un homme jeune, que son fils avait à peine trois ans et ne savait pas encore garder les cochons ni lier le paddy.
Ce passage est un exemple-type de FOCALISATION INTERNE. Prouve-le. Que nous apporte-t-il sur la relation que le grand-père noue avec sa petite fille ? Comment apparaît cette dernière aux yeux de M. Linh ?