Accueil‎ > ‎P‎ > ‎

Partager

Le français "Partager", nous vient du latin "Pars agere", signifiant : Avec une part, faire avancer.

En ancien Français "Partager" a deux sens [1]:
       - Partage d'héritage "S'aucuns est semons sor partage" (Beaumanoir II 6)[2]
       - Division égale des voix "une voix n'empesche 'partage' La majorité doit donc être
       de deux voix.(Loysel [3])

Dans les "institute cutumières" d'Antoine Loisel (ou Loysel en 1607) [4]
       Une voix n'empêche partage
       "Les jugemens des procès pendans aux parlemens & cours souveraines,
       ne seront conclu qu'ils ne passent de deux voix"[5]

Etymologie de Partager :

Le mot Partage nous vient du latin "partes agere" : faire des parts ou portions et "agere" signifiant "pousser, faire, agir."
Le "partes agere" latin est ainsi le fait de concourir, initialement lors d'une représentation théâtrale, en y menant sa part. Comme le dit Cicéron
       Partem suam agere in musicis [6] : chanter sa partie

César et la guerre des Gaules

César dans le tout début de la "guerre des Gaules" utilise les deux mots "partes" (la partie) et "divisa" (la division) différenciant de la sorte ces deux mots :
       Gallia [7] est omnis divisa [8] in partes tres, quarum [9] unam incolunt Belgae,
        aliam Aquitani…

       (Toute la Gaule est divisée en trois parties, dont l'une est habitée par les Belges, l'autre
         par les Aquitains…)


Partager est de la sorte différent de diviser.

Et "Séparer" est dérivé du latin "pararer [10]" pour fournir.[11]

Antérieurement "Partager" viendrait - mais non attesté formellement [12]- du sanskrit "purta [13]" signifiant la récompense, l'accomplissement, ce qui est dû et du grec "peprotai" (πεπρωται[14]) mot qui 'serait' lui même issu de "porein"(πορειν [15]) du verbe "porô" (πορω [16]) : fournir.
La racine latine "per"[17] est liée à l'idée de fournir. Le latin "pars [18]" désignant une partie, portion.

Le  partage : un lieu, un endroit

Pour le dictionnaire Godefroy [19], "partage" est un endroit, un lieu, un canton.

Le dictionnaire étymologique de Gilles Ménage donne :
       "Partir : du latin "partiri[20]", partager, séparer. Partir d'un lieu, c'est s'en séparer"[21]

Et, au XIVe siècle, dans les Mystères de la Passion. : [22]
       "Frères delaissons ce partage [23]
       Venez avec les autres seoir
       et nous entretenons ce soir
       ensemble attendans l'aventure". [24]

Le partage ou héritage :

       Le partage, et le frerage

       "… mes fe je fuis marié de l'Hire-
         -tage mon Pere, je rapporterai tout en partage fi je veult partir, & fi je fui mariés de
         l'Hiretage mon Pere je le raporteray em partie fe veuve il partir, & fe fui mariez
         l'Hiretage la Mere, je n'en raporterai riens tant comme ele vive."… [25]

Le Frerage [26] est la répartition entre héritiers :
       "C'est le nom que l'on donne en certaines coutumes aux partages de fiefs dans lesquels les frères
       et sœurs puinés, ou d'autres copartageans tiennent leur part en foi et hommage de l'ainé,
       ou si ce n'est pas entre frères, de l'un des co-partageans
" [27].

Molière : "avoir maille à partir" ou avoir "quelque chose à partager".

Dans la piéce de théâtre "L'étourdi", propos de Mascarille
       "Moi? Monsieur, perdez cette croyance;
       Toujours de son devoir je tâche à l'avertir,
       Et l'on voit sans cesse avoir maille à partir.
" [28]

Avoir "maille à partir" avec quelqu'un, avoir maille à partager ; et au figuré, avoir des différents, des dicussions sur des choses de moindre valeur [29].

Le "partagium" ou répartition de l'héritage

Les Archives de Pau nous en donne un aspect :
       /…/ qui quondam fuerunt dictorum Henrici de Cumphaco et Johannae
       Vigeria conjugum partagium pro tertia parte sibi debere [30]

 Le "partage" outre manche

Outre manche le mot "part" au sens de partie de discours vient du vieux français part et du latin partem, lui même issu du sanskrit "purtam" au sens de la récompense.
Le verbe "anglais "part" est lui, issu du Français "partir" et du latin "partiri" signifiant "diviser", "séparer" en en parts distinctes [31].

Shakespeare et le "partake"

Ce mot "partake", au sens de "share", signifie participer, posséder une part[32]
       Notre mot Anglais "Partake est supposé être hybride, composé du Français         
       'part' et du Scandinave 'take'. /…/ Shakespeare prend surement ce verbe
       au sens transitif, et par là causal [33].

       Le conte d'Hiver:

       "Go together
       your precious winners all; your Your exultation"[34]
       partake to every one"
       ("Allez ensemble, vous tous qui retrouvez en ce moment quelque bonheur, et
           communiquez à chacun une partie de votre allégresse
" [35])

Dans Jules César dans l'acte II scène I:
       " Hark, hark! one knocks : Portia, go in awhile;
       And by and by thy bosom shall partake
       The secrets of my heart"
       (Ecoutez, écoutez, on frappe : Porcia, rentre un moment,
         & bientôt ton sein va recevoir
         tous les secrets de mon cœur
[36])

(02 novembre 2011, maj 08 octobre 2013)


[1]        Dictionnaire Historique de l'l'Ancien Langage François ou glossaire de la langue Françoise. La Curne de Sainte-Palaye, Niort 1882. Favre Tome VIII, page 203 colonne II

[2]        Les coutumes du Beauvoisis. Par Philippe de Remi Sire de Beaumanoir, Numéro 464. Paris chez Jules Renouard 1842.
             Tome Premier. Page 47 Chapitre II paragraphe 6 : " S'aucuns est semons sor
partage, si comme frere ou sereur font
              semonce por avoir partie lor frere qui tient le tout, ou se li heritages est esqueus à plyusors personnes d'un meisme
              degré de lignage et li une s'est mis en saizine de tout" /…/. Noter que partage est noté auplutiel dans le dictionnaire
              de Curne et ici, dans le texte de Beaumanoir, au singulier

[3]        Cité dans le dictionnaire Sainte Paye tome VIII page 203.

[4]        Institutes coutumières d'Antoine Loysel. Paris 1846, Durand. Volume II. Livre VI titre IV d'apellations. Page 223,
             Clause XIX paragraphe 875

[5]        Institutes coutumières. Antoine Loisel avocat au parlement. Tome second Paris chez Nyon 1783 page 392 paragraphe XIX

[6]        Dictionnaire François et Latin enrichi des meilleurs façons de parler. Mr l'Abbé Danet. Lyon chez les Frères Deville, 1738.
             Page 934, colonne I

[7]        Bibliothèque latine Française publiée par CLF Panckoucke, Paris 1832. Traduction de M Arthaud. Tome Premier.
            Commentaires de César : La guerre des gaules. Livre I (De Bello Gallico) , paragraphe 1. Page 3

[8]        Cette première phrase est souvent traduite par "La gaule dans son ensemble est divisée en trois partie. En les faits,
             "divisa est" devrait plutôt être traduit par "fut divisée" ou "a été divisée" ce qui mettrait en exergue le caractère
              convenu de cette division.

[9]        Le pronom relatif Latin "Quarum" est au génitif féminin pluriel en accord avec "partes" : desquelles parties, une est
             habitée par…

[10]       Dictionnaire Felix Gaffiot page 1117, colonne I. Paro, parare : préparer, arranger

[11]       Trésor des racines latines de Jean Bouffartigue et Anne-Maris Delrieu; Editions Belin 1981page 75.

[12]       Le dictionnaire Douglas Harper renvoie à la référence de "part" confère au grec "Peprotai" et le Hittite " parshiya

[13]       Dictionnaire Sanskrit Gerard Huet, Inria 2011. page 327, colonne I.

[14]       Dictionnaire Grec Français Bailly, page 1515 colonne III, πεπρωται : (peprôtai) marqué par les destin

[15]       Dictionnaire Grec Français Bailly, ibid, page 1606 colonne I,

[16]       Dictionnaire Grec Français Bailly,ibid, "porô" (πορω) faire que quelque chose parvienne à quelqu'un ou quelque part, d'où fournir.

[17]       La forme *per proto indo Européenne a le sens de allouer, attribuer. Le Dictionnaire etyomologique 2001-2011
              Douglas Harper renvoie à la référence de "part", confère au grec "Peprotai" et le Hittite " parshiya-

[18]       Dictionnaire Gaffiot, page 1118, colonne I : Partie, part, portion. Page 1118 colonne II : en part, partie, parti, cause,
              rôle d'un acteur.

[19]       Dictionnaire Godefroy, volume VIII, page 4, colonne III

[20]       Dictionnaire Felix Gaffiot page 1120, colonne III : "Partio": (du latin "pario" accouchement ponte.
              Et "partio" (du latin "pars") diviser en parties, partager répartir

[21]       Dictionnaire etymologique de la langue Françoise par Gilles Ménage. Paris Briasson 1750. Volume II, page 291, colonne I.

[22]       Les mystères de la passion, , par Gaston Paris et Arnould Greban. Paris 1878. Imprimerie Pitrat Ainé, Lyon Les mystères de la Passion. Glossaire. Page 246

[23]       Glossaire de Gaston Paris et Arnould Greban. page 465, colonne II. L'edition de la bibliothèque de Troyes donne "Frères delaissons ce party" le mot "party" ayant le sens d'endroit de lieu

[24]       Ibid. Les mystères de la Passion, d'après les manuscrits de Paris, par Gaston Paris et Arnould Greban. Paris 1878,
              F.Vieweg rue de Richelieu. Page 104. Colonne II : Propos de Salomé: "Ne vous donbtez, que j'ay le cueur de denil
              party de veoir mon frere en ce party…(vers 8030)". Cf glossaire page 465 colonne II.

[25]       Coutumes de Beauvoisis. Par messire Philippes de Beaumanoir, Bailly de Clermont, en Beauvoisis. "Des deffences",
              Chapitre VII . Page 48

[26]       Glossaire du droit Français. Par M Francois Ragueau, lieutenent du baillage de Berry et docteur Regent en
              Droit de l'Université de Bourges. A Paris 1704, Rue Saint Jacques, Chez Jean Michel Guignard, Tome premier,
              Page 509 : Frerage, Frarachaux et Frarachage : Ce sont des sont le coheritiers et lignagiers qui viennent à même succession.

[27]       Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences des arts et des matiers. A Geneve, rue des Belles Filles,
              chez Pellet 1777. Publié par M Diderot. Tome XV. Page 402, colonne I : Frerage (voyez Frarescheurs).
              Et  page 366 colonne I : Frarachaux (voyez Frarescheurs & Frerage. Frarager , c'est partager.
              Et Frarescheurs ou Frarecheux, qu'on apelle aussi en quelques endroits frerescheurs, frarachaux, sont tous
              ceux qui possèdent des biens en commun de quelque manières que ce soit ; ils sont ainsi appellés quasi fratres,
              parce que le frerage arrive le plus souvent entre frères.

[28]       Œuvre de Molière. Avec les notes de tous les commentateurs. Firmin Didot Paris 1845. Tome 1, Page 14 note 1 de bas
              de page "Avoir maille à partir, s'est à dire à se partager, du latin partiri. La maille était une monnaie de sipeu de
              valeur qu'elle ne pouvait être divisée".

[29]       Petites ignorances de la conversation, Charles Rozan. Paris, Lacroix-comon, 1856. Page 196

[30]       Archives de Pau Dépouillement des archives de rois de Navarre IV liasse. Page 80 Dossier E 682 aux AD64 .
              Le "conjugum partagium" est la division d'héritage des épouses en trois parts.

[31]       Dictionnaire Merriam Webster's,New collegiate dictionary based on New international dictionary second edition 1949,
              page 612, colonne II.

[32]       Dictionnaire Merriam Webster, ibid, colonne II

[33]       Notes and queries for litterary men, general readers etc… Londres Breams Buildings Chancery lane Juin 1894.
              Eigth series volume 5. Page 66
              Partake : /…/ Is is a mere coincidence that Luther uses the noun parteke with a certain preference? Il is simply
              an accident that the English verb and the german noun have the same soundand so much meaning in common?
              Both denote a share, and exclude every idea of purchase. /…/ Littré mentions a Walloon parteg. One turns naturally
              to the mediaeval partagium ; but that would make an English 'partage', and hardly the German 'parteke'.
              Nox both the English oand the German words were peculiars to the Reformers, not to say to university or
              Latin-school men.(note de C.W Ernst)

[34]       Shakespeare, (Le conte d'Hiver) Winter's tale, acte V scène III. Vers 3449

[35]       Œuvre complètes de Shakespeare, traduit de l'Anglais par Letourneur.
              Paris chez l'Advocat libraire au Palais Royal, 1821.Tome VIII Acte V Contes d'Hiver, scène III Pauline Page 481

[36]       Ibid Page 241

Comments