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Dame

Etymologie de Dame

Le mot "dame", mot issu du latin "domina" désigne vers le XI siècle la "maîtresse de maison" et la "maîtresse de domaine" [1]

Dame : Désigne au XIVe siècle "La belle mère", et Dame Grant la grand-mère [2], et Dame, Dam renvoie à "Dan" titre de dignité. Dans la hiérarchie féodale le "Dam" ou "Dan" venait immédiatement après le comte et avant le Baron. [3]

Dame de l'hébreu  "daman" ?

"Ce mot suivant Borel, vient de l'Hébreu daman, qui signifie silere, parce que, dit-il les dames tiennent leur gravité, et affectent de parler peu. Il y a apparence qu'il a trouvé cette origine plus savante et plus belle que le domina des latins." [4]

Pour Pierre Borel, dans "Trésor de recherches et antiquitez gauloises et Françoises" [5]:

       "Quelques uns tirent le nom de Dame, de l'Hebrieu Daman, filere, c fe taire, parce que
       les Dames tiennent leur grauité, & affectent de parler peu."

En grec une "dame" est "guné" (la femme), parfois une "maitresse de maison", ou "oikouros" ("οικουρος") ou encore chez Platon une "despoina" ("δεσποινα") [6], mot qui désigne la fille de Cérès [7] et sœur de Proserpine.
La "despoina" grecque (du grec Potnia) est la "maîtresse de maison", mot issu du sanskrit "patni" [8].

Au moyen age, dans la Chanson de Roland , une "Dame" est une "femme mariée d'une certaine condition" [9].

Dans "Le Chevalier du Lyon" de Chrétien de Troyes (XIIe siècle):

"Après manger parmi les sales                           
Après manger en les salles
Li chevalier s'atropelerent                                  
Les chevaliers se rassemblaient
La ou dames les apelerent                                   
Là où les dames les appelèrent
ou damoiselle ou pucheles                                  
Ou les Damoiselles ou pucelles
Li un recontoient nouveles                                  
Les uns racontaient des nouvelles
Li autres parloient d'Amours                              
Les autres parlaient d'amour
Des angousses et des dolours… [10]                    
des angoisses et des douleurs
Et des grant biens qu'en ont souvant                
et des grands biens qu'urent souvent
Li desiple de son couvant,                                  
les disciples de son ordre
Qui lors estoient riche et gens"                          
qui alors étaient riches et courtois.

Pour Gilles ménage (vers 1750) "Dame" nous vient du latin "Domina" et de "dominus" :

       "Car anciennement ce mot se disait aussi des hommes et il signifiait seigneur. Vous
       trouverez souvent dans les vieux livres Dame viex, pour Seigneur Dieu.
       Ce mot est encore aujourd'hui en usage dans son composé Vidame. /…/
       Et de là viennent le Dam et le Dan, Chevalier des Romans ; Dammartin. /…/
       Et en Espagne, les grands seigneurs s'appellent encore aujourd'hui de ce nom. Don Pedro
       d'Aragon.
       Aujourd'hui il n'est plus en usage parmi nous que pour les Chartreux et les Bénédictins
       De Dame on a fait le diminutif
  Damoiseau et Damoiselle." [11].

Le jeu de Dames ou Tables:

"Ce mot de Dame ne se prenoit pas pour une fille, mais pour une perfonne mariée. Ainsi au jei des dames ou Tables, on appelle Dames Damées, celles qui font jointes à une autre, c qui font doublées [12]
       Roman, de la rose     
       Fruit il doit querre; cil ou celle,
       Quel quelle foit, Dame ou Pucelle."

Dam, Don, Dame, Domp :

Signifie "Seigneur", "maître", "chef", "homme élevé au dessus des autres par son mérite ou par son pouvoir et richesses" ; "femme de qualité", "dame de haut parage". [13]
Du bas latin "Domnus", "domnula". En Breton "Dam", "Dom", en Espagnol Don.

Ce mot "dan" ou "Dam" se mettait devant le nom d'une personne qu'on voulait honorer, et équivalait suivant la circonstance à seigneur, maître, sire etc…      
Plusieurs communes portent ce nom: Damville, Dampmartin (Dominus Martinus) , Domprémy (Dominus Remigius) , Dombasle (Dominus Basilus), Dampjoux (Dominus Jovinus) [14]

       Dam, est un titre d'honneur qu'on donnoit autrefois aux personnes distinguées, tant hommes
       que femmes et qui vient de dominus domina [15].


Damoiseau, damoiselle :

Le "damoiseau", jeune gentilhomme semble être le diminutif de "Dam", fait sur le diminutif "dominicellus" et peut être contracté en "dancel", "danzel", "doncel", "donzel" [16].
"Damoiselle", "damisele" ou "Dameisele" est de même sens : "fille de noble extraction, gentilfemme qui, n'ayant pas titre de Dame, étoit épouse d'un damoisel ou d'un écuyer ; en bas latin "domicella", dominicella, domsella [17].
Ce "domina" latin est équivalent du grec "domna" ("δομνα") [18] et donnera le Roumain "doama" [19], la princesse.
"Damoisele" est la femme d'un écuyer. Fille. On appeloit damoiselles les femmes des nobles du plus haut rang qui n'avoient pas reçu la chevalerie.
Le damoiseau est un gentilhomme, seigneur souverain, appliqué aux jeunes hommes qui n'ataient pas encore chevalier. Et faire le "damoiseau" est celui qui est brillant, galant [20], dont le diminutif est Damoiselet.

Dam : le dommage, la digue.

  - Dam : dommage [21] au détriment. Le damagement est le "dommage".

Le "Serment de Strasbourg " rédigé en l'an 842 [22]:

  Texte de l'époque (IXe siècle)                       En traduction du XIe siècle                            Traduction
"qui meon uol cist meon                   "qui mien vueil cest mien                    qui, à ma volonté,
 fradre Karle in damno sit".              fredre Charlon en dam seit"               soit au détriment de mon frère                                                                                                                                   Charles

  - Dam : En langue Flamande signifie une levée de terre. Ce mot signifiait autrefois une
    ville, maintenant un gros bourg de la province de Groningue dans les pays bas.
    "Dam" ou "Dammum" : ville de Flandres dans le Franconnat. "Dam" : petite ville d'Allemagne dans la Poméranie sur l'Oder. [23]

Et depuis le XVIIIe siècle le mot est aussi devenu "dame" est ce point d'appuis permettant à la rame ou aux avirons d'étre solidaires du bordé sur une embarcation.


( 22 novembre 2013, maj 19 janv 2015)


[1]        Dictionnaire Erudit de la langue Française. Page 487, colonneII.

[2]        Dictionnaire Godefroy, volume II page 414 colonne II.

[3]        Dictionnaire Godefroy, ibid, page 417 colonneII.

[4]        Glossaire de la langue Romane. Jean Baptiste Bonnaventure de  Roquefort. Paris 1808, B. Warée. Tome Premier. Page 337-338 colonne II.

[5]        Pierre Borel conseiller et medecin ordinaire du Roy. Paris 1655 chez Augustin Courbe. Page 121

[6]        Englich Greek Dictionary. Vocabulary of Attic Language. Sidney Chawner Woodhouse. Londres, 1910. George Routledge & sons Ltd. Page 473, colonne II.

[7]        Page 98 colonne II

[8]        Dictionnaire etymologique de la langue Grecque etudiée dans ses rapports avec les autres langues indo Européennes. Emile Boisacq. Heidelberg Carl Winter (librairie universitaire), Paris  Klincksieck, 1916. Page 178.

[9]        Dictionnaire Etymologique  & historique du Français. Larousse page 266 colonne II.

[10]      Chrétien de Troyes. Le chevalier du Lyon.

[11]      Dictionnaire etymologique de la langue Françoise. Gilles Ménage. Paris Chez Briasson, 1750. Tome Premier. Page 457 colonne II.

[12]      Pierre Borel conseiller et medecin ordinaire du Roy. ibid

[13]      Glossaire de la langue Romane. Jean Baptiste Bonnaventure de  Roquefort. Paris 1808, B. Warée. Tome Premier. Page 337 colonne I

[14]      Dictionnaire Godefroy, ibid

[15]      Dictionnaire universel François et Latin. Paris, 1732, Chez Pierre François Giffart. Tome II. Page 481.

[16]      Dictionnaire historique de l'ancien langage Françoise de son origine à Louis XIV, par La Curne de Sainte Palaye. Imprimé à Niort par Louis Favre. Libraire H Champion à Paris 1878. Tome 4 (CH-DECA). Page 457, colonne II

[17]      Glossaire de la langue Romane. Jean Baptiste Bonnaventure de  Roquefort. Paris 1808, B. Warée. Ibid. page 338 colonne I et II.

[18]      Dictionnaire Anatole Bailly page 531, colonne I.

[19]      Dictionnaire d'Etymologie Daco Romane. Alexandre de Cihac. Ludolphe St-Goar1870. Francfort sur Main,. Page 80.

[20]      Dictionnaire historique de l'ancien langage Françoise de son origine à Louis XIV. Ibid page 458, colonne II.

[21]      Dictionnaire Godefroy. Volume II page 413, colonne I.

[22]      Serment prêté en 842 par Charles le chauve, Louis le Germanique et leurs armées. Avec commentaires de M. de Mourcin. De Meymi-Lanaugarie. Paris 1815. Imprimerie didot. Page 39 : Damno, dommage du latin Damnum.

[23]      Dictionnaire de Trévoux : Dictionnaire universel François et Latin. Paris 1771. Compagnie des libraires associés. Tome 3, Page 92, colonne I et colonne II.

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