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Enfant


Enfant nous vient du latin "infans", pour "non fans
Du latin "in farer", celui "qui ne parle pas", issu du verbe grec "fémi" celui "qui ne sait manifester sa pensée par la parole".
Dictionnaire Godefroy (langue Française du IXe au XVe siècle) : Un "enfant" [1] est un jeune homme noble non encore adoubé chevalier.

Etymologie de "enfant"

Le mot "enfant" vient du latin "infantem"[2] et de "infans"[3]
Dans le dictionnaire "Thrésor de la langue Française"
"Et encores en use tant au singulier qu'au pluriel pour ces mots, Filius, Filia, et Liberi"/…/ Et nous en France, appelons enfans de France ceux-là mesmes, et filles de France les femelles" .[4]

Cet "enfans" plus précisément le "in" "farer" ou encore ce "non farer", est celui qui, dans le monde latin, ne parle pas.

Notre "Enfant fils ou fille par rapport au père et à la mère nous vient du latin "infans", pour "non fans",  fait de fari,  parler,  dérivé du grec "phaô". Ainsi l'enfant serait celui qui ne sait pas encore parler"[5].

[Nota : Le verbe latin "fare", issu du verbe grec "phémi" ("φημι"[6] donnera notre "for [7]", le verbe défectif : Dans mon "for intérieur"... Celui qui parle en moi.
"Non eram infans qui non farer" je n'étais pas un enfant privé de parole[8] dira Saint augustin [9].]

L'enfant et le "child"

Fille ou garçon est indifférencié pour les "infans", bien que dans certaines provinces le mot "enfans" ne désigne que les enfants mâles[10] :
       "Enfans et infans aussi se disent des males et non pas des femelles,
       selon quelques uns
"

Cet "infans" est un mot issu du monde latin.... Le nord prendra "kinder", ou "kid", ou encore "child" pour les saxons. En effet le saxon pour l'enfant a pris le sens du "sein" depuis le mot gothique "kilthe (les entrailles) qui peut êtreproviendrait du Sanskrit "jathara", le ventre.

Encore cette différence Nord-Sud peut être ne déplairait-elle pas à Max Weber lui-même : Les occidentaux latins prendront le mot désignant celui qui "ne parle pas" quand le Nord, patrie de la loi salique, choisi le "sein", voire les "entrailles". Au XVIe siècle apparaîtra le mot "bambin", emprunt de l'italien ; le "bambino", issu d'un radical onomatopéique, est un terme familier désignant un petit garçon comme une petite fille [11]

En sanskrit "putra"[12] désigne le "petit", le "fils", un "enfant", et donnera le latin "puer". En sanskrit "pati" est le maître, et "pa" est celui qui protège, mot qui donnera le persan "pidar", le père, puis le "pater" ("πατηρ"[13]) en Grec, puis en latin.

En grec le "nepios" ("νηπιος") [14] désigne celui qui est en bas âge, et la plus tendre enfance, voire, en étend la signification aux animaux, avec une connotation de puéril, enfantin

En grec classique,  outre le mot "pais" ("παις") l'enfant possède non pas le sens de "celui qui ne parle pas", mais de celui qui est "né de", désignant le fils ou la fille, avec le mot "teknon" ("τεκνον"[15]) signifiant, "le rejeton", ce qui "est produit", et le "teknopoios ("τεκνοποιος"), du grec "poieô" signifiant "faire",  en parlant de la femme prend le sens de "enfanter", ou "donner naissance", au sens de "créer pour soi", "se procurer" "acquérir". De plus "poiéô paida" ("ποιεω παιδα") signifie "créer un enfant" lequel sera surtout de sexe masculin.

Un enfant n'a donc pas la parole, preuve en est : lorsqu'il sera "pensant" et "exprimant" alors il sera en espagnol, un "idalgo", un "prince" ... un "Nino", ou une "nina".... Et en, France un garçon ou une fille....

Au moyen âge une enfant est : "enfez" ou "enfes" [16]:
       Enfès est de deux manières                              Il est deux type d'enfant
       Car li home puet bient être enfes par eage    car l'homme peut être enfant par âge
       et vieil par bone vie                                           Et vieux par douce vie
       et cist home est enfès en les faiz                      et cet homme est enfant en les faits.

C'est parce que l'infant (ou "infans") ne peut régner que l'on a institué la régence et dit-on, celle de Louis XIII assurée par Marie de Médicis la veuve du roi Henri IV [17], période qui coûta si cher aux affaires de notre pays.

Enfin,  l'enfant, nommé drôle,  est aussi qui celui est roué, pas très net, et serait issu du néerlandis "drol" le lutin [18]

Les enfants et les "jeunes"

De nos jours, un enfant qui est amené à conduire son destin alors qu'au sens social, il ne parle pas encore ne peut hélas ni se tourner vers un régent, ni vers un pédagogue.
Mais si l'on postule que l'enfant est celui qui reçoit, alors grâce à l'accord existant entre l'institution, ses parents et celui qui exerce le ministère d'"instituteur" instituteur, alors l'enfant ainsi cadré peut d'abord apprendre à connaître et à s'exprimer et donc d'instruit, devenir étudiant.
Dans un pays démocratique, l'enfant n'a de statut sinon celui de ne pas parler…
(Tenant compte de la charte des "droits de l'enfant" adoptée à l'unamimité par l'ONU)
Et pourvu que le statut de cet enfant n'évolue pas.

C'est la peur de ces enfants qui ne sont plus enfants, qui nous fait les nommer par une curieuse bienséance :"jeunes" alors que l'acception de ce terme les nommerait "délinquant.
Mais s'ils ne peuvent assumer d'actes, puisqu'ils n'ont jamais été enfants, alors on a engendré
 une sorte "d' adolenfants"...

Un enfant libre ?

Un enfant à Rome avait donc le statut d'infant jusqu'à ce qu'il enlève sa "robe prétexte" (voir prétexte) .... Et la "bulle" qui conjurait.
[Le latin "praetexo" signifie "border" et la "praetexta" est la robe ou toge "pretexte" blanche bordée de rouge [19]
La couleur rouge vient du sankrit "rudira [20]", signifiant rouge, sang, et donnera le grec "eruthros" ("ερυθρος")]

Plus tard cet "infans" sera un individu et deviendra une personne lorsqu'il franchira les étapes de l'instruction, puis de l'étude.... Il deviendra donc en latin un "puer [21]" ou "doule" ou encore "puella" ou le "liber"[22]des latins dépendant de la "libraria" !

La "puella" [23], en latin est une "puer-ula" [24] une petite fille [25] et un "adolescentulus"[26] est un tout jeune homme.

L'enfant la pucelle et la puelle :

On retrouve le mot "puelle" dans le cantique de Sainte Eulalie (IXe siècle) :

Buona pulcella fur Eulaia,                          Bonne pucelle (puella) fut Eulalie
Bel avret corps, bellezour anima              Bel avait corps, plus belle âme.
Voldrent la veintre li Deo inimi,               Voulurent la vaincre les (de) Dieu ennemis,
Voldrent la faire diavle servir.[27]           Voulurent (le) diable servir.

L'enfant et les "parens", même souche latine

Et le "puer" latin est issu probablement du grec "paulos" ("πωλος"[28]) qui désigne le poulain ou jeune cheval, voire tout autre petit d'animal, et également la jeune fille ou jeune femme, et pour Eshyle un jeune garçon, sans toutefois assurer que le lien avec le mot grec "pais" ne soit clairement établi [29].

Cet enfant, le "puer" latin vient du verbe latin "parere" comme l'indique Doderlein [30]. Ce verbe, "parere" possède le sens [31] d'enfanter, accoucher, mettre bas, engendrer.
Ce verbe "parere" donne en latin le mot "parens [32]" désignant le père ou la mère, les grand père, l'aïeul, les parents, les proches.

Ludwig Döderlein présente les paradigmes de ce mot : enfant.
"Dans son acception générale, "puer" [33] l'homme dans ses années de dépendance, tant qu'il n'est ni ne peut être père de famille se divise en trois périodes :
       1 - A partir de la première année : Enfans ou enfant, en grec "népios" ("νηπιος"),
             ou "Paidion" ("παιδιον")
       2 - A partir de la septième année : "Puer" au sens restreint de jeune garçon,
              et "pais" ("παις") en Grec
       3 - "adolescens" [34] puis jeune homme ou en grec "méirakion" ("μειρακιον")
              ou "meirakiskè" ("μειρακιςκη" [35], la jeune fille), et "néanias" ("νεανιας"[36]).

Le "liber" latin a deux sens : "Affranchi de charge" et la "partie vivante de l'écorce"

Notons que le "liber" [37] latin possède deux sens, d'une part il désigne celui qui est de condition libre, enfant ou non, et par là affranchi de charges et d'autre part désigne un écrit composé de plusieurs feuilles. L'étymologie du mot "livre" vient de l'écorce d'arbre, premier matériau sur lequel on notait, puis désigne ensuite l'assignation de la tâche vouée à noter les dépenses au sens du mot "phero" grec.

Le "liber" latin, au sens de "l'affranchi de charge" se retrouve ainsi dans l'épitre de Paul aux romains [38] qui implore la libération le l'âme emprisonnée dans le corps.
       "Infelix ego homo: quis me liberavit de corpore mortis huiua."[39]
Ecrit depuis les mots grecs :
       "Ταλαιπωροσ εγω ανθρωποσ: τισ με ρυσεται [40] εκ του σωματοσ του θανατου τουτου"[41];
       "Malheureux homme que je suis ! Qui me délivrera de ce corps qui me voue à la mort?"[42]

Bien que concernant ici la mort, le sens du mot "liber" ("liberavit") prend ici tout son sens : l'évolution, séparation de l'écorce.
Cet intitulé est celui reprit par Jean Sébastien Bach dans sa cantate éponyme [43]
"Ich elender Mensch, wer wird mich erlösen"[44] reprenant ainsi, en partie, celui de sa cantate 21 où il décrit des rapports, voire a contrario les attachements entre âme et cœur.
Le "liber" latin est par là, l'enfant qui, libre, se libère de la contrainte du "puer" pour devenir un "adolescens", c'est à dire celui qui croît et ainsi se transforme.

Notons que le "Liber Pater" est un culte dont le nom chez les latins était rapproché d'un des surnoms de Dionysos, Lyaeos le libérateur[45] ou celui qui délie. On célébrait en son honneur les "libéralia".
Le "librarius" latin étant la tâche de celui à qui assignait le travail de copie: le "scriptor librarius".



Illustration 12 : Genève, Rue Tour de l'ïle 2010
Campagne pour la sécurité des enfants.

(09 mai 2010, 28 mars 2011, 11 nov, 13 nov,  30 décembre ; 13 janvier 2012, 17 mars, 19 mai, maj 14 octobre 2013 )


[1]        Dictionnaire Frédéric Godefroy, (Paris 1884), de l'Ancienne Langue Française Tome 3, (de E-Fild), Page 140 colonne I.

[2]        Dictionnaire "Etymologique de la langue Française, page 205, colonne II. Auguste Brachet, bibliothèque dd'Education. Hetzel rue Jacob, Paris. Neuvième edition.

[3]        Felix Gaffiot page 812 colonne I

[4]        Dictionnaire Jean Nicot le Thrésor de la langue Françoise (1606)

[5]        Dictionnaire etymologique de la langue Française, Baptiste de Roquefort. Paris Decourchant, 1829.  page 273, colonne II.

[6]        Anatole Bailly, page 2064, colonne I. "Phémi" signifie d'abord manifester sa pensée par des paroles, donner un avis, dire oui.

[7]        Félix Gaffiot page 678, colonne III

[8]        Les camarades de Saint augustin appelaient Saint Agustin le Grand Bœuf muet de Sicile. Jules Michelet, Histoire de France, tome III, Page 355. Bruxelles, Meline, Cans et compagnie , 1840

[9]        Confessions de SaintAugustin, 1.13

[10]       Dictionnaire etymologique Gille Ménage, page 531.

[11]       Source Dictionnaire de l'Académie

[12]       Dictionnaire Sanskrit page 188, colonne 1

[13]       Anatole Bailly, 1498, colonne II, père, les parents, souche, métropole.

[14]       Anatole Bailly, page 1326, colonne I.

[15]       Dictionnaire Chantraine, page 1100,  "τεκνον" voir "τικτω" (page 1118,  colonne I) Le mot "Teknon",  ("τεκνον") (Chantraine page 1118 colonne II) est moins usuel que "Pais" ("παις") et chez les tragiques il s'emploie surtout à propos de la mère. Des dérivées sont issus de "tokos" ("τοκος") , interêt.,  donnant le latin "tocillio" ,  "usurier", surtout le verbe dénominatif "tokidzô" ("τοκιζω"),  "prêter à interet". Le grec ancien "tiktô" ("τικτω") signife "mettre bas,  "pondre" (Chantraine page 1119 colonne I). On rapproche "Teknon" de termes germaniques signifiant vassal,  serviteur,  guerrier,  jeune homme".

[16]       Dictionnaire du vieux langage Français. François Lacombe. A Paris chez Panckoucke  1766. Page 179.

[17]       A l'assassinat d'Henri IV (14 mai 1610) c'est Marie de Médicis sa veuve et mère du futur roi Louis XIII qui assurera la régence de la France jusqu'en 1614.

[18]       Le parler Rouennais. Gérard Larchvêque. Le Pucheux 2007. Page 85

[19]       En Grec la toge prétexte est la "periporphuros" ("περιπορφυρος"). Le "porphureos" ("πορφυρεος") étant ce qui se soulève en bouillonnant, ce qui se colore, (Cf Anatole Bailly page 1608 colonne III), et désigne la couleur pourpre.

[20]       Dictionnaire classique sanscrit-français; Émile Louis Burnouf,François Etienne Leuloup De Cheray page 543 colonne II

[21]       Doderlein's Handbook of Latin Synonymes translated by Reverend H A Arnold , B.A. Anvover : Warren F Draper (traduction Anglaise) page 175: Issu du latin Parere, infinitif de "pario" enfenter, accoucher, mettre bas.

[22]       Le "liber" est l'enfant libre né dans la maison du maître, à l'opposé des "verna" ou "vernae" (les esclaves) qui donneront notre "vernaculaire".

[23]       The Child and Childhood in Folk Thought: The Child in Primative Culture. Par Alexander Francis Chamberlain. Bibliolife 2009; page 77

[24]       Ludwig Döderlein, Manuel de synonymie latine, page 209 puella : virgo

[25]       Grammaire latine de Par John William Donaldson page 103.

[26]       Félix Gaffiot page 65 colonne I

[27]       La France littéraire: morceaux choisis de littérature française ancienne. Par L. Herrig et G.F. Burguy. Brunsvic 1856. Page 26, Cantilène en l'honneur de Sainte Eulalie (IXe siècle ou Xe siècle)

[28]       Anatole Bailly page 1709, colonne III : "paulos" ("πωλος") Confère Latin Pullus, au gothique Fula apparenté au grec "païs" et à latin "puer"

[29]       "The Child and Childhood in Folk Thought". Alexander Francis Chamberlain, 2005. Page 77

[30]       Doderlein, dictionnaire de l'etymologie latine. Andover, Warren F. Draper. Boston Crosby & Nichols 1863. Traduction Américaine. Page 175. Puer : La source Parere du Puer latin n'est pas indiquée dans la Traduction en Français de l'ouvrage depuis l'allemand.(Librairie Perisse Paris 1865. Traduction Théophile Leclaire. page 210 : Puer)

[31]       Dictionnaire Gaffiot ibid page 1116 colonne II.

[32]       Dictionnaire Gaffiot ibid page 1115 colonne II

[33]       Ibidem. La traduction Américaine de l'ouvrage de Ludwig Döderlein précise que "puer" vient du latin "Parere" (engendrer) et du grec "παις".

[34]       Dictionnaire Latin Félix Gaffiot page 51 colonne II adolescens, voir page 65 colonne I "adulescens" participe présent de adolesco (adulesco) qui signifie "croître" "grandir", se developper et également ce qui se transforme en vapeur qui monte de l'autel

[35]       Anatole Bailly, page 1240 colonne III "μερακιον" (mekarion), jeune homme et "μειρακιςκη" (meirakiskè), la jeune fille

[36]       Bailly ibid, page 1315 colonne II νεανιας : jeune, qui concerne les jeunes gens

[37]       Au singulier "liber" désigne un enfant de condition libre (Dictionnaire Gaffiot page 905 colonne II) et est également (Dictionnaire Gaffiot page 905 colonne III) la partie vivante de l'écorce de l'arbre.

[38]       Epitre aux Romains VII 24 "Misérable que je suis ! Qui me délivrera du corps de cette mort ?..."

[39]       Titre repris par Hermann Hugo dans "Pia Desiderata emblematis illustrata" publié à Anvers en 1624 (page 332) cité par Pierre Legendre dans "La passion d'un autre, Etude pour la danse"; (Edition du Seuil 1978) page 203 gravure 8.

[40]       Le Grec "rusetai", ("ρυσεται") est l'aoriste du verbe grec "ruomaï" ("ρυομαι") qui signifie "retenir", "tirer d'un danger", "tirer à l'écart" (Dictionnaire Anatole Bailly page 1725 colonne II)

[41]       "The Kingdom Interlinear Translation of the Greek Scriptures". New York 1985. Page 696, "Toward Romans" (ΠΡΟΣΡΩΜΑΙΟΥΣ). Romans 7:23 8:5 ; Verse 24 : "Callus-bearing I man; who me will draw for self out of the body of the death this ? (Miserable man that I am! Who will rescue me from the body undergoing this death?)

[42]       Bible de Jérusalem (Edition du Cerf 1998) Desclée de Brouwer Paris 1999. Page 1958, Romains 7:24 Malheureux homme que je suis ! Qui me délivrera de ce corps qui me voue à la mort?

[43]       J.S.Bach Cantate BWV 48 "Ich elender Mensch, wer wird mich erlösen vom Leibe dieses Todes?"

[44]       Composée en 1723 et donnée, à l'époque, le 3 octobre pour le 20e Dimanche après la Pentecôte ou premier dimanche après la Saint Michel.

[45]       Dictionnaire de la mythologie Grecque et Romaine. Page 262 colonne I

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