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Mère

Etymologie de mère.

Vient du sanskrit "
meter" qui donnera "mutter" et "mother", et de l'indo Européen "Mater" dont nous aurons le "meter [1] " ("μητηρ"), signifiant "la mère" en grec puis en latin.

Pour Emile Benveniste[2] :
       "le terme Indo Européen '*Mater' est représenté par le Sanskrit 'matar-',
       par l'Avestique 'matar', Arménien 'mayr', grec 'meter' ('μητηρ'),
       vieil irlandais, 'mathir', vieux slave "mati",
       vieux-haut-allemand "muotar."

Notons que le Sanskrit "janaka" désigne, celui "qui produit", "qui engendre", et est le "père. Le Védique "gnâ" puis le Sanskrit "Janaki [3] "janana[4]" désigne la "mère"; qui donnera le grec "gunaïkos" ("γυναικος [5]"), de "gunè" ("γυνη"[6]) donné comme la racine "gyné [7]", la femme.

Pour le Dictionnaire des Racines des Langues Européennes [8], "mere" est la racine des mots grecs "meros", et de "moira" (qui signifie : "le sort", voir "Acte-agir") mais aussi des mots latins, "merere" (mériter) et "memoria" (la mémoire).         

Lui même venant de "meiromai" diviser en sections, diviser en lots, ce mot "Meiromai" ("Μειρομαι") est ce qui "est obtenu par la partage, ce qui est divisé, séparer [9] donnant au temps parfait "emmora" ("εμμορα") qui lui, désigne la possession ou l'avoir obtenu par le sort.

Meter ou metros ?

"Métropole est emprunté au XIIIe et XIVe siècles, au bas latin "metropolis", capitale d'une province (IVe siècle), ville d'un siège épiscopal (avant 420) et "métropolite" (VIe siècle).

Le latin de la "métropole" vient du mot grec "metropolis" signifiant littéralement "ville-mère", venant de "meter" ou du "metros-" grec de la même racine que le latin "mater", "mère" et de "polis" qui signifie non pas strictement la ville mais l'association de cités.
En effet (voir "ville") les Athéniens nommaient "Polis" la partie haute de la ville, par opposition au reste de la ville nommé "astu" [10] ("αστυ") qui désigne ainsi l'ensemble du bâti par opposition à la campagne.

Dictionnaire de l'académie :

"Mère : Femme qui a mis un enfant au monde. Bonne mère. mauvaise mère. elle est mere de tant d'enfans" [11]. On apelle figurement mère, une Religieuse professe. La mère Prieure. La mère Abesse.
Puis pour Emile Littré : Adjectif :(ne s'emploie qu'au féminin). XIVe siècle, "mere"

Emprunté du latin "merus", "pur".Qui est pure. N'est usité que dans les locutions "Mère goutte", liquide qui coule de la cuve ou du pressoir avant que l'on ait pressuré le raisin, et Mère laine, la laine la plus fine provenant d'une brebis.


"Gaea Mêter", ou Tellus Mater et Terra Mater…

En mythologie Védique, La Terre est Sita, personnifiant la terre cultivée et sa végétation,
Mythologie Ramayana[12](le geste de Rama) :
       "Fille de la Terre, Sıta, née d’un sillon rituel, tracé par son père
       le roi Janaka, épousa le roi divin Rama, puis fut enlevée
       par le raksasa Ravana.
       Liberée ensuite par Rama aidé d’Hanuman le général des singes,
       elle fut rejettée et enfin pardonnée après avoir subi l’épreuve
       "agniparıksa" la traversée du bucher; Sita fera ensuite
       appel à la Terre en lui demandant de l'engloutir dans
       ses entrailles si elle a été bien fidèle.
       Elle s'enfonce alors dans le sol et y disparaît".

Dans la mythologie Romaine, la déesse "Terra" se trouve être l'équivalent Grec de "
Gaia" ou "gé" (Γη[13])

Et "Tellus Mater" ou "Terra Mater" est la déesse qui sera associée à Éon, un dieu de la mythologie phénicienne adopté par les Romains, le dieu du temps qui sécoule et de la durée éternelle.
"Tellus" est la Déesse Romaine de la terre, équivalente de la Déesse
Gaia (ou Terra Mater) et directement liée à de la Déesse de la fertilité, Ceres.

Pour Cicéron [14] :
"De ea re scriptum est,                             (En ceci les écrits disent
postulationes                                             que des prières publiques
case Jovi, Saturno,                                    sont dues à Jupiter, à Saturne,
Neptuno, Telluri,                                      à Neptune, à Tellus
Diis coelstibus"                                         et aux autres divinités célestes")

En les faits on dit "Gé", (En Grec "Γη") ou encore "Tellus" ou "Terra"[15] .
Cette divinité, adorée chez tous les peuples de l'antiquité méditerranéenne est déjà personnifiée dans Homère, car, suivant ce poète, on lui sacrifiait des agneaux noirs et on l'invoquait dans les serments.

Dans Hésiode
[16] , Terra apparaît après le Chaos et met au monde le ciel (Uranus), puis les montagnes et Pontos. Les hymnes Homériques, au contraire, la nomment mère antique de toutes les choses et épouse du ciel.

Pour Diodore de Sicile[17] la déesse Déméter était la "terre mère" :
       "Καθολου γαρ υπο των αρχαιων ποιητων και μυθογραφων
       (Car en général, en effet, autrefois les poètes et les mythographes),
       την Δημητρανγην μητερα προσαγορεθεσθαι"[18]:
       (appelaient Déméter, Gé Méter)"
[19]

Dans le théâtre d'Eschyle, dans la pièce "les suppliantes" (Les chœurs vers 894 et suivants 
[20], elle porte le nom de "mère de Jupiter".       

       "Il bondit vers moi, le serpent à deux pieds.
       Comme une vipère, il me mord et me tient.
       Hélas ! hélas ! hélas !
       Terre mère, Terre mère, écarte l’effrayant hurleur,
       ô père, Zeus, fils de la Terre[21]"

Ces mêmes vers, traduits par Leconte de Lisle qui utilise, lui,l'expression "terre, ma mère", donnent une tout autre emphase à cette même supplique :

       "Voici que ce serpent à deux pieds est plein de rage près de moi,
       et veut me mordre comme une vipère.
       Ô Dieux ! ô Dieux ! Terre, ma mère !
       Terre, ma mère !
       détourne ces clameurs terribles.
       Ô Roi ! fils de Gaia, ô Zeus !"         

Selon les latins, de Tartare, la Terre donna naissance à la Douleur, au Deuil, l'Oubli, et la vengeance et donne naissance sous le nom de Tellus, (mais sans nom d'époux) à Achélois, Cécrops, la Renommée, Charybde, les Harpyles, etc…        
C'est à la déesse "Terre" qu'on s'adressait quand on invoquait les puissances magiques enfouies dans le sol, comme à Delphes. [22]         
Elle était au nombre des dieux gaméliens et avait un rapport intime avec Cybèle, Ceres et Vesta.    

Terra mater et Déméter :          

"D’une façon générale [23] , en effet, les poètes et les mythographes d’autrefois appelaient Déméter
  "Gé Méter"[24]
comme le repris Diodore de Sicile.
Terra Mater, Dè-Meter, est ainsi la bonne mère nourrice, si naturellement adorée de l'humanité reconnaissante.          
"Tout nait de la terre[25] , de la femme. Ainsi naquit la Grèce à la mamelle de Cérès, divinité antique, qui paraît peu dans les poètes, beaucoup dans la tradition et fut la vie du peuple même".

(29/07/2010, 24 juin 2011, maj 28 janv 2015)

[1]          Anatole Bailly page 1279, colonne I.

[2]          Émile Benveniste Vocabulaire Européen volume I page 212.

[3]       Dictionnaire classique sanscrit-français de Émile Louis Burnouf,François Etienne Leuloup De Cheray.
            Paris Maisonneuve 1866. Page 259 colonne I.

[4]        Dictionnaire Sankrit français N Stchoupak, L. Nitti et L. Renou. Paris Afrien Maisonneuve 1959.Pge 258 colonne I

[5]        Dictionnaire Bailly page 423, colonne I

[6]        Ibid, Dictionnaire Bailly page 423, colonne I : "γυνη" ("guné") la femme par opposition à l'homme, sans considération
             d'âge ni de condition, mariée ou non.

[7]        La science du language de Max Muller. Cours professé en 1863. Paris Durand et Pedone Laureil 1867. Page 277.

[8]          R. Grandsaignes d'Hautrive, Dictionnaire des racines de langues européennes, Larousse, p. 194, 1948.

[9]          Anatole Bailly page 1240, colonne III.

[10]      Astu Anatole Bailly page 293, colonne III: La ville, en parlant d'Athène par opposition à la campagne,ou la ville haute où se
            trouve la citadelle par opposition au Pirée.

[11]      Dictionnaire de l'Académie Françoise. Bossange et Masson 1814, Tome secong L-Z Page 95, colonne II.

[12]        Légendes Indoue remontant au -20e siècle, écrites en Sanskrit, quelques siècles avant notre ère, (-300?)et selon certaines
             sources seraient contemporaines d'Homère.

[13]      Le grec "γη" (Gé) est lieu même issu dusankrit gam et du védique gam la terre. (Dictionnaire classique sanscrit-français,
             Par Émile Louis Burnouf,François Etienne Leuloup De Cheray page 212 colonneI)

[14]        Oraisons de Cicéron (Marcus Tullius Cicero). Discours sur les réponses des Aruspices. Paris Edition Panckoucke 1832
             Tome IX, page 97, traduction de Gueroult (Jeune), J N M De Guerle et Ch Du Bozoir

[15]        Dictionnaire Mythologique universel du Docteur E Jacobi, traduit par Th Bernard. Firmion Didot Imprimeurs de l'Institut.
             Paris 1854 page 467, colonne 1

[16]        Hésiodeou Ησίοδος, poète et aède grec vers -700 ,(en latin Hesiodus)

[17]        Diodore de Sicile - Historien grec, comtemporain de César, né à Agyrion en Sicile romaine. Mort vers -20.

[18]        Diodori Siculi (Diodore de Sicile), Bibliothecae historicae.Tome 1 page 372. Leipzig (Lipsiae) 1829

[19]        Terre Mère : "γη μητερ" (Gè Meter)

[20]        Pièce de théâtre d'Eschyle Les Suppliantes (Іκέτιδες ou Hikétides)réprésentée sous Archédémidès archonte d'Athènes
             en -464. Nota Les Suppliantes est également une tragédie grecque d'Euripide, sur la guerre des sept chefset représentée
             en - 428.

[21]        Eschyle, "Les Suppliantes". Traduction Émile Chambry

[22]        ibid, Dictionnaire Mythologique universelcolonne II.

[23]        A history of women in the West: From ancient goddesses to Christian saints.Par Georges Duby,Pauline Schmitt Pantel,
             Michelle Perrot. page 28. Harvard university paper back edition 1994

[24]        Terre Mère : "γημητερ" (Gè Meter)

[25]        La Bible de l'humanité, Jules Michelet. Editeur,F Chamerot Paris 1864. Page 138

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