Comment les territoires colonisés obtiennent leur indépendance et s'affirment sur la scène internationale ?
La seconde moitié du XXème siècle : un contexte favorable à la décolonisation
1) Une société européenne toujours colonialiste
Le bassin du « village sénégalais », Exposition universelle de Liège, carte postale, héliotypie, 1905.
Affiche pour l'exposition coloniale de Paris en 1906.
La petite tonkinoise, version femme, est une chanson coloniale qui date de 1906. Elle a été reprise avec succès par Joséphine Baker en 1930. Elle traite d'une relation amoureuse, chargée de stéréotypes, entre un colon et une femme indigène issue d'Indochine ("Tonkinoise, Annamite"), colonie française depuis la seconde moitié du XIXème siècle. Il existe une version masculine moins "douce".
C'est moi qui suis sa petite
Son Anana, son Anana, son Anammite
Je suis vive, je suis charmante
Comme un p'tit z'oiseau qui chante
Il m'appelle sa p'tite bourgeoise
Sa Tonkiki, sa Tonkiki, sa Tonkinoise
D'autres lui font les doux yeux
Mais c'est moi qu'il aime le mieux
L'soir on cause d'un tas d'choses
Avant de se mettre au pieu
J'apprends la géographie
D'la Chineet d'la Mandchourie
Les frontières, les rivières
Le Fleuve Jaune et le Fleuve Bleu
Y a même l'Amour c'est curieux
Qu'arrose l'Empire du Milieu
Question : Que montre ces documents sur l'image des Européens sur les indigènes et sur le discours colonial ?
Réponse :
Le discours colonial est ce qui justifie la colonisation (cf. cours de quatrième). Dans ces documents, l'indigène est présenté comme un "bon sauvage" qui doit nécessairement être civilisé par l'homme blanc occidental. La femme indigène, qui paraît exotique et inculte face à son propre pays, est même érotisée par sa nudité (Joséphine a repris à son avantage ces stéréotypes dans le spectacle musical appelé la Revue nègre, notamment avec sa fameuse ceinture de bananes). Les stéréotypes racistes sont nombreux et justifient la présence européenne dans les colonies.
2) La puissance des métropoles remise en cause
A gauche : La France apporte la civilisation au monde. L'image est expliquée sur cette page : clique ici.
A droite : Hitler visite Paris en 1940 après avoir vaincu la France.
Question : Ces deux images témoignent d'un paradoxe qui a été soulevé par les peuples colonisés. Lequel ?
Réponse :
La France, comme d'autres puissances européennes, prétextait, depuis le XIXème siècle, avoir une mission civilisatrice. Sa culture, ses valeurs, sa technologie, son mode de vie, qu'elle revendiquait comme supérieurs, constituaient les justifications de sa politique coloniale. Or, la Seconde guerre mondiale a définitivement démontré que ces puissances coloniales n'avait rien de supérieur : elles se sont fait la guerre, provoquant des génocides, d'immenses destructions, et la diffusion d'idéologies comme le nazisme ; de plus certaines, comme la France ou la Belgique ont été rapidement vaincues.
3) Un contexte international anti-colonialiste
Ce que pense les Etats-Unis de la colonisation
« Nous n’avons pas oublié que nous fûmes la première colonie à arracher l’indépendance. Notre conviction est que la transition du statut colonial à l’indépendance doit être menée à une complète réalisation »
J.-F. Dulles, secrétaire d’Etat des Etats-Unis, 18 novembre 1953
Ce que pense l’URSS de la colonisation
« L’URSS est le seul vrai défenseur de la liberté et de l’indépendance de toutes les nations ».
A. Jdanov, Rapport sur la situation internationale, septembre 1947.
Ce que pense l’ONU de la colonisation
« Les Etats membres de l’Organisation doivent reconnaître et favoriser la réalisation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Résolution de l’ONU, 16 décembre 1952.
Question : Que pensent l'ONU et les deux Grands de la colonisation ? Comment justifient-ils leur position ?
Réponse :
Malgré leur différences idéologiques, les deux Grands sont opposés à la colonisation. Comme ils revendiquent tout les deux d'être dans le camp de la démocratie et de la liberté, ils réclament l'indépendance des peuples colonisés. L'ONU, au nom du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes (droit à l'autodétermination) réclame aussi la décolonisation.
Les décolonisation sont donc permises par un nouveau contexte : les puissances coloniales européennes ont été dépassées par de nouvelles puissances, les deux Grands, qui poussent à l'indépendance des colonies. Les idéologies de la guerre froide pour à l'émancipation des peuples, alors même que ces peuples sont envisagés de façon égalitaire lors de la création de l'ONU.
Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ou droit à l'autodétermination : c'est le droit, issu de la Révolution française et de l'essor des nationalisme de la première moitié du XIXème siècle, pour un peuple de choisir son régime politique et son souverain sans être soumis à une influence étrangère.
L'exemple d'une indépendance : l'Inde
1) Une colonie britannique
Lithographie colorée datant de 1911.
Le document commémore le durbar de 1911, c'est-à-dire une cérémonie qui célèbre le couronnement de l'empereur des Indes. Or, depuis 1876, c'est le titre du souverain britannique. On observe ainsi, sur l'image le roi Georges V et son épouse, la reine Mary, trônant sous un dais au milieu des princes indiens et des grands dignitaires coloniaux, ainsi que l'Union Jack, le drapeau britannique.
Néanmoins, la domination coloniale est remise en cause, politiquement depuis, au moins, le début du siècle. Le mouvement pour l'indépendance est notamment incarné par Ghandi.
2) La lutte pour l'indépendance : l'exemple de Gandhi
Deux photographies de Gandhi.
La première date de 1906 quand il était avocat en Afrique du Sud (une colonie britannique) après avoir fait ses études de droit en Angleterre. Il porte un costume européen.
La seconde date de 1942. Il porte un costume traditionnel indien. cela marque une rupture : il revendique un vêtement local en abandonnant le costume qui symbolise la marque du colonialisme.
Question : Qui est Gandhi et comment a-t-il contribué à l'indépendance de l'Inde ?
Réponse :
Ghandi (1869-1948) est un indien qui est devenu avocat. Il défend rapidement les Indiens victimes de discriminations de la part des Blancs. En Inde, entre dans le Parti du Congrès et en devient l'un des leaders. C'est un parti qui revendique plus d'indépendance pour l'Inde.
Il est connu pour avoir forgé la doctrine de la non-violence afin de contester la domination coloniale. Il préconise la désobéissance civile passive et collective, notamment à travers des opérations de boycott, des manifestations pacifiques ou la grève des impôts. Ainsi, en 1930, il lance la "marche du sel" : il marche sur plus de plus de 300 km vers l'océan : il ramasse un peu de sel ; le geste est symbolique car il montre que l'impôt sur le sel demandé par les Britanniques et l'interdiction d'en récolter eux-mêmes est profondément injuste. Les Indiens se mettent alors à récolter le sel, malgré l'interdiction. Il est plusieurs fois emprisonné pour ses positions.
La Seconde Guerre mondiale marque un tournant : les britanniques promettent aux Indiens un statut plus indépendant, celui de dominion, après la victoire, ce qui avait déjà été envisagé dès 1930. Cependant, le mouvement indépendantiste se radicalise et pour Gandhi et ses compagnons, comme Jawaharlal Nehru, l'heure n'est plus aux compromis : il lance le mot d'ordre "Quit India !" (Quittez l'Inde !) qui demande à la population de mettre en œuvre la désobéissance civile non violente.
A la fin de la guerre, les Britanniques se rendent à l'évidence : ils ne peuvent plus garder l'Inde comme colonie.
3) L'indépendance (1947)
Carte des Etats indiens en 1947
(Manuel, dir. M. Ivernel et B. Villeagne, Hatier HG - Troisième, 2016)
Question : Comment semble se dérouler l'indépendance de l'Inde ? Quelle sont les conséquences de l'indépendance de la colonie ?
Réponse :
Après la guerre, des négociations s'ouvrent pour discuter du processus de décolonisation. Si les Britanniques, représentés par Lord Mountbatten, ne remettent pas en cause l'indépendance, deux camps indiens s'opposent pour décider de l'avenir du pays.
Le Parti du Congrès, dirigé par Nehru et Gandhi, réclame une Inde indépendante unie.
La Ligue musulmane, dirigée par Mohammed Ali Jinnah, réclame une partition du pays entre un Etat musulman et un autre hindou. En effet, Jinnah pense que les musulmans ne pourront jamais vivre en paix avec les hindous en tant que minorité.
Après six mois de négociations Lord Mountbatten accepte la partition de la colonie en deux nouveaux Etats, selon les vœux de la ligue musulmane. L'indépendance est proclamée le 15 août 1947.
L'Union indienne (actuelle Inde) dirigée par Nehru.
Le Pakistan, représenté par deux territoires à l'ouest (actuel Pakistan) et à l'est (actuel Bengladesh).
Cette partition entraîne de nombreuses violences communautaires et religieuses entre hindous et musulmans. Tout d'abord, des musulmans fuient l'Inde pour le Pakistan et des hindous fuient le Pakistan pour l'Inde. Ainsi, plus de 17 millions de personnes sont déplacées. Cela entraîne un déchaînement de violences (massacres, viols, mutilations...) entre les deux communautés : il y aurait eu entre 400 000 et un million de morts uniquement pendant l'été 1947.
L'émergence du tiers-monde
1) Les non-alignés
Ce dessin de presse, intitulé le non-alignement, a été publié par Plantu en 1978.
L'Inde amorce un mouvement de décolonisation qui débute en Asie pour ensuite, dès la deuxième moitié des années 1950, s'étendre à l'Afrique.
Question : Dès les premières années des décolonisations, un problème se pose. En t'aidant du dessin de Plantu ci-contre, énonce lequel.
Réponse :
Depuis 1947, le monde devient bipolaire (cours ici). Les deux grands, l'URSS et les Etats-Unis, dominent la planète par le idéologie et leur puissance. Les nouveaux Etats, qui viennent d'acquérir leur indépendance après des décolonisations parfois très violentes, sont alors confronté à un choix : entrer dans le bloc occidental ou le bloc soviétique. Si ces Etats ont lutté pour leur indépendance face aux métropoles européennes, ce n'est pas pour tomber dans la domination d'autres puissances. Est-ce donc la seule alternative ?
Ce refus d'intégrer un bloc, qui les plongerait dans une nouvelle domination, trouve ses origines lors de la conférence de Bandoeng (1955).
Un discours lors de la conférence de Bandoeng en Indonésie (1955)
« Nous sommes résolus à n’être d’aucune façon dominé par aucun pays, par aucun continent. Nous sommes de grands pays du monde et voulons vivre libres sans recevoir d’ordre de personne. Nous attachons de l’importance à l’amitié des grandes puissances, mais à l’avenir, nous ne coopérons avec elles que sur un pied d’égalité. C’est pourquoi nous élevons notre voix contre l’hégémonie et le colonialisme dont beaucoup d’entre nous ont souffert pendant longtemps. Et c’est pourquoi nous devons veiller à ce qu’aucune forme de domination ne nous menace. Nous voulons être amis avec l’Ouest, avec l’Est, avec tout le monde. »
Extrait du discours de clôture de la conférence afro-asiatique de Bandoeng, prononcé en avril 1955 par Nehru.
Un discours lors de la conférence de Belgrade, en Yougoslavie (1961)
« Les pays non-alignés représentés à cette conférence considèrent que l’extension de la sphère de non-engagement dans le monde représente la seule possibilité et le choix indispensable face à l’orientation vers la division totale du monde en blocs et l’aggravation de la politique de la guerre froide.
Les pays non-alignés offrent encouragement et appui à tous les peuples qui luttent pour leur indépendance et leur égalité.
Les participants à la conférence estiment que le désarmement est une nécessité impérative et une tâche très urgente pour l’humanité. Ils estiment essentiel qu’un accord sur l’interdiction de tous essais nucléaires soit conclu d’urgence. »
Première conférence des chefs d’Etat ou de gouvernement des pays non-alignés, Belgrade, 1er au 6 septembre 1961.
Question : Que revendiquent les nouveaux Etats ?
Réponse :
Le mouvement des non-alignés a été fondé lors de la conférence de Belgrade (1961), dans la continuité des revendications de la conférence de Bandoeng (1955). Les pays non-alignés ne souhaitent pas intégrer la logique bipolaire imposée par les deux Grands pendant la Guerre froide. Ils revendiquent une égalité devant les deux superpuissances. A Belgrade, les nouveaux Etats vont plus loin : ils s'opposent à la course à l'armement nucléaire engagée par l'URSS et les Etats-Unis.
Cette troisième voie est aussi incarnée par le "tiers-monde". Influencé par l'expression "tiers-état" (ordre inférieur à la noblesse et au clergé sous l'Ancien régime), le tiers-monde représente les pays souvent décolonisé mais pauvres. Le monde reste donc bipolaire mais les deux blocs n'englobent pas tous les pays du monde. Ainsi, si les nouveaux Etats se sont appuyés sur les idéologies de la Guerre Froide pour revendiquer leur indépendance face aux puissances coloniales, ils tentent de ne pas intégrer l'un des blocs afin de ne pas se soumettre, de nouveau, à une puissance étrangère.
2) De nouveaux Etats vraiment indépendant ? L'exemple de l'Egypte de Nasser
Nasser acclamé par la foule après l'annonce de la nationalisation du Canal de Suez en 1956.
L'Egypte de Nasser est l'un des leader du mouvement des non-alignés. Son indépendance face aux puissances européennes est notamment marquée en 1956 par la nationalisation du Canal de Suez, qui était dominé par les Britanniques et les Français. C'est un passage stratégique fondamental dans le commerce mondial et l'Egypte souhaite le contrôler. Ces pays attaquent l'Egypte, avec Israël, pour renverser Nasser : c'est la crise de Suez. Mais si l'attaque est un succès, elle est dénoncée par les deux grands. Sans soutien, Nasser en ressort triomphant.
Cependant, le non-alignement de l'Egypte est à nuancée. Même si Nasser multiplie les gestes de l'indépendance, comme en participant à la conférence de Bandoeng, il accepte un accord secret avec l'URSS (1955) pour mieux armer l'armée égyptienne.
Synthèses du cours
Le vocabulaire du cours
Une colonie : Territoire conquis, occupé et administré par une puissance coloniale appelée métropole. Une colonie de peuplement est un territoire qui a vécu une immigration importante d'habitants venus de la métropole.
La décolonisation : Processus d'indépendance des colonies.
Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ou droit à l'autodétermination : c'est le droit, issu de la Révolution française et de l'essor des nationalisme de la première moitié du XIXème siècle, pour un peuple de choisir son régime politique et son souverain sans être soumis à une influence étrangère.
Le mouvement des non-alignés : Organisation, créé en 1961 à Belgrade, regroupant des pays qui refusent d'intégrer l'un des deux blocs.
Les pieds-noirs : Nom donné aux Français vivant en Algérie.
Une puissance coloniale : Pays, aussi appelé métropole, possédant des colonies.
Le tiers-monde : Nom donné à l'ensemble des pays pauvres, souvent issus de la décolonisation.
Fiche de révision du cours : les objectifs pour l'évaluation
Pour réviser !
Pour aller plus loin !
Ce documentaire, co-écrit par Benjamin Stora, traite de la Guerre d'Algérie.
Attention, les images peuvent choquer.
L'Algérie est une ancienne colonie de peuplement qui est découpée en plusieurs départements français. D’importantes inégalités existent entre les Européens d’Algérie et les Algériens qui sont huit fois plus nombreux. Les Européens ont par exemple plus de droits politiques et possèdent plus de terres agricoles.
C’est après une série d’attentats en 1954, dits de la Toussaint rouge, que le Front de libération national (FLN), qui réclame l’indépendance, déclenche la Guerre d’Algérie (1954-1962). La lutte est d’une extrême violence entre les massacres d’Européens perpétués par le FLN et la torture utilisée par l’armée française. La communauté internationale dénonce alors la colonisation française.
La IVème République est impuissante et le général de Gaulle est appelé au pouvoir en 1958 pour régler la crise. Il met en place la Vème République et un plan de développement de l’Algérie. Parallèlement, il permet aux Algériens de se prononcer sur leur autodétermination. Cette politique choque les partisans de l'Algérie française ; les plus radicaux forment l‘Organisation armée secrète (OAS) qui provoque des attentats en France. De Gaule conclue néanmoins avec le gouvernement provisoire algérien les accords d’Evian qui mettent fin à la guerre en 1962.
L’indépendance entraine un exode massif des Européens d’Algérie, dit « pieds-noirs » vers la métropole.
Une petite vidéo qui résume la guerre d'Algérie à travers les accords d'Evian qui mettent fin à huit ans de guerre.