Les deux guerres mondiales à MOUZON (Ardennes)
contées par Louis Lanotte
1914/1918
Louis Lanotte, est né le 15 octobre 1899 à Mouzon (Ardennes).
D'une famille de sept enfants. En 1914, il ne restait que cinq enfants, l'aîné des fils à cette date était soldat au 120ème Régiment d'Infanterie à Stenay (Meuse), au mois d'août 1914, il fut tué au passage de la Meuse à Cesse. Le mois d'après, ce fut son père Alexis, civil, qui fut tué à Mouzon.
Le 207e Régiment d'Infanterie de réserve mobilisé à Cahors se constitue de 2 bataillons : le 5e et le 6e. Débarqué début août 1914 à Valmy, il s'installe à Beaumont, Mouzon, Tétaigne. Le 22 août, le 5e bataillon reste à Mouzon alors que le 6e Bataillon part pour Ste Cécile (Belgique) et marche sur Bertrix où il y reçoit le baptême du feu. le 23 août, le 207e au complet occupe la rive gauche de la Chiers qu'il met en état de défense (Remilly). Le 26, il se dirige vers Haraucourt. Le 27 il se porte sur Raucourt. Le 28, il reçoit l'ordre de la défendre et de retraiter par Artaise et Vivier. (extrait du JMO)
Après avoir évoluer pendant toute la journée du 25 août 1914 sur les hauteurs de la rive droite de la Meuse, pour couvrir la retraite de la 4ème Armée, le 20ème Régiment d’Infanterie franchit à son tour la Meuse à Mouzon dans la matinée du 26 mêlé au triste exode des habitants que l’invasion chasse de leur foyer. (extrait du JMO du 20ème RI)
Le contexte
Extraits du récit du lieutenant Charles Rungs commandant la 11ème Compagnie du 78ème RI.
Après les combats de Carignan, ordre est donné de se retirer derrière la Meuse à Yoncq.
"24 août 1914 : En route sur Mouzon. La nuit est noire, en face de nous beaucoup de télégraphie optique. La route est en plaine. Très fatigués, harassés par le sommeil, torturés par la faim (nous avions pu boire en traversant Carignan) nous marchions très mal. Le Lieutenant Colonel dût se fâcher pour maintenir l’ordre !... Le 300e faisait peine : on dut à la première pause le faire passer en queue. C’est à cette pause que nous rencontrâmes le Génie chargé de faire sauter les ponts. Il réussit cette besogne, mais vers trois heures, heureusement que se croyant battus les Allemands ne nous avaient pas poursuivis... Dans les environs de deux heures nous sommes au carrefour des routes de Mouzon, Carignan et de Stenay, Douzy. Les voitures de tout le 78ème régiment étaient là (Les deux autres bataillons s’étaient repliés sur Olizy sur Chiers)... La soupe, le café furent engloutis. Quant à moi, je me suis allongé dans la luzerne humide sans demander mon reste. Qui dort dîne, et j’ai dormi jusque vers sept heures... Bien entendu, nous n’entendions aucun bruit. Même le canon se taisait. Les aéroplanes planaient au dessus de nous. Nous ne tirions plus dessus. Ils se maintenaient toujours à plus de 2 000 mètres, profitant de la clarté des cieux pour bien nous voir en se maintenant hors de portée. Les canons seuls pouvaient les atteindre, ils ne s’en faisaient pas faute, lorsque l’occasion se présentait et qu’il n’y avait aucun danger pour nos troupes... Et nous nous sommes engagés sous la voûte [Porte de Bourgogne] qui conduit à Mouzon. Un gros désordre régnait à Mouzon. Les voitures encombraient la rue principale, voitures civiles et militaires ; l’artillerie lourde arrêtée nous obligeait à marcher par deux... Les gens en larmes nous regardaient passer. Il y avait des pleurs dans tous les yeux. Il y avait de quoi, sans avoir été battus, sans avoir été entamés, nous obéissions à un ordre... Comment expliquer cela à des hommes qui ne comprennent que la réalité ? Il fallait cependant mettre de l’espérance dans leur cœur, leur parler des besoins de la tactique, de la manœuvre ; il fallait mentir, dire que l’on passait en deuxième ligne... Et mes braves soldats m’écoutaient. Ne les avais-je pas chaque jour entretenu de ce qui se passait ? Ils m’ont toujours cru, et j’étais si fier d’avoir leur confiance. Mais une fois sorti de Mouzon, il fallut déchanter. Il était dix heures. Une fusillade terrible avait lieu vers Mouzon. Des batteries étaient en position partout. Celles-là ne tiraient pas... L’État-Major du corps d’armée, d’abord à Mouzon, fit préparer son cantonnement à Yoncq. Le XVIIe corps avait également des troupes au nord du village, notre deuxième division était au sud de ce village, deux régiments d’artillerie lourde avaient pris position : un dans le ravin au sud de 307 surveillant la direction Mouzon-Douzy ; l’autre plus au sud-est surveillant Malandry-Olizy. Toutes les crêtes étaient solidement occupées, on voyait de l’artillerie partout...Jusqu’à une heure, tout alla bien, mais l’artillerie commença à rouler, elle fut suivie de fantassins, les uns allaient vers Mouzon, d’autres remontaient à l’ouest. N’y tenant plus, je me suis levé pour avoir des renseignements, puisque nous n’avions pas d’ordres. Je me heurte d’abord à du 138e qui va vers Mouzon. Puis à du 11e et du 20e ; ce qui reste de cette brigade... Ils ne savent où aller. Puis encore de l’artillerie. A trois heures (du matin) je mets la compagnie sur pied, et nous attendons la suite à venir... Puis le 63e est porté sur Yonck. L’artillerie lourde tonne furieusement. De grands nuages de fumée obscurcissent l’horizon. Je regarde la carte : Mouzon, Amblimont, Brévilly brûlent. C’est donc que les envahisseurs sont repoussés, qu’ils transforment déjà le terrain en désert. Bientôt je distingue, en gagnant une crête, les obus allemands qui couvrent nos lignes qui sont abritées. Notre artillerie donne de partout".
Les jours suivants le 73ème et 63ème RI se batteront dans la forêt de Raucourt-Autrecourt comme précise ce texte de JMO: Le 12 août 1914, baptême du feu pour le 78e RI dans la région de Neufchâteau en Belgique. Sur ordre il amorce un retrait général. Le 24 août, le régiment occupe le secteur Charbeaux à la cote 280 et renforce ses positions. Dans l'après-midi, il perd momentanément son 3e bataillon mis en réserve du 12e CA au Mont-Tilleul. Le 1er et le 2ème bataillon sont sous le tir de l'artillerie ennemie. Le 25 août à 2 heures, il a ordre de se replier vers Linay-Malandry-Inor-Mouzon. Il prend position à la lisère des bois du Flavier, de la ferme Sénéchal et de la nationale. Le 26 août, il franchit la Meuse sur un pont installé par le génie à la ferme de l'Alma. A 9 heures le 1er bataillon est à Beaumont et le 2ème est aux avant-postes des bois de Failly à Létanne. Le régiment au complet organise défensivement la position : cote 241-Létanne, des travaux importants sont exécutés avec l'aide du génie. Après de nombreux déplacements, l'ordre est d'attaquer le 28 août pour nettoyer les abords des Bois Gerfaux et d'Autrecourt, puis vers la ferme Chamblage. Des engagements à la baïonnette tentent de réduire l'ennemi qui est solidement soutenu par ses mitrailleuses. Le régiment est hors d'état de prolonger ses efforts mais il a arrêté la progression de l'ennemi pendant plus de 8 heures.
Lanotte, 15 ans en 1914, témoigne :
Nous habitions à trente mètres de la Porte de Bourgogne. Au passage de la Porte, nous avions rencontré un soldat français ramenant un prisonnier allemand capturé près de Carignan. Ce prisonnier avait l'air d'un paysan tranquille. Soudain un Mouzonnais (qui se révélera par la suite farouche collaborateur) s'est précipité sur cet homme et l'a tellement brutalisé qu'il s'est mis à pleurer. Ce sont les gendarmes qui ont mis fin à cette scène honteuse.
En août 1914, à l'arrivée des Allemands, beaucoup de personnes avaient quitté Mouzon. Nous, nous attendions, mais quoi ? Des ordres sans doute, mais nul n'en donnait. Finalement, nous avons pris la route, ma mère, mon frère et moi. Quand à mon père il était resté à la maison, caché derrière les persiennes dans une chambre du premier étage. Il a assisté à l'arrivée de l'infanterie allemande, mais s'est fait voir. Des coups de feu ont été tirés dans sa direction (les trous faits par les balles sont encore visibles actuellement - 1973). Mon père n'a pas été touché, on l'a rassemblé avec d'autres habitants.
Le 27 août, le pont de la Meuse (ou des capucins) avait sauté. L’Armée française contrainte au repli vers Autrecourt et Raucourt, avait laissé un élément retardateur d'une centaine d'hommes qui avait tenu par le feu toute la matinée les berges de la rivière. Il fut impossible à l'Armée allemande, tenant la ville, d'avancer. Les soldats allemands hésitaient à cause du feu nourri. Un commandant à cheval leur distribuait des coups de cravache. C’est alors qu'il fit placer les civils comme bouclier. Monsieur Saillard fut tué au bout de la rue de la Porte de France près de l'école de filles. Parmi les ennemis morts, le commandant et d'autres officiers furent enterrés dans le jardin public situé derrière la mairie (aujourd'hui disparue). Côté français, le capitaine de l'Estoile commandant la compagnie retardatrice, son ordonnance qui voulait le relever et un autre soldat, tombèrent victimes de balles tirées depuis le jardin Sommer (qui, en ce temps-là n'était pas encore entouré de murs). Le capitaine fut d'abord enterré dans le fossé des capucins, puis ensuite, dans le jardin de l'Hospice.
Les Allemands, mieux armés, auraient ensuite mis en batterie leurs mitrailleuses devant la gare et dans les jardins de l'abattoir. Ce fut une rude bataille. Pendant qu'à Yoncq, le 147ème d'Infanterie de Sedan chargeait à la baïonnette, à Mouzon on ramassait les morts, et ils étaient nombreux… C’est alors que les Français ont du se replier.
L'Occupation allemande
La Landsturm, de Leipzig, occupe Mouzon pendant plus de trois semaines. Ces mobilisés âgés de 38 à 45 ans sont peu martiaux et même compatissants sur la désolation laissée par les combats de ceux qui les ont précédés. C'est à Ste Cécile, en Belgique, que la 4ème compagnie reçoit la mission de prendre en charge la sécurité de l'étape de Mouzon. Après une journée de marche avec l'ensemble du Bataillon, une halte est prévue à Carignan et la compagnie loge dans des écoles et des fermes. Le lendemain, très tôt, elle poursuit sa marche et constate avec grand intérêt les tranchées laissées par l'armée française de part et d'autres de la route. Le bataillon poursuit sa marche plus avant et laisse la compagnie devant la Porte de Bourgogne. Déjà la 4ème compagnie s'organise, place ses sentinelles alors que d'autres cherchent un hébergement. Il y a du travail à profusion, les dégâts dûs aux combats du 28 août à Mouzon et dans les communes d'Autrecourt, de Raucourt, de Yoncq et de Beaumont sont à nettoyer. La récupération du matériel, des équipements, d'armes et de munitions leur est dévolue tous les jours. L'abbatiale sert de dépôt dans lequel le tout est nettoyé et classé pour un transfert. Les chevaux rescapés de la bataille sont récupérés et remis à l'inspection d'étape. Les morts laissés depuis près de quatre semaines à même le champ de bataille sont regroupés à Mouzon où une cérémonie religieuse leur est rendue, puis ils seront enterrés dignement. De nombreuses lettres sont envoyées en Allemagne pour informer les familles. La compagnie se charge également des prisonniers français dans l'attente d'un transfert.
Pendant ce temps, les trains en gare de Mouzon arrivent avec leurs lots de munitions et de vivres que la compagnie décharge et stocke afin d'alimenter le front. Un service de distribution de nourriture et de boissons est également dressé en gare pour alimenter les convois de blessés et de malades de notre armée.
Un incident majeur rompt la monotonie. Un coup de feu destiné à une sentinelle, des signaux lumineux et des coups de sifflets font intervenir la compagnie qui perquisitionne la maison du maire, monsieur Ollivet. Le lendemain matin la ville est encerclée par la troupe, elle arrête les hommes et les enferme à l'hôtel de ville toute la journée et la nuit. Le maire négocie leur libération et se porte garant qu'ils ne quitteront pas la ville sans autorisation de la Kommandantur. Ce après quoi l'incident est clos. (Extrait du journal n°4 "der Landsturm" édité à Vouziers Ardennes).
En 1916 à Mouzon plusieurs ordres de la kommandantur locale obligent la population à faire vacciner les enfants de moins de 16 ans, mais aussi les hommes. Ces campagnes de vaccination surtout contre le typhus, doivent être répétées tous les 6 mois. Les occupants sont également très soucieux de l'hygiène. La propreté des rues est une préoccupation constante chez eux. Les civils occupés subissent donc les conséquences de la domination militaire allemande et de la germanisation du territoire : privation de liberté, travail forcé, pénuries alimentaires et manque de vêtements. (D'après : "La France occupée 1914/1918" de Philippe Nivet)
Lanotte poursuit son récit : Refugés à Cauroy, nous sommes rentrés aussitôt à pied à Mouzon. Ma mère, mon frère René âgé de 14 ans et moi, 15ans, nous restâmes avec les Allemands jusqu'au mois de mai 1915. Tandis que ma sœur Berthe résidait à Stenay et ma sœur Angèle en France libre.
Mai 1915 : nous fûmes désignés ainsi que tous les invalides de Mouzon pour être évacués en France libre. Un rassemblement eut lieu en gare où nous reçûmes la visite du Kronprinz. Je l'entends encore nous dire en bon français : " Nous ne forçons personne à partir. Que ceux qui veulent rester le fassent." Le maire, monsieur Albert Ollivet, agissant dans notre intérêt, refusa la proposition pour nous éviter de souffrir du manque de travail et de ravitaillement. Ce Kronprinz n'était pas habillé comme les officiers allemands, il portait des brodequins, des leggins en cuir, un képi et une canne. Les deux généraux qui l'accompagnaient avaient des grandes capotes gris-souris et des casques à pointe, ils étaient raides comme des piquets et se tenaient derrière lui, sans un mot.
Ma vie de soldat
Début 1918, j'étais appelé à effectuer mon service militaire à Annecy au 17ème Régiment d'Infanterie, mais pas pour longtemps. Environ un mois après, mes camarades et moi cantonnions au Camp de VALRAS, pas pour longtemps non plus, puisque nous sommes montés à l'arrière du front. Ce n'était pas de la rigolade, tous les engins de guerre du moment nous passèrent dans les mains. La nuit, souvent, nous allions creuser des tranchées. Plusieurs fois j'ai posé ma candidature pour monter en ligne comme volontaire. Je voulais rejoindre l'un de mes camarades de Mouzon qui était au " Mont Kemmel". Mais rien n'y fit, si bien que lorsque l'Armistice arriva, nous cantonnions dans un petit village en arrière du front.
Le commandant du bataillon nous fit appeler en son PC. S'adressant à moi, il me dit : "Voilà pourquoi vous n'êtes jamais monté en ligne” en me montrant une lettre de ma mère adressée au Ministère de la Guerre. Celui-ci y avait joint une note disant de ne jamais m'exposer dans un endroit dangereux.
J'eus alors une permission de trois jours comme tous les soldats des pays envahis. Le premier train (3 wagons à bestiaux) passait par Bar-le-Duc et Verdun. Beaucoup de soldats français allaient comme moi dans leur pays. Nous avons mis 3 heures pour aller jusqu'à Dun-sur-Meuse, distant de 30 km environ. Ce sont les Américains qui avaient réparé la voie qui conduisaient le train. Il allait doucement car des mines et des obus restaient sous la voie. Dun-sur-Meuse était le terminus, la voie n'était pas encore en état de circuler ni sécurisée. La faim nous tiraillait et nous quémandâmes auprès des US un peu de subsistances. Une cuisine était installée auprès d'un village et nous y fûmes très bien accueillis. D'ailleurs les Américains en 18 comme en 44 furent très gentils avec la population Française. Je continuais ma progression vers Mouzon en utilisant les différents moyens de transport. A Stenay, je couchais chez ma sœur. Le lendemain, enfin Mouzon. Les rues étaient désertes de civils. On enterrait encore des soldats allemands et américains. En quête d'une maison libre, je couchais tout habillé sur un lit. Puis je repartis à Verdun. Celui qui a vu l'état de ces régions après la guerre de 14/18 ne peut l'oublier. Entre Dun-sur-Meuse et Verdun, on se serait cru dans un pays lunaire, plus un brin d'herbe ou un arbre, la terre était retournée par les obus. Je regagnai mon régiment sans aller en Allemagne, car le 17ème RI avait une renommée, celle de la révolte dans le Midi-Vignoble. Nous allâmes donc à Epinal où je fus promu caporal. Puis je passai au 99ème Régiment d'Infanterie pour Gap. Ensuite je fus muté à Mézières au 91ème Régiment d'Infanterie avec le grade de sergent. Au cours d'une prise d'armes en 1921, je reçu les félicitations du Président de la République, monsieur Poincaré pour ma brillante conduite aux Armées. Mon commandant me convoqua à plusieurs reprises pour poursuivre une carrière militaire que je déclinai et je fus donc démobilisé.
Lanotte précise : le 11 novembre 1918, les Américains passaient la Meuse en face de Villemontry, près des peupliers de l'Alma. Ils subissaient de fortes pertes car les Allemands avaient réalisé une ligne de résistance sur les hauteurs. Les Américains ont eu plus de 4.000 tués.
Tous les habitants qui restaient à Mouzon furent évacués à Pourron. Quelques uns furent tués par les obus. En arrivant, les Américains les firent aller à pied jusqu'à Yoncq ; puis là, à l'abri de l'artillerie allemande, par camions de l'armée US, ils les conduisirent sur Barricourt dans le département de la Meuse. Heureusement que l'Armistice fut signée car les Allemands, avant de quitter Mouzon (qu'ils avaient occupé pendant quatre ans), avaient incendié une bonne partie de la ville et miné la Porte de Bourgogne. Ce sont les prisonniers allemands qui ont déminé : les soldats français en retrait à 100 mètres, les tenaient en joue, prêts à tirer sur eux s'ils avaient refusé. Tous les ponts étaient détruits. Quand nous sommes revenus en ville le 13 novembre, les ruines fumaient encore, on enterrait les morts, triste désolation. J'étais soldat depuis début 1918 et le 13 novembre 1918, au cours d'une permission, je revis Mouzon après un déplacement à pied et en camions américains car les trains ne marchaient pas encore. Mouzon peu à peu se relevait de ses cendres.
Début novembre 1918 : le reflux allemand à Mouzon ( L'Ardennais du 16 nov. 1968).
Sous des journées pluvieuses et maussades la 5ème Armée allemande du général von des Marwitz quitte le front de l'Argonne et reflue par Mouzon. Ses unités bien constituées offre le spectacle d'une retraite méthodique, honorable. Des étroites passerelles qui franchissent la Meuse et le canal, et sous la Porte de Bourgogne rendent la retraite difficile. Là se confondent les régiments, s'enchevêtrent les véhicules et attelages, c'est pourquoi, au faubourg, les convois et les colonnes s'allongent sur 2 ou 3 files. Les soldats allemands manifestent parfois une relative brutalité à l'égard des civils français. Avant que leurs sapeurs ne détruisent les passerelles, les Allemands vont contraindre les habitants à quitter la ville, placée sous peu sur la ligne de combat. Alors le 4 novembre commence un exode plus pitoyable encore que celui d'août 1914. Les derniers chevaux viennent d'être pris, et on ne dispose plus de chariots sur lesquels s'entasseraient la marmaille, les vieux, la literie. Poussant des brouettes, épuisés, les Mouzonnais, après des étapes à Pourron et à Yoncq, atteignent Saumauthe, Barricourt, Tailly. Dans ces villages de l'Argonne, ils accueillent des libérateurs inattendus, les fantassins américains.
Lorsque les premières patrouilles américaines apparaissent à Mouzon, se faufilant par les jardins et les vergers du faubourg, les batteries allemandes installées sur les Horgnes et la côte du Terme commencent l'action retardatrice qui doit assurer la retraite de leur infanterie. Sont particulièrement visés les bords de Meuse et du canal où pourraient être lancés des pontons. Alors va disparaître pour toujours le vieux Mouzon : le couvent des capucins, dont les bâtiments dataient du début du 17e siècle, l'Hôtel de ville, l'antique maison des échevins, la rue de la Voûte si originale, la rue des Écluses, le côté sud de la Porte de Bourgogne, les tanneries et les brasseries fondées à la fin du 18e siècle, l'usine Sommer à la belle architecture sobre du début du 19e siècle. Les laminoirs Ollivet sont réduits à des pans de murs calcinés et à des amas de ferrailles.
Embourbées dans les chemins de l'Argonne, l'artillerie US n'intervient que tardivement. Pourtant sur les pentes nord du Terme, on voit encore des entonnoirs mal comblés : leur densité prouve la vigueur et la précision des tirs de contre-batterie. Les US vont rester quelques semaines seulement à Mouzon, appelés à la Garde au Rhin ou ramenés aux États-Unis.
Les habitants découvrent avec étonnement des combattants bien nourris, bien habillés, dotés d'un matériel moderne et surabondant. Leurs automobiles et leurs side-cars font sensation. Les mulets et les chevaux des artilleurs resplendissant de santé. Les enfants fréquentent avec assiduité les cantonnements où ils sont choyés. D'authentiques poilus assurent la relève, la perspective d'un 5ème hiver, loin de leurs foyers, les rendent, et on peut les comprendre, assez maussades. Ils établissent de solides passerelles, et font découvrir aux jeunes mouzonnais un jeu inconnu : le football. Dans les pâtures, gamins du faubourg et soldats bleu horizon (qui jouent avec godillots et bandes molletières) s'adonnent passionnément à ce sport nouveau.
La 2ème Division d'Infanterie US.
Mémorial de la 2ème USDI ( photo du net)
Le 5 novembre 1918, la Meuse est atteinte à Villemontry et Létanne, à la hauteur de la ferme St Remi. Le monument de la côte Ste Hélène en est le témoignage. La 2ème était incapable d'organiser une traversée à Mouzon comme prévu, mais environ à un mille au sud de Villemontry les pontonniers de la Division avec une extraordinaire rapidité et une adresse exceptionnelle lancèrent deux ponts sur lesquels passa un régiment. Dans la matinée du 11 novembre, la 2ème DI atteignit la route Sedan-Verdun. Pouilly, Autreville, Moulin St Hubert étaient libérés.
La 1ère Division d'Infanterie US se trouvait près de Mouzon en corps de réserve quand l'ordre de marcher sur Sedan parvint à son chef le général Parker. Atteignant les hauteurs de Sedan (Wadelincourt) en coupant les axes des Corps d'Armée US, il lui fut demandé d'arrêter sa progression sur Sedan par la 40ème Division d'Infanterie Française qui voulait reprendre Sedan elle-même. La 1ère DI US fut renvoyée à Mouzon qu'elle avait précédemment libérée le 5 novembre à 05h30. A Mouzon, ce 11 novembre, le 18ème Régiment d'infanterie de la 1ère Division d'Infanterie US perdait 2 hommes, le caporal Vogel et le soldat Burnett.
En 1926, Louis Lanotte se maria.
Suite : Mai, juin 1940 voir aussi : Images de Mouzon de Pierre Poncelet