Ce 27 février 2013, Monsieur Stéphane Hessel est mort comme il
l'aurait voulu : paisiblement.
En hommage à sa mémoire, le CERN publie la retranscription fidèle de l'intervention que M. Jean-François Couriol, notre Secrétaire général, avait organisé en 2004 dans le cadre de la préparation aux épreuves du Concours de la Résistance. Stéphane Hessel et Jean-Louis Crémieux-Brilhac avaient eu la délicatesse de répondre favorablement à son invitation et aux interrogations de nombreux élèves très heureux d'accueillir des hommes déjà entrés dans la légende. Avec beaucoup de modestie et un esprit très précis, ces deux grands acteurs de l'Histoire remontèrent le temps et recréent l'atmosphère régnant au sein de la France Libre. En apprenant la mort de son ami, Edgard Morin a cité Beethoven qui estimait qu"il ne s'inclinait que devant la bonté". Inclinons-nous donc avec lui en souvenir de cet homme courageux, cet authentique résistant et véritable humaniste et disons lui une dernière fois: merci, Stéphane Hessel.
Rencontre avec Jean-Louis Crémieux-Brilhac et Stéphane Hessel
10 mars 2004 Collège public Sainte-Apolline de Courdimanche
Introduction :
présentation des différentes étapes de l’existence de la France Libre
par Jean-Louis Crémieux-Brilhac
Vous savez qu’elle [la France Libre] ne se résume pas à un discours du général De Gaulle le 18 juin 40, Bir Hakeim, Leclerc et la libération de Paris. C’est tout de même une affaire qui a été plus compliquée, une suite de drames dans le grand drame de la France de 1940. Et c’est aussi quelque chose qui est très différent de la résistance intérieure même s’il y a eu conjonction[1] entre la résistance intérieure et ce que certains appellent, je n’aime pas du tout l’expression, la « résistance extérieure ». Car la France Libre et les Français Libres ont été finalement quelque chose de monolithique autour de De Gaulle et qui ne peut pas se comprendre en dehors de la personnalité de De Gaulle. Les Français libres y ont joué un rôle : un rôle militaire, un rôle politique aussi […].
Je vous rappelle les phases. L’Histoire de la France Libre […], c’est un drame en 5 actes.
1 - Un prologue, c’est-à-dire l‘été 40 […] (tout cela [les dates] est forcément arbitraire, les divisions que l’on peut faire sont faites après coup et les choses se chevauchent souvent) […], mais le prologue c’est l’été 40, c’est le discours du général De Gaulle du 18 juin, les autres discours qu’il a prononcé en juin, qui sont moins connus, [mais] très importants car il a non seulement appelé à la résistance, mais dans son discours du 26 juin, il a manifesté sa rupture avec le maréchal Pétain. Et donc cette période, c’est celle de l’arrivée, à la suite de l’appel du général De Gaulle, des militaires et [de] la formation d’une force militaire. Et je voudrais ici évoquer un souvenir personnel : […] jeune sous-lieutenant, j’ai eu le privilège en juin ou juillet 1940 et 1942 d’avoir un entretien avec le général de Gaulle, qui m’a expliqué ce qu’il avait voulu faire depuis juin 40. Il m’a dit « voilà, la première chose, c’était d’avoir une force armée qui maintiennent des Français dans la guerre de sorte qu’aucun jour ne se passe sans que des Français soient engagés dans la guerre. Mon deuxième objectif a été qu’il y ait des terres françaises qui soient dans la guerre, sur lesquelles flotte le drapeau à croix de Lorraine et qui prouvent qu’une partie terrestre de la France [est] en guerre. Et mon troisième objectif était et est toujours d’obtenir une reconnaissance de plus en plus large des Français de l’intérieur et des alliés. » Je pense que cette définition, ce programme, vu après coup donc, à la mi-42 par De Gaulle, dont la logique et l’enchaînement correspondent tout à fait à sa forme d’esprit, je pense que ça correspond aussi aux phases [d’évolution de la France Libre]. Je vous ai dit la première, été 40, c’est la force militaire, les premiers engagés, ces jeunes dont certains n’étaient pas beaucoup plus âgés que vous puisqu’un cinquième d’entre eux avait moins de 20 ans. Et c’est la reconnaissance de cette force française le 7 août 1940 par Churchill, dans un accord qui a été la base […] de toute l’histoire de la France Libre.
2 - Le deuxième acte pourrait-on dire, c’est de [fin août]-septembre 40 à septembre 41 : c’est la conquête d’une base territoriale […]. Ce sont les anciennes colonies françaises d’Afrique équatoriale[2] et du Cameroun, où Leclerc […] a débarqué d’une pirogue avec 25 ou 30 camarades. Ce sont, dans le Pacifique, Tahiti et la Nouvelle Calédonie. Brazzaville[3] est devenue à partir de ce moment une espèce de capitale de la France Libre. De Gaulle disait : « c’est mon maquis », c’est-à-dire l’endroit où il pouvait se réfugier s’il était en trop mauvais termes à certains moments (ce n’est pas encore le cas en 40 !) avec Churchill. Mais Brazzaville […] a fait figure pour lui d’une espèce de capitale de la France Libre où il a voulu dès octobre 1940 qu’il y ait un poste émetteur de puissance internationale qui soit audible en France et qui lui permette de faire entendre aux Français ce que, peut-être, les Anglais ne lui laisseraient pas exprimer. Donc cette période a été celle de l’assise territoriale, à quoi s’est ajouté dans l’été 1941 la conquête, il faut dire, sanglante et fratricide de la Syrie et du Liban qui étaient sous mandat français[4]. Il y a désormais non seulement des Français Libres, mais une France Libre au sens territorial et régalien[5] du terme, et ceci était très important car à partir de ce moment, il peut y avoir non seulement le one-man-show, si je puis dire, du général de Gaulle, mais quelque chose qui peut ressembler à une administration ou à un gouvernement de la France Libre, non seulement des Français Libres, mais de cette territorialité[6] française libre. Et le terme de cette période, c’est en septembre 1941 la consécration, c’est-à-dire la création d’un Comité national français qui gouvernera ces territoires français libres en même temps que l’action de ces Français libres dans la guerre, et qui est l’amorce d’un gouvernement français en exil et l’amorce d’un contre pouvoir face à Vichy.
3 - Troisième acte, ce serait (c’est encore une fois arbitraire) de septembre 41 à novembre 42. C’est une phase de mise en place et de consolidation […] non pas par le nombre des Français libres venant de France qui ne s’est pas accru car les deux phases d’arrivage de Français de France vers la France Libre ont été l’année 40 (de juin à l’automne) avant que les Allemands et le gouvernement de Vichy ne bloquent la frontière espagnole totalement et ne contrôlent totalement le littoral, et puis […] après l’occupation totale de la France en novembre 42 un nouvel arrivage à travers les Pyrénées de fugitifs, d’évadés de France, en 42-43. Mais [en] 41, il n’y a pas eu d’apports de Français Libres venant de France ; il y a eu ceux des colonies ralliées […]. [En ce qui concerne] la troisième période, je dégagerai deux phénomènes qui me paraissent tout à fait importants : le premier, c’estl’affirmation de la volonté démocratique, de la vocation démocratique de la France Libre et cela se manifeste par le fait que la France Libre et les Français Libres, qui étaient un mouvement tout à fait apolitique[7] dans la première phase (et De Gaulle le voulait), ajoutent à la devise Honneur et Patrie (la devise de nos drapeaux, […] qui était celle du début de la France Libre, la devise qui précédait l’émission à la radio, la grande émission du soir […] de Maurice Schumann […]) De Gaulle ajoute à partir du 15 novembre 1941 Liberté, Egalité, Fraternité. C’est-à-dire que dans cette phase 41-42, qui est celle où moi je suis arrivé à Londres, ignorant ce qui c’était passé auparavant, j’ai eu l’impression dune France Libre qui incarnait la République, non seulement les valeurs de la Patrie, mais les valeurs de la République. Et cela s’est manifesté plus clairement dans les discours qu’a prononcés le général de Gaulle au printemps 42 et dans la déclaration […] qu’il a rédigée pour les mouvements de résistance, comme programme du présent et de l’avenir. Sa déclaration qu’il a remise à Christian Pineau en avril 42 et qui n’a été connue en France et reproduite dans les journaux clandestins qu’en juin 42 […] qui est une déclaration démocratique. Le deuxième fait très important (et qui est lié au premier, car sans doute ce souci démocratique, De Gaulle l’a exprimé aussi fortement, peut-être sous l’influence de Jean Moulin […] certainement en considération de la France résistante de l’intérieur qui était une France démocratique, soucieuse des libertés) […] est la conjonction entre la France Libre et la résistance intérieure de zone sud. Cette conjonction est amorcée sous l’influence de Jean Moulin en octobre 41 ; elle se traduit au cours du premier semestre de 1942 par le ralliement des trois grands mouvements de résistance de zone sud (Combat, Libération et Francs-Tireurs) à l’autorité de De Gaulle, ce qui est consacré en juin-juillet 42, qui devient manifeste lors des manifestations du 14 juillet 42 organisées à la demande de Jean Moulin, orchestrées à la fois par […] les émissions françaises de la BBC et par les journaux clandestins, et qui dans 25 villes de France, à l’appel de De Gaulle donc, ont fait manifester les Français. [La] conjonction entre la résistance intérieure et la France libre [est] un phénomène capital, qui va donner à De Gaulle l’autorité (une autorité qui sera parfois contestée) […] sur les grands mouvements de résistance de zone sud. Et ceci aboutit finalement à la création d’une armée secrète en octobre 42 qui acceptera les ordres de De Gaulle et dont De Gaulle nomme le commandant en chef, le général Delestraint, proposé à la fois par Fresnay (de Combat[8]) et par Jean Moulin et puis la création d’un comité directeur des mouvements de résistance de zone sud que présidera Jean Moulin. Jean Moulin, résistant mais Jean Moulin, Français Libre. Donc en octobre 1942, la France Libre est devenue par la volonté de Gaulle quelque chose de plus large […], qui s’exprime par une nouvelle étiquette qu’il a voulu donner au mouvement : France Combattante, à partir du 14 juillet 42, expression qui voulait englober à la fois les français libres combattant de l’extérieur et les combattants de l’intérieur ralliés et acceptant l’autorité du général De Gaulle. (L’expression France Combattante n’a pas pris, aujourd’hui on ne l’utilise pas, mais historiquement, elle a eu lieu, et politiquement elle a eu son sens à l’époque […].)
Cette conjonction a été encore consolidé par le fait que l’Angleterre d’un côté et l’Union soviétique de l’autre l’ont reconnu [et] ont reconnu De Gaulle comme le chef et la France combattante l’autorité qui regroupait tous les Français engagés contre le nazisme tant à l’extérieur que sur le sol métropolitain. Donc la France Libre [et] De Gaulle pouvaient avoir en octobre 1942 de grands espoirs, l’espoir de libérer la France grâce à leur action, grâce à l’autorité de De Gaulle, grâce à un regroupement autour du général De Gaulle.
C’est alors en novembre 42 qu’est arrivé cet événement tout à fait extraordinaire, bienheureux, bénéfique dans l’histoire de la guerre, je veux dire la libération de l’Afrique du Nord, le débarquement allié en Afrique du Nord le 8 novembre 1942, facilité à Alger par le mouvement des Tout jeunes résistants qui ont paralysé qui ont paralysé les résistances intérieures militaires[9] pendant une nuit. Mais ce débarquement en Afrique du Nord a posé un problème et créé une situation politique absolument nouvelle et dramatique. A savoir que les Américains, le général Eisenhower et son adjoint le général Clark, pressés par les événements, craignant, avec fort peu de troupes finalement, d’être tenus en échec par la résistance des forces françaises relevant de Vichy, par l’arrivée rapide des Allemands en Tunisie, […] ont décidé de consolider les autorités de Vichy qui se trouvaient sur place [qui] étaient, par un hasard des événements, l’amiral Darlan, le dauphin de Pétain, l’amiral Darlan qui était allé à Berchtesgaden, l’amiral Darlan qui avait voulu ravitailler Rommel et les forces allemandes en Libye, l’amiral Darlan qui avait ouvert les aérodromes français de Syrie aux Allemands, l’amiral Darlan qui avait été premier ministre de Pétain et qui avait été donc un homme de la collaboration. […] Le commandement américain avec l’accord du président Roosevelt et pour débloquer au plus vite une situation, ont obtenu de l’amiral Darlan que les forces françaises de Vichy qui étaient en Afrique se rallient et rentrent dans la guerre du côté allié en échange de quoi l’amiral Darlan était reconnu comme l’autorité française sur l’Afrique du Nord (Algérie, Tunisie, Maroc) et l’Afrique Occidentale Française (Dakar). Donc une situation tout à fait extravagante, d’une part la France Libre incarnait les valeurs démocratiques, n’avait pas cessé un seul jour de se battre contre les Allemands, de l’autre les Alliés, auxquels De Gaulle était fidèle, remettaient le cœur de l’Afrique française à qui ? à des représentants de Vichy, à l’amiral Darlan, puis après l’assassinat de celui-ci, au général Giraud, qui (même si Giraud était exempt de tout péché de collaboration) étaient foncièrement axés sur la révolution nationale, les institutions de Vichy, les lois antisémites et ont maintenu tout le mécanisme de Vichy […], l’abolition des libertés, la suppression des conseils municipaux, des élections, des conseils généraux, la censure sur la presse, tout ce régime semi-dictatorial de Vichy, sous protectorat américain.
4 - Alors la période novembre 42 – juin 43 est une période très confuse où […] plusieurs France se trouvent aux prises les unes avec les autres, les unes par rapport aux autres. C’est le moment de la pire décadence, du pire émiettement de l’Empire et de la souveraineté française, puisque la France métropolitaine est entièrement occupée par les Allemands, l’Afrique du Nord et l’Afrique Occidentale Française sous protectorat américain acceptant les lois de Vichy et reconnaissant même plus ou moins sans le dire […] le maréchal Pétain, De Gaulle côté anglais, plus en Martinique [et les Antilles françaises en général] de droite et de gauche des autorités françaises qui se déclaraient plus ou moins autonomes tout en respectant le maréchal Pétain mais en refusant d’entrer dans la guerre. Un éclatement de la souveraineté française, du patrimoine français que l’on n’avait pas vu depuis le Moyen Age, la guerre de Cent ans !!! […] Ce sont ces neufs mois, de novembre 42 à mai-juin 43, sur lesquels on accole l’étiquette de querelle des généraux, mais qui représentent beaucoup plus qu’une querelle de généraux, c’est la question de savoir si la France qui va se reconstituer sera une France démocratique ou si c’est à partir des séquelles de Vichy en Afrique du Nord que se fera la libération. Et le général Giraud qui, à partir de l’assassinat de Darlan, fin décembre 42, préside aux destinées de l’Afrique du Nord, […] considère que, lui, général d’armée, a naturellement le pas sur Gaulle[10] qui est brigadier à titre temporaire[11], qui a été sous ses ordres, et qu’il se fait fort d’avoir une armée ou de lever une armée de 300 000 hommes grâce aux territoires de l’Empire, alors que Gaulle a simplement 55 000 hommes et un corps de bataille qui ne dépasse pas 12 ou 13 000[12]. Donc il y a un déséquilibre des forces matérielles, c’est certain, il y a un antagonisme politique sur des principes qui sont fondamentaux, c’est-à-dire le rétablissement dit De Gaulle « des justes lois de la légitime république » ou bien le régime issu de Vichy même s’il est atténué sous la pression américaine. Cet antagonisme est aigu, et si De Gaulle l’a emporté à la fin , si Giraud a accepté toutes les conditions imposées (c’est-à-dire le rejet de l’armistice, le rétablissement des libertés), c’est peut-être parce qu’il avait sur certains points mauvaise conscience, peut-être certainement aussi parce qu’il y a une pression américaine sur lui, mais aussi parce que De Gaulle a eu l’appui de la résistance intérieure française. Et là il faut rappeler le rôle capital joué une nouvelle fois par Jean Moulin, venu à Londres en février 1943, qui, nommé délégué général clandestin pour l’ensemble de la France, a réussi cette performance de créer le Conseil National de la Résistance, c’est-à-dire non pas d’unifier mais de fédérer toutes les forces résistantes françaises de zone sud [et] de zone nord derrière De Gaulle, Conseil national de la résistance qui dans sa première réunion a proclamé que c’est au général De Gaulle que les destinées politiques de la France devaient être remises, le général Giraud pouvant ou devant être commandant en chef sur le terrain des armées. Et la résultante de tout cela, c’est […] que le 3 juin 1943 est créé à Alger un Comité Français de la Libération Nationale avec comme présidents le général De Gaulle et le général Giraud.
5 - La dernière phase, c’est celle qui va de ce moment, juin 1943, à la Libération. Et au sens strict, l’histoire de la France Libre et des Français Libres s’arrête là. La France Libre se dissout ou s’unit avec les forces d’Afrique du Nord, les Français Libres fusionnent avec les forces de l’armée d’Afrique[13], beaucoup plus nombreuses, le Comité français de la libération nationale réunit à la fois des Français Libres, des Français nommés par le général Giraud et des résistants venant de France. Ce n’est donc plus la France Libre au sens strict.
C’est ce gouvernement dont le général De Gaulle sera à partir de novembre [43] le seul président, qui conduira la France à la Libération. Mais si, pour ma part, j’inclus volontiers cette dernière phase dans l’histoire de la France Libre, c’est parce que, premièrement, c’est le général De Gaulle, chef des Français Libres, qui en a été le chef, qui a conduit les Français, cette armée reconstituée (qui atteint 300 000 hommes, qui débarquera en Provence, qui débarquera en Normandie avec Leclerc), c’est lui qui l’a conduite. C’est lui qui a mené cette république française d’Alger[14] vers notre libération. Deuxièmement, c’est parce qu’à Alger l’esprit de la France Libre a dominé. Je veux dire : les libertés publiques ont été rétablies, rétablissement de la légalité républicaine, préparation (et cela on ne le dit pas assez […], on ne dit pas quelle a été l’importance politique et législative de l’œuvre accomplie à Alger et notamment sous l’égide et par la volonté de Cassin[15] !) des textes, des lois et des ordonnancespour la France au lendemain de sa libération (organisation du territoire, loi sur l’épuration[16], ordonnance sur la presse…). Tout cela a été conçu dans l’esprit de la France Libre, par la volonté de Français libres et de résistants de l’intérieur pour que, au jour de la libération, l’union de tous les Français se fassent, que cette France Libre, son esprit l’emporte en même temps que l’esprit de la résistance, c’est-à-dire un esprit démocratique. Et ce sont les hommes de la France Libre, pas eux seulement, mais ce sont des hommes de la France Libre placés à des points cruciaux qui ont joué un rôle déterminant (je n’oublie pas De Lattre, je n’oublie pas Juin, qui ont commandé nos armées). Mais enfin, il faut se rappeler que, sous l’égide de De Gaulle qui a voulu cette union de toutes les forces résistantes, de tous les partis politiques résistants, de tous les mouvements résistants, à côté de ses Français Libres, il y eu Cassin qui a préparé les ordonnances […] préparant la libération, il y a eu la propagande qui a fait connaître les maquis, électriser les maquis, animer et incarner par Maurice Schumann, le premier porte-parole de la France Libre depuis juillet 40 et qui l’est resté jusqu’au débarquement, il y a eu des hommes de la France Libre qui ont dans cette dernière phase conduit les services secrets d’action en France (c’est-à-dire Soustelle et le colonel Passy), il y a eu Leclerc (qui n’a pas joué le premier rôle car les forces françaises les plus importantes qui ont débarqué ont été celles de De Lattre sur la Méditerranée) […] l’homme de De Gaulle, c’est lui qui a libéré Paris.
Grâce à De Gaulle, grâce à ces Français Libres, grâce à cette action volontaire du premier des Français Libres, la France Libre a participé massivement (et la France toute entière) à la Libération. Et […] grâce à cette action, la France a eu et la zone d’occupation en Allemagne, et le siège permanent au Conseil de sécurité[17], et le droit de signer les deux armistices avec l’Allemagne […] et le Japon (armistice avec l’Allemagne au cours duquel le maréchal Keitel[18], signataire allemand, voyant en face de lui un signataire français, a dit : « Quoi ?! Les Français aussi ! ».
Merci.
2ème partie
Evocation de son passé de Français Libre par M. Stéphane Hessel :
« On m’a demandé de vous parler de moi. J’espère que tout à l’heure Jean-Louis Crémieux-Brilhac fera la même chose...Pour moi, j’ai eu la chance de connaître cette France libre qui est le sujet de votre concours par divers biais. Je commence par rappeler que, ayant été sur le front en Sarre en mars, avril et mai 1940, j’ai subi dans ma petite unité le choc de la Wehrmacht- l’armée allemande- et le reflux de l’armée française. J’ai pu malheureusement constater à quel point cette armée n’était pas préparée à cette guerre, qu’elle avait considéré qu’il suffisait d’avoir une ligne Maginot admirablement fortifiée pour que jamais les armées allemandes puissent pénétrer et envahir le territoire français. Le choc, que nous avons tous eu, à constater que rien ne résister de l’armée française, voir le recul ultra-rapide de nos forces armées jusqu’à la frontière espagnole, et l’occupation d’une partie importante de la France allant jusqu’à Bordeaux et ne laissant subsister que ce que, par un terme malheureux, on appelle « la France libre » (et qui n’a aucun rapport avec le sujet de votre concours) qui désigne la partie de la France non occupée par les armées allemandes et dans laquelle le maréchal Pétain a accepté de diriger depuis Vichy un gouvernement. Ce gouvernement était à l’évidence l’otage de la volonté allemande. Il fallait avoir la naïveté, la candeur qu’ont eu malheureusement beaucoup de nos compatriotes pour penser que ce maréchal glorieux pouvait faire tenir un rôle à la France qui ne serait pas complètement sous la botte de l’Allemagne. Malheureusement, beaucoup de Français l’ont pensé et ont accepté de vivre dans cette France moitié occupée –moitié non occupée, et aussi les alliés de la France à l’exception de la Grande-Bretagne. Les Etats-Unis ont longtemps continué à voir dans le maréchal Pétain quelqu’un qui pouvait représenter la France. Vous avez entendu comment les choses ont évolué (allusion à l’intervention de M. Crémieux-Brilhac), je n’y reviens pas.
Pour ma part, me trouvant donc libéré de mes obligations militaires, démobilisé à Montauban, j’avais entendu, non pas l’appel du 18 juin, mais des amis qui l’avaient entendu. Je savais donc ce qu’il contenait. Et j’avais donc, tout naturellement, étant jeune, et désireux de garder les directives d’un jeune patriote, l’idée ferme de rallier le général de Gaulle. Ca n’est jamais facile. A l’époque, beaucoup de Français auraient voulu le faire (pas autant que nous aurions souhaité, mais tout de même beaucoup), mais peu y sont parvenus. Sauf, en effet, le tout premier mouvement : autour de la date de l’armistice, il y a eu des départs et des ralliements. Ensuite, ce fut de plus en plus difficile. J’ai eu la chance de rencontrer des Américains qui étaient là pour essayer d’aider des Français à se sauver. Et par l’aide de l’un d’entre eux, j’ai pu m’embarquer pour l’Algérie, de là pour Casablanca, de là trouver un bateau qui m’a amené à Lisbonne, et de Lisbonne un avion m’a amené à Bristol. Et j’ai donc pu rallier en mars 1941 la France Libre et le général de Gaulle. Il a eu la grande courtoisie de m’inviter à déjeuner à l’hôtel Caughraut à Londres où il vivait. Ceci prouve à quel point nous étions peu nombreux alors : inviter un petit sous-lieutenant insignifiant comme moi à l’époque (je n’avais aucune raison d’être invité par le chef de la France Libre) témoigne du fait que nous étions relativement peu… Je sortais de notre prestigieuse Ecole normale supérieure. Ceci a probablement dû jouer en ma faveur. Le général a dû penser qu’il fallait inviter ce jeune nouveau rallié… On m’avait indiqué que ceux dont les Anglais avaient le plus besoin, c’étaient des aviateurs. Je ne l’étais pas. J’étais formé pour l’infanterie et les chars à l’école de Saint-Maixent mais j’ai donc rallié très volontiers les Forces aériennes françaises combattantes. Voyez bien ces forces étaient déjà dites « combattantes ». Jean-Louis Crémieux-Brilhac a précisé tout à l’heure que la France Libre est devenue officiellement la France combattante en juillet 1942.
J’ai fait mes « classes » dans la Royal Air Force. Ceci représentait un immense avantage. En effet, toutes les armées de terre avaient été battues par les Allemands de façon scandaleuse pour elles et glorieuses pour les Allemands. Mais l’aviation anglaise, aidée par les Polonais, par un certain nombre de Français, avait, elle, résisté et empêché la conquête de la Grande-Bretagne qui était le premier objectif d’Adolf Hitler. Dans cette RAF, j’ai eu le privilège d’une formation d’un an au cours de laquelle j’ai appris à être navigateur, à connaître le fonctionnement de ces appareils qui, bien que moins sophistiqués que ceux d’aujourd’hui, ont été très efficaces dans la résistance à la Wehrmacht. Arrivé au moment de recevoir mon aile de navigateur à laquelle j’aspirais, je fus séduit en mars 1942 par la proposition d’un camarade d’entrer à l’Etat-major du général de Gaulle, au service de renseignements et d’action ou BCRA (Bureau central de renseignement et d’action). Ce service était à la recherche de personnes parlant bien anglais, ce qui était mon cas. Il s’agissait d’avoir des gens capables d’établir une liaison avec la résistance intérieure en France, ses réseaux de renseignements et d’actions et l’état major allié. Tout le travail des réseaux de renseignement en France était destiné à alimenter en informations utiles l’Etat-major allié. Nous, BCRA, nous trouvions donc dans une position extraordinairement intéressante sous le commandement du colonel Passy. Plus tard, Jacques Soustelle en a repris la direction. Nous avions donc d’un coté nos camarades anglais auxquels étaient destinés les informations que nous recueillions et qui étaient pour nous les seuls fournisseurs des matériels et des ressources dont nous avions besoin pour faire fonctionner les réseaux de renseignements. Et, de l’autre coté, nous avions nos compatriotes en France qui ont fait, tout au long de ces années là un effort extraordinaire pour s’organiser d’une part en réseaux d’actions et de sabotages, en réseaux de renseignements d’autre part et aussi en actions politiques. A titre d’exemple, citons le noyautage des administrations publiques. Tout ce travail fait en France lors de cette période servait les intérêts de tous ces Français Libres. Jean-Louis Crémieux-Brilhac a montré l’implication des uns et des autres et le rôle formidable joué par Jean Moulin pour arriver à ce que la Résistance toute entière indique que la force, l’autorité à laquelle il se référait était le général de Gaulle et non pas le général Giraud, le maréchal Pétain ou quiconque d’autre… Ce ralliement a naturellement servi de Gaulle dans les difficiles négociations avec les gouvernements alliés (quelque fois celui de la Grande-Bretagne, mais plus souvent encore avec celui des Etats-Unis).
Je me trouve donc dans ce poste très intéressant. Avec l’hiver 1943-1944, je me suis senti las : je me trouvais dans un bureau au chaud à Londres alors que la plupart des camarades avec lesquels j’étais en contact risquaient leur vie en France. J’ai donc demandé tout naturellement à être envoyé à mon tour en mission en France. J’ai mis en oeuvre moi-même une mission destinée à la réorganisation des réseaux radio que nous avions là-bas. Nous savions qu’allait intervenir très bientôt (nous l’espérions) le Débarquement et l’action libératoire de la France. Il fallait préparer à cela nos réseaux de renseignements avec lesquels j’étais en contact. Je suis arrivé en mars 1944 en France. J’ai pu y travailler pendant trois mois. Puis le 10 juillet à Paris, j’ai été arrêté bêtement par la Gestapo. J’ai été sans doute condamné à mort mais je ne le savais pas. J’ai subi des interrogatoires. Puis, j’ai été expédié en camp de concentration à Buchenwald. C’est à Buchenwald que j’ai su que le groupe de trente-sept agents ennemis de l’Allemagne nazie, partis ensemble, était condamné à mort. Aussi, pour échapper à cette condamnation et ne pas être pendu comme l’avaient été les seize premiers du groupe, ni fusillé comme l’ont été les vingt suivants, j’ai fait parti d’un complot mené par un camarade britannique et par des Allemands déportés eux aussi, au terme duquel nous avons été envoyés à trois dans un block où étaient placés les malades du typhus. En attendant que trois de ces malades meurent, les trois que nous étions, en attente, prenions leurs identités. J’ai pris celle d’un jeune Français, Michel Boitel. Il est mort du typhus exactement le jour de mon 27èmeanniversaire… Grâce à quoi j’ai survécu : quand ma condamnation à mort est arrivée de Berlin, il était acquis que j’étais mort. Le pauvre Michel Boitel, qui lui était vraiment mort, a été envoyé au crématoire sous mon identité…
Pour conclure rapidement, j’ai fait une nouvelle tentative d’évasion qui a échoué. Repris, j’ai été envoyé dans un camp encore plus dur que ne l’était Buchenwald. Les camps de concentration étaient plus ou moins durs selon que la gestion interne du camp avait été confiée aux prisonniers politiques allemands ou aux criminels, aux droits communs… A Dora, c’était les criminels… Il était difficile d’y survivre. J’ai quand même pu au bout d’un mois et demi environ me sauver une fois de plus en sautant d’un train et en rejoignant les Américains. Toute cette histoire plutôt compliquée signifie simplement qu’être Français libre pouvait se conjuguer de différentes façons : arriver et essayer d’être dans une unité combattante, arriver et essayer de prendre place dans des services utiles et, éventuellement, comme beaucoup de Français Libres, être envoyé en mission de contact en France pour travailler en commun avec la Résistance.
Je ne veux en dire plus pour nous réserver un peu de temps afin de répondre à vos questions. Merci.
3ème partie :
Evocation de son passé de Français Libre par M. Jean-Louis Crémieux-Brilhac :
Il m’a été demandé de vous parler de moi également…J’ai été mobilisé le 16 septembre 1939. J’avais été étudiant. J’avais fait une préparation militaire. J’étais resté 4 mois à l’Ecole de Saint-Cyr comme élève-officier de réserve. Puis j’ai été aspirant dans un régiment de Bretons, le 47éme régiment d’infanterie qui se trouvait à l’ouest de la ligne Maginot. Avec l’offensive allemande, notre régiment –un régimentd’intervalle– a dû reculer (un régiment dit d’intervalle occupait les tranchées établies dans les espaces entre les différentes forteresses qui composaient la ligne Maginot). Dans chaque bataillon de ce régiment, il n’y avait qu’un petit char Renault… Incroyable éclatement des blindés français qui étaient aussi nombreux que les blindés allemands mais qu’on avait répartis partout en dehors des 4 divisions de cuirassés.Ainsi, j’ai été pris dans la retraite… Finalement, nous avons été amenés à défendre, sans esprit de résistance le passage de la Marne que les Allemands ont franchi sans grande difficulté avec leur artillerie que nous n’avions pas, avec l’aviation que nous n’avions pas, notamment les stukas dont nous n’avions jamais entendu parlé… Les Allemands nous ont encerclés dans la corne de bois où nous étions. Je me suis ainsi retrouvé prisonnier le 11 juin 1940 et expédié vers l’Allemagne. Nous avons marché de la Marne jusqu’à Bouraing en Belgique. Puis, par train, nous avons été envoyés en Poméranie. C’est au cours de ce voyage que nous avons appris –je ne me souviens plus exactement comment– que Churchill avait proposé une union avec la France. Pendant 24 heures, j’ai eu un grand espoir sans lendemain… comme vous le savez… Je me suis retrouvé dans un camp d’officiers à l’Oflag 2, près de Neustettin en Poméranie (actuellement la ville de Szczecincek au nord de la Pologne, à l’est de l’Oder). Le gouvernement de Vichy avait fait savoir que l’on ne pouvait considérer les aspirants comme des officiers. Les aspirants étaient alors automatiquement promus au bout de six mois sous-lieutenants. A dix jours près, je devais l’être mais comme ce n’était pas le cas, je fus comme les autres aspirants envoyé dans un autre camp de simples soldats d’où je me suis évadé le 4 janvier 1941 avec un camarade aspirant. Nous avons réussi avec beaucoup de difficultés à nous procurer des vêtements civils. A cette époque, je parlais allemand. Nous avions le choix entre plusieurs frontières. La plus proche était celle de la Lituanie à 450 kilomètres. Nous avons choisi de rejoindre la Lituanie pensant qu’il y avait encore un consul de France à Kaunas. L’U.R.S.S. était neutre alors. Nous pensions que nous y serions accueillis convenablement. Par petits étapes, empruntant les petits trains régionaux ces 450 kilomètres jusqu’à la frontière lituanienne. C’était l’hiver. Il faisait très très froid. Nous avons franchi à pied la frontière. Mais l’alerte ayant été donnée, nous avons dû faire une course poursuite toute la nuit dans la neige. Vers 7 heures du matin, nous sommes arrivés dans un cimetière. En enlevant un peu la neige sur les pierres tombales, nous avons vu que les inscriptions n’étaient plus en allemand mais dans une autre langue. Nous étions parvenus en Lituanie. Nous nous sommes embrassés. Nous étions libres ! Dans la journée, nous avons été arrêtés comme espions. Je suis resté 8 mois en Union soviétique. J’ai été dans plusieurs prisons, notamment à Moscou. Au bout d’un certain temps, les Soviétiques ont reconnu que nous étions bien des Français évadés et qu’il y avait un cadre parmi le groupe. Au cours de cette période, 218 Français s’étaient évadés en passant par l’U.R.S.S.
Nous avons été regroupés dans un camp qui n’était pas mauvais d’ailleurs comparativement aux prisons abominables des frontières et de la dékoulakisation de la Pologne et des massacres polonais. Ce camp, d’où étaient partis quelques mois auparavant 2000 officiers polonais massacrés à Katyn, était pour nous assez vivable. Pour aller au plus vite, je ne vous parlerai pas de l’exode qui suivit lorsque les Allemands attaquèrent la Russie… Finalement, fin août 1941, 186 d’entre nous étaient volontaires pour rallier de Gaulle. Le 30 août 1941, on nous avait conduit du dernier camp jusqu’à Arkhangelsk (ville portuaire de la Mer Blanche). Embarqué sur un cargo, nous sommes partis dans un brouillard cotonneux à la rencontre d’un convoi britannique. C’était un ensemble de bateaux de guerre anglais avec un transport de troupes. Lorsque nous avons accosté le navire qui transportait ces troupes –c’était un ancien paquebot canadien à plusieurs étages où de nombreux soldats se tenaient aux rambardes- les cigarettes pleuvaient sur nous ! Quand le premier d’entre nous a passé les planches pour monter sur ce navire, tous ces soldats anglo-canadiens se mirent à chanter la Marseillaise. Nous étions bouleversé. Croyiez-moi, ce fut un moment qu’on n’oublie pas dans une vie… Ils chantaient pour nous mais aussi vraisemblablement pour de Gaulle. Depuis plus d’un an alors, il y avait des Français libres qui se battaient aux cotés des anglo-canadiens.
Je me suis donc retrouvé à Londres après un parcours par le Spitzberg. J’ai été sous-lieutenant cette fois-ci au camp de Kimberley, le camp des Français Libres d’Angleterre… Début 1942, on m’a proposé d’entrer au commissariat national à l’Intérieur. Cet organisme avait été créé par de Gaulle en même temps que le Comité national français en septembre 1941. Il était chargé des relations politiques avec Jean Moulin, de la propagande vers la France et de toute l’action politique en France. J’ai eu pendant la période 1942-1944 des activités assez parallèles à celle de Stéphane Hessel. Alors que cent vingt de nos camarades d’évasion étaient répartis dans les unités combattantes, que douze étaient parachutés en France, je ne suis trouvé pour ma part dans une activité de services. Cet organisme étant récent, on ne savait pas encore exactement ce qu’il allait devenir. En effet, l’organisation technique des missions vers la France, la préparation des agents, les parachutages etc., tout ceci passait par le B.C.R.A. et les Anglais. Ce commissariat à l’intérieur était donc à ses débuts en l’air. L’une des premières choses que l’on m’a demandé était de constituer, moi qui avait été étudiant et censé me débrouiller avec les papiers, une documentation politique sur la France et de créer un service d’écoute radiophonique. Les Anglais avaient un service d’écoute radiophonique formidable. Formidable. Ils faisaient des bulletins quotidiens en anglais. Ils captaient les émissions de Radio-Paris, de Radio-Vichy, de Moscou, de Berlin… Tous les jours, il y avait un gros bulletin réalisé. Le contenu de ces émissions était traduit en anglais après avoir été condensé. Le général de Gaulle a voulu avoir, pour la propagande vers la France, les textes intégraux de ce qui avaient été diffusé sur les ondes de Radio-Paris, de Radio-Vichy, de ce qui était dit en français à la radio de Moscou par exemple… Je devais donc monter un service d’écoute radiophonique. Moi, je n’y connaissais rien. J’ai eu des adjoints anglophones, certains savaient ce que c’était que la radio. Bref, on a monté un bon service d’écoute qui a fonctionné tous les jours pendant deux ans. Moi, j’ai lâché ça quand ça a marché mais le service a continué tous les jours en produisant deux bulletins par jour où il y avait tous les textes de Radio-Vichy, de Radio-Paris. C’était vraiment formidable. Si je peux vous donner un exemple de l’utilisation de ces textes… Le service commençait à bien fonctionner le 22 juin 1942, quand Laval qui était revenu au pouvoir en avril a fait ce discours célèbre où il annonçait la relève et où il disait « souhaiter la victoire de l’Allemagne ». Son intervention avait été annoncée sur les ondes de Radio-Vichy. On savait ainsi que Laval devait faire une communication importante à 8 heures du soir. Le 22 au soir, Maurice Schumann, porte-parole de la France Libre, vient au commissariat à l’Intérieur nous voir. Nous montons tous les deux dans les greniers où était installé le service d’écoute. Nous étions entourés de jeunes filles volontaires, qui bien que militaires avaient revêtues des blouses roses et manipulaient les appareils d’écoute. A 20 heures, nous entendons Pierre Laval et le « je souhaite la victoire de l’Allemagne ». Schumann prenait des notes fébrilement. « Je vais répondre, je vais répondre… » disait-il nerveusement. On commanda un taxi. Je l’accompagnai. Nous avons sauté dedans. Direction, Carlton Gardens, quartier général où se tenait le bureau de de Gaulle. Là, Schumann tapa à la machine comme une mitrailleuse. Il était très très expert. Et un autre taxi. Nous filons à la BBC, moi toujours dans son sillage. A 21h 25, il entra dans la cabine (du studio) et une heure vingt-cinq seulement après l’intervention de Laval, mon Schumann prit la parole et affirma : « Monsieur Laval s’est mis en dehors de la nation, Monsieur Laval s’est condamné à mort ! ». Réponse du tac au tac.
Ce fut ma première activité. Ensuite, de Gaulle décida de créer un comité exécutif de propagande pour coordonner la propagande vers la France. Les Anglais faisaient la même chose. Jusqu’en 1941, l’action de la BBC avait été menée principalement par des journalistes qui avaient bénéficié d’une grande liberté même s’ils avaient reçu des directives. Ce sont eux qui ont, par exemple, de façon spontanée la campagne des « V ». Il s’agissait d’inciter les gens à tracer partout des V en Belgique et en France en symbole de la victoire. Cette consigne, émanant de journalistes belges et anglais de la BBC, fut très suivie. Elle eut un succès phénoménal, notamment parmi les collégiens et les lycéens, à tel point que le ministre de l’Education nationale a dû intervenir pour que ça cesse. Pendant trois ou quatre moins, la France avait été couverte de V. Les Allemands, pour prendre l’affaire à leur compte, ont collé un gigantesque V sur la Tour Eiffel pour redonner un nouveau sens à ce V : celui de la Victoire de l’Allemagne… Le succès de la campagne des « V » a fait réfléchir Churchill qui s’est dit que l’on ne pouvait laisser la propagande vers les pays occupés entre les mains des journalistes. Il allait se passer en Europe des choses importantes, des actions subversives, des mouvements de toutes espèces. Il fallait que cela réponde désormais à des directives gouvernementales. Churchill a donc fondé un organisme spécial pour piloter sa propagande avec une documentation phénoménale et de Gaulle a suivi en décidant de créer le comité exécutif de propagande. J’ai été le secrétaire de ce comité. J’ai donc assisté à toutes les séances où l’on s’entendait sur ce que l’on dirait aux Français. C’est devenu un organisme très intéressant et important après la création des maquis et le développement des actions politiques et militaires en France. Que pouvait-on dire aux maquis alors qu’on n’avait pas le droit de leur envoyer des armes, les Anglais ne le voulant pas ? Fallait-il les encourager à passer à l’action ? Fallait-il décider de leur envoyer des couvertures tout en sachant que ceci était dérisoire ? Tout ceci était bien délicat… Que dire aux paysans ? Fallait-il leur dire de livrer leurs grains alors que les villes crevaient de faim ou de brûler leurs récoltes ? Toutes ces questions faisaient l’objet de débats très vifs au sein d’un comité qui ne comptait à ses débuts que quelques Français Libres : cinq principalement dont Maurice Schumann et Georges Boris[19] (que Stéphane Hessel a bien connu) qui fut le principal animateur de la propagande vers la France et dont le souvenir a été oublié. Ce comité, si restreint au début, s’est élargi progressivement à mesure que de nouveaux ralliements eurent lieu, ceux de résistants venus de France, des agents ou des chefs de mouvement. Quand Pineau, d’Astier ou Fresnay était présents à Londres, ils participaient à ce Comité exécutif de propagande. Brossolette, Cordier y ont participé aussi tout comme un homme que nous avons bien connu et aimé, Jacques Bingen, qui fut délégué clandestin après la mort de Jean Moulin et qui s’est suicidé au moment d’être arrêté en avalant sa pilule. Il était régulièrement au Comité. A partir de 1943, à partir du moment où les échanges entre l’Angleterre et la France ont été de plus en plus étroits et nombreux, il y avait toujours des résistants et la propagande en français de la BBC vers la France occupée était toujours décidée par une équipe composée des résistants et des Français Libres. Moi, j’écoutais. On m’avait donné voix délibérative. J’en ai fait usage. Et je faisais les comptes-rendus que je diffusais. En 1943-1944, d’autre part, j’ai été nommé officier de liaison auprès de la BBC c'est-à-dire que je veillais à l’application des consignes en question et je participais tous les jours au comité de rédaction de midi à la BBC. Une autre responsabilité m’a aussi été confiée. Jean Moulin, en juillet 1942, a demandé à ce que lui soient envoyés chaque mois des courriers –documentaires, strictement documentaires vraiment, car en France, on était couvert de propagande allemande ou vichyste. Il voulait en effet savoir sur documents quelle était l’action des Français Libres, celles des Britanniques, quels étaient les problèmes économiques et sociaux, politiques aussi, qui se posés pour les Britanniques. J’ai donc constitué une équipe qui, à partir de juillet 1942, faisait des courriers mensuels qui étaient parachutés chaque mois pour la délégation. Je ne sais si Jean Moulin, lui-même, les lisait mais ça allait vraisemblablement à ceux qui faisaient le bulletin de presse autour de Jean Moulin et à certains chefs de mouvements peut-être. Enfin, en 1944, on envoyait soixante-dix courriers de ce genre et des tracts. Pas beaucoup de tracts car on les faisait mieux en France et qu’il fallait plutôt envoyer des armes que du papier. En tous les cas, j’ai envoyé tout cela et je dois dire que j’ai eu le privilège d’être associé à des débats qui étaient vraiment très délicats, notamment à l’approche du débarquement. Au moment du débarquement s’est ainsi posé un problème extrêmement grave : De Gaulle avait dit que « l’insurrection nationale serait inséparable de la libération nationale ». Tout le monde pensait donc qu’au jour J, toute la France se soulèverait et on avait commencé à armer les maquis depuis janvier-février. Beaucoup d’armes pour 400000 hommes ont été parachutées. Il ne faut pas l’oublier… Ce fut formidable. Et par conséquent, on pensait qu’il y aurait des mouvements énormes à partir des maquis. A partir d’avril 1944, les stratèges qui préparaient les plans du débarquement ont découvert qu’à la réflexion, en détaillant ces plans, il y aurait après quatre à six jours de débarquement, une tête de pont qu’il faudrait gonfler. Les armées alliées seraient retenues dans cette tête de pont pendant quatre à six semaines si tout marchait bien. Ce n’est qu’ensuite que les Alliés pourraient déboucher et la bataille de France durerait quatre à six mois… C’était cela la vision qu’on avait à Londres au printemps 1944. Se posait alors un problème très très grave : est-ce qu’il fallait laisser les résistants, comme on l’avait toujours pensé (pour ma part, je le crus presque jusqu’au bout), déclencher l’insurrection dès le 6 juin le jour du débarquement ou les induire à temporiser jusqu’au moment où la percée serait faite ? Les communistes, la gauche résistante, présents à Londres, étaient défavorables à cette solution d’attente : il fallait se battre dès le premier jour. Les Anglais et les services secrets français n’étaient pas d’accord et affirmaient que si les résistants s’engageaient trop vite à découvert, ils seraient massacrés par les Allemands. On imaginait des « Oradour[20] » dans toute la France. C’était un débat très important qui a divisé les Français de Londres et moi, je me trouvais au cœur de ce débat. J’ai eu à rédiger les consignes pour le débarquement. C’étaient des consignes mitigées. Mais, tout comme Stéphane (Hessel), je ne voulais plus rester dans les bureaux. Je devais être parachuté dans un maquis de l’Ain auprès de Roland Petit avec un officier anglais et un officier américain. Le premier soir, le temps était trop mauvais pour partir. Le second soir, l’officier anglais, un journaliste assez connu et toujours vivant, ne s’est pas présenté au rendez-vous. Les Anglais ont décidé de tout annuler. Je me suis retrouvé le « bec dans l’eau ». Voilà mon histoire…
4ème partie
Questions-réponses
Question : J’aimerais savoir quel était le sentiment, enfin bonjour d’abord et merci d’être là, j’aimerais savoir quel était votre sentiment la première fois que vous êtes arrivés en Angleterre ? […]
Stéphane Hessel, s’adressant à M. Crémieux-Brilhac : ah bah, tu es arrivé de Spitzberg, toi, alors…
Jean-Louis Crémieux-Brilhac : Oui, moi je ne savais rien, je ne connaissais pas l’Angleterre […]. J’avais été coupé des nouvelles du fait que j’avais été en captivité et au secret en Allemagne et en Russie, de sorte que ça a été une découverte, une révélation pour moi de voir l’Angleterre en guerre, d’apprendre en même temps les nouvelles de France, ce qui s’était vraiment passé en France. C’était exactement au moment où il y a eu les premières fusillades d’otages. C’était dramatique. Donc une révélation de toute espèce. Et puis Londres fortement détruit, mais Londres capitale de la Résistance avec des uniformes de toutes les nationalités sur Trafalgar Square. Et puis la découverte de De Gaulle, parce que moi je ne savais pas qui était De Gaulle. Enfin je savais qu’il existait, mais je ne savais pas ce que c’était. J’étais inquiet. J’étais rallié, on avait décidé… on ne pouvait que se rallier à lui. Mais est-ce que c’était simplement un officier de cavalerie, ou est-ce que c’était autre chose ? Alors la première rencontre avec De Gaulle, c’était stupéfiant, parce qu’il était souverain ! C’était impressionnant… Je ne veux pas en dire plus. Mais dès le premier abord, pour une prise d’armes où il a pris la parole, mon voisin m’a donné un coup de coude et m’a dit : « c’est Charles XI ! »
Stéphane Hessel : Charles XI !!! Le dernier roi de France ! (Rire). Bon, je réponds de mon côté rapidement. Moi, j’allais très consciemment, j’avais fait des efforts pour essayer de sortir de France, essayer d’avoir un avion, essayer d’arriver en Angleterre, donc j’ai été naturellement très très heureux que ça se soit passé aussi bien, sans véritable drame. Et l’Angleterre m’était déjà bien connue, j’avais fait une année d’études en Angleterre à l’âge de 17 ans, donc je connaissais l’Angleterre, je connaissais Londres. Mais je constatais que cette Angleterre dans laquelle je débarquais, et qui était à l’époque encore très fortement sur ce que l’on appelait le Blitz, c’est-à-dire une guerre de bombes incendiaires, une guerre cruelle qui a détruit beaucoup de Londres et beaucoup d’autres villes anglaises. Je débarquais là dedans avec une formidable admiration pour ce peuple britannique, que je garde jusqu’à aujourd’hui, car la façon dont les Anglais ont vécu cette période est en effet admirable. Non seulement il avait un grand chef en la personne de Churchill, il avait un remarquable ministre du ravitaillement, Lord Woolton [ ?], qui a évité qu’il y ait du marché noir en Angleterre pendant la guerre, alors qu’en France, il fleurissait. Mais ma première impression, si vous voulez, en arrivant, c’est évidemment de me demander, mais voilà, qu’est-ce que je vais pouvoir faire ? Dans quoi vais-je pouvoir m’engager ? Et j’ai eu moi-même la même impression très forte de mon premier contact avec le général de Gaulle, je l’ai déjà dit tout à l’heure, à la fois par ce que l’on ne savait pas de lui, car nous ignorions quel genre d’homme il était. Et, à Londres, il faut le dire, j’y reviens rapidement, beaucoup de Français qui habitaient en Angleterre, avaient une certaine méfiance à l’égard de ce général. Un général, c’est toujours un peu suspect. De plus, il s’appelait « De-Gaulle », c’est bizarre. Enfin était-il véritablement un patriote simplement [mais] peut-être un futur dictateur pour la France ? Etait-il à gauche ? à droite ? Qu’est-ce que c’était que cet homme ? Beaucoup de gens se méfiaient de lui. Moi, jeune et désireux surtout de continuer la guerre, je voyais en lui un général, c’est-à-dire quelqu’un, à cet égard, qui inspirait confiance, et en même temps dans les premiers échanges de phrases qu’on avait avec lui, on sentait un homme extraordinairement dévoué à la cause d’un pays et démocrate dans son esprit ; on l’a senti dès qu’on avait un contact avec lui. Deuxième question ? […]
Question : Qu’est-ce qui vous a montré que De Gaulle était républicain ? […] Qu’est-ce qui vous a inspiré confiance en lui ?
Stéphane Hessel : C’est une question importante et je crois que nous avons l’un et l’autre des périodes où nous nous demandions, nous nous posions la question : qui était-il ? Qu’est-ce qu’il représentait ? Et je pense qu’il s’est passé des mois pendant lesquels on n’était pas complètement rassuré. Pour ma part, j’ai toujours fait la distinction entre De Gaulle chef dans une période de guerre, où on avait besoin de quelqu’un de patriote, et De Gaulle futur chef de la France libérée où on avait besoin d’un républicain et d’un démocrate. Très vite, pour moi, cette deuxième forme d’appréciation du général a été rendue évidente par les hommes qui étaient autour de lui et dont certains étaient pour moi des amis ou des amis de ma famille. Notamment l’importance de René Cassin, l’importance aussi d’un homme que Jean-Louis Crémieux-Brilhac a évoqué, Georges Boris. Voilà des hommes dont le républicanisme et l[e sentiment] démocrati[que] étaient indéniables pour moi. Le fait qu’ils étaient proches du général et soutenaient son action me suffisait pour lui faire confiance sur ce plan. Et de proche en proche, notamment le grand discours de l’Albert Hall[21] en novembre 42, m’a évidemment complètement convaincu que De Gaulle était dans cette voie. Je trouve que Christian Pineau[22], qui est arrivé de France, et qui a fait dire des choses au général qui correspondaient à ce qu’attendaient en France la résistance syndicale et la résistance des mouvements de gauche. Christian Pineau a été mon premier agent, c’est-à-dire [que] c’est moi qui en tant que travaillant au BCRA lui ait donné les instructions sur la façon dont, au retour, il allait organiser un grand réseau de renseignement. Donc je l’ai bien connu ; j’ai assisté à ce qu’il avait à dire au général De Gaulle, et là encore j’ai été convaincu que De Gaulle, quelque est été son passé, ses arrière-pensées que nous ignorions, s’était complètement rallié à la thèse d’une restauration républicaine et démocratique en France.Jean-Louis Crémieux-Brilhac : Il est certain […] que si certains ont eu des inquiétudes au sujet de De Gaulle, de la pensée politique de De Gaulle, c’est, d’une part, du fait que dans la première période, il a voulu que le mouvement soit exclusivement militaire. Et au point, par certaines manifestations, d’inquiéter quelques uns […]. Je veux dire, en demandant que les émissions de la BBC, qui avaient pour devise Liberté, Egalité, Fraternité, n’aient plus cette devise, mais la devise Honneur et Patrie. Et il a pendant un an tenu à ce que le mouvement soit exclusivement militaire, d’autant plus que la majorité des officiers de la première France Libre étaient sans aucun doute des hommes issus des Croix de Feu[23] ou de l’Action Française[24], ou des coloniaux[25]qui avaient de la France une vue […] telle que peuvent l’avoir des officiers coloniaux. Cela dit, moi, quand je suis arrivé, la… je n’aime pas qu’on dise la conversion démocratique de De Gaulle, mais son affirmation démocratique s’est manifestée au premier discours que j’ai entendu, c’est-à-dire, le premier discours que j’ai entendu, c’est celui où il a dit : « ajoutons à la devise Honneur et Patrie, la devise Liberté, Egalité, Fraternité. » Alors il est vrai que l’attitude de De Gaulle, le comportement de De Gaulle, c’est un comportement autoritaire et monarchique mais il était une telle personnalité et avec si peu d’hommes autour de lui, que c’est son action, pendant les deux premières années en tout cas, qui représentait toute l’action de la France Libre. […] Il est certain d’autre part que la conception de la république que De Gaulle avait, il était républicain, moi je suis convaincu qu’il était républicain – sa famille était d’origine légitimiste[26], mais ralliée à la république depuis longtemps. Mais je pense que sa conception de la république n’était pas la conception radical-socialiste[27], ça c’est certain.
Stéphane Hessel : Peut-être faut-il dire un mot sur René Cassin, n’est-ce pas encore une fois. De Gaulle a eu la chance d’avoir auprès de lui un grand juriste[28]. Et un juriste qui était à l’évidence imbu de la tradition républicaine et démocratique française. Et pour que De Gaulle puisse se présenter comme étant la France, alors que l’on pouvait penser que la France, c’était Pétain, puisque Pétain avait été élu, intronisé, rendu légitime. Pour qu’il ait sa légitimité de la vraie continuité de la république française, il avait besoin d’un étaiement juridique, et René Cassin, à cet égard, a joué un rôle très important. Vous allez retrouver son nom d’ailleurs dans tous les concours que l’on fait sur ce sujet. René Cassin était à Londres au moment où le général De Gaulle a fait son premier discours, et il a tout de suite apporté sa caution, sa caution de droit international et de légitimité républicaine à De Gaulle.
Jean-Louis Crémieux-Brilhac : Alors, il faut ajouter que Cassin a créé le Journal officiel de la France Libre, qui était exactement de la même typographie et de la même présentation que la Journal officiel de la République Française. Que Cassin a imposé que les règles de la justice dans l’armée, dans les forces françaises libres, soient rigoureusement conformes au droit français et que dans tous les territoires ralliés à la France Libre, ce sont les justes lois de la légitime république qui ont été en vigueur, même quand ces territoires avaient connu déjà l’autorité de Vichy et que les lois de Vichy y avaient été appliquées. […] On est revenu à la législation de 1939, donc à la législation républicaine.
Question : M. Hessel, vous nous dites que vous avez été arrêté par la gestapo le 10 juillet […] 1944. Quelle mission meniez-vous […] à cette période ? […]
Stéphane Hessel : On m’avait confié une mission que j’avais moi-même d’ailleurs appelée la mission Greco. Nous étions toujours à la recherche de noms intéressants et stimulants, et comme j’aimais beaucoup ce peintre, j’ai fait appeler ma mission, la mission Greco. Comme c’était mon service, le BCRA, qui montait les missions, la mission a été montée avec mon plein accord et avec celui de mes chefs au sein du BCRA. Elle consistait à prendre contact avec les réseaux de renseignement très nombreux à l’époque et qui couvraient généralement le territoire, mais qui le couvraient généralement à partir d‘un point fort. Ce point fort était souvent Lyon, très souvent Paris et assez rarement des lieux de province. Nous pensions à l’époque, quand je suis parti en mars 44, qu’il y aurait prochainement le débarquement, et qu’il fallait prévoir ce que serait la situation de la France après le débarquement, et essayer d’avoir des relais radio, des opérateurs radio répartis dans les différentes régions de France pour qu’ils puissent continuer à communiquer avec Londres même lorsque les grandes villes n’en auraient peut-être plus la possibilité. Ma mission consistait donc à prendre contact avec les chefs des réseaux de renseignement qui étaient mes correspondants depuis bientôt 2 ans et à travailler avec eux pour que des radios soient posés et introduits dans les différentes régions de France. C’est le travail que j’ai fait pendant les mois d’avril, mai, juin et début juillet, avec un certain succès. Nous avons en effet pu implanter des radios dans une quinzaine de régions de France et qui avaient pu établir le contact. C’est malheureusement un de ces radios qui, s’étant fait arrêté par la gestapo un peu avant moi, a accepté de prendre rendez-vous avec moi pour sans doute échapper à des tortures du côté de la gestapo, c’est comme ça que j’ai été arrêté. Mais la mission était, celle-là, une mission de renseignement et pas d’action : renseignement et répartition des radios dans le territoire.
Question : […] C’est encore par rapport aux missions de renseignement, c’est vous qui les prépariez. Mais comment se faisait la préparation ?
Stéphane Hessel : Nous étions à l’époque très ambitieux. Nous pensions que nous étions capables d’établir un service d’espionnage et de renseignement qui aurait été plus efficace que celui de l’Intelligence Service anglais, qui cependant était constitué de professionnels, alors que nous étions d’affreux amateurs. Mais nous avions au moins appris un certain nombre de choses, c’est que pour qu’un réseau de renseignement fonctionne, il faut qu’on lui indique quelles sont les données, importantes pour l’état-major, qu’il s’agissait d’essayer de récupérer : les passages du matériel allemand, les passages des installations économiques allemandes, c’est là-dessus. Donc, nous leur indiquions à ces réseaux ce qui nous intéressait et ce sur quoi nous souhaitions qu’ils nous renseignent. Nous leur donnions des instructions très fermes de sécurité, de cloisonnement entre les différents membres, de boîtes aux lettres bien précisées. Il y a eu toute une mise en place de réseau. Et au début, ils étaient très peu nombreux. Quand, après 1943, il y en a eu un plus grand nombre, il y a eu beaucoup d’arrestations malheureusement, beaucoup d’infiltrations du Sicherheitsdienst, c’est-à-dire du contre-espionnage allemand. Nous avons perdu beaucoup d’amis, ça été très dur à supporter. Mais en même temps, ça ne s’est jamais arrêté, il y a toujours eu des nouveaux qui sont venus. Et donc, ces réseaux ont été finalement considérés par l’état-major allié comme un apport important à l’effort de guerre, c’est ce qui nous a fait évidemment très plaisir.
Jean-Louis Crémieux-Brilhac : Moi, je voudrais ajouter deux choses. La première […], on ne peut pas imaginer l’étendue et l’importance des renseignements que l’on a reçus à Londres par les réseaux français ou anglais. Moi, j’étais au Commissariat à l’Intérieur, et ce que nous recevions, ça n’était pas les renseignements purement militaires, c’étaient les renseignements politiques ou des renseignements sur l’action des maquis ou les mouvements. Songez, pour vous donner un seul exemple, qu’on recevait en […] juin 44 plusieurs milliers de télégrammes de France. Songez qu’en 1943, dans l’été 43, le commissaire à l’lntérieur avait sur sa table, avec un à deux mois de retard, la synthèse des rapports des Préfets de Vichy et la synthèse des rapports des Renseignements Généraux[29], ce qui signifiait donc une capacité d’infiltration, de collecte de documents en France et puis de transmission absolument phénoménale. Ce qui permettait à la BBC d’ailleurs d’être aussi précise à ce moment-là dans l’énoncé de ce qui se passait en France et la révélation de faits dissimulés à la population française [par le gouvernement de Vichy]. Le second point que je voudrais dire, c’est rappeler le nombre d’agents qui ont été envoyés en France. La Royal Air Force a réussi 217 atterrissages clandestins et déposé 443 passagers dont la moitié anglais, la moitié du BCRA. Les flottilles secrètes anglaises ont déposé 210 passagers et 819 ont été parachutés d’Angleterre, moitié pour le BCRA, moitié pour les Anglais. Alors naturellement, certains ont fait plusieurs allers-retours. Brossolette est allé trois fois en France, j’ai des camarades qui ont été parachutés trois fois, repartis par l’Espagne, ou colis et ramenés par avion. Ça ne fait pas au total 1500 agents, 1500 personnalités différentes qui ont été parachutées ou déposées, et dont 700 pour les services français. Mais enfin, ça fait plusieurs centaines, probablement plus de 500 différents. Autre question ?
Question : Bonjour Monsieur. Je voulais vous demander quel était votre… ce que vous vouliez faire en allant en Angleterre, en ralliant le général De Gaulle ? Quel était votre principal but ?
Jean-Louis Crémieux-Brilhac : Et bien, écoutez, moi je pensais me battre ! J’étais aspirant ou sous-lieutenant d’infanterie, je pensais continuer !
Stéphane Hessel : Si vous voulez, pour élargir un tout petit peu cette réponse à laquelle je souscrits tout à fait, moi aussi c’était évidemment l’idée. Mais, il faut se dire que l’état d’esprit en France, en juin 1940, est un état d’esprit très particulier, choquée par la victoire trop rapide de l’armée allemande, il y a eu comme un esprit de résignation et de défaitisme qui malheureusement a frappé beaucoup de nos compatriotes. Beaucoup se sont en quelque sorte félicités que l’armistice ait été obtenu. Beaucoup ne se doutaient pas de ce qu’allait infliger à la France le régime nazi. Beaucoup malheureusement pensaient que le plus grand danger pour les démocraties, c’était le bolchevisme, et que par conséquent, peut-être que l’Allemagne les défendait contre le bolchevisme. Beaucoup pensaient que le maréchal Pétain après tout était un grand héros de la première guerre mondiale et qu’il fallait le croire quand il disait que l’armistice était pour le bien de la France. Donc, il fallait avoir quelques motivations. La plus forte motivation était la jeunesse, c’est-à-dire ceux qui étaient en train de faire la guerre, et de l’avoir ratée comme nous l’avons ratée, avaient envie de continuer à la faire. D’autres étaient très au courant de ce que représentaient le nazisme et le fascisme. C’était mon cas : je venais d’une famille qui était une famille anti-fasciste par destination depuis le début de la montée du fascisme en Europe. Pour ceux-là, rallier et combattre étaient une nécessité encore plus évidente que pour les autres. S’il y a eu relativement peu de ralliés – quand je suis arrivé à Londres, nous étions très très peu nombreux – s’il y a eu relativement peu de ralliés et […] s’il a fallu relativement beaucoup de temps avant que ne s’organise en France une vraie résistance, c’est à cause de cet esprit, cet esprit que nous appelons maintenant un esprit vichyste, c’est très sévère ! mais vous voyez ce que je veux dire, une certaine résignation. Et mon message que je fais toujours à des jeunes comme vous, il est celui-ci : notre génération a manqué de vigilance, nous n’avons pas vu naître et se développer le fascisme. Nous avons même été nombreux à penser que, après tout, c’était pas mal, que l’Italie de Mussolini, c’était plutôt intéressant, qu’Hitler, après tout, faisait peut-être des choses pour l’Allemagne. Nous n’avons pas eu l’oreille et l’œil assez attentifs, et je vous demande, [à] vous, de ne pas tomber dans ce travers. Ecoutez bien lorsque vous entendez quelque chose qui ressemble à du racisme, à de l’antisémitisme, à de l’abandon à une lâcheté à l’égard des injustices dans le monde. Ne faites pas comme nous, n’attendez pas que ça éclate et qu’il faille aller se battre. Soyez vigilants, prudents et essayez de vaincre dès que les […] premiers signes se manifestent [de] ce qui nous a fait, à nous, tant de mal. D’autres questions ?
Question : je m’adresse à M. Crémieux-Brilhac. Quand vous êtes passé en Lituanie, est-ce que c’était dans le seul but de sortir d’Allemagne ou est-ce que vous attendiez quelque chose d’un éventuel consulat de France ?
Jean-Louis Crémieux-Brilhac : Ceux qui se sont évadés d’Allemagne – dont le premier s’est évadé le 1er juillet 1940, c’est-à-dire sans même savoir qu’il y avait eu un armistice – ceux qui se sont évadés en 1940, pour la plupart, voulaient simplement rentrer chez eux. Et imaginez que la guerre était finie, comme la propagande de Vichy [et] la propagande allemande le répandaient dans les camps. Ce sont ceux qui se sont évadés un peu plus tard à partir de 41 qui envisageaient, pour certains, de rejoindre la France Libre. Pour ma part, je n’ai pas à le dissimuler, je pensais rentrer en France et […], en France, me rendre compte de la situation, et de là, je pensais rejoindre De Gaulle. Mais je pensais rentrer en France d’abord. En 41, mieux informés, là il n’y avait pas doute, nous avons été tout à fait … c’était tout à fait clair pour nous : De Gaulle, le choix De Gaulle. Mais je voudrais, à ce que Stéphane Hessel a dit tout à l’heure superbement, ajouter quelque chose concernant la France Libre. C’est que la France Libre et les Français Libres se sont trouvés dans une situation tout à fait différente de celle de tous les autres pays dont les représentants étaient à Londres. Il y avait à Londres, capitale de la résistance, des Belges, des Hollandais, des Norvégiens, des Grecs, des Yougoslaves ensuite… Tous avaient leurs gouvernements qui avaient refusé la domination allemande. Les Français Libres se sont trouvés dans une situation, et De Gaulle le premier, dans une situation tout à fait différente puisqu’il y avait une autorité qui était reconnue comme légitime en France qui avait pactisé avec les Allemands, mais qui était reconnue comme légitime, qui en 1940-41 était reconnue par toutes les grandes puissances sauf l’Angleterre. Il y avait un ambassadeur américain, il y avait un ambassadeur soviétique à Vichy. C’était une rupture, non seulement un refus de la défaite, d’être Français Libre, mais c’était aussi une rébellion, une rébellion contre le gouvernement de Vichy et les premiers Français Libres jusqu’à Bir-Hakeim pouvaient être considérés par les Allemands comme des Francs-tireurs. Donc c’était une situation tout à fait particulière qui explique aussi […], outre l’autorité immense et le prestige immense du maréchal Pétain (et la propagande qui l’a entourée), […] le faible nombre des Français Libres dans la première phase.
Question : Alors, j’aimerais savoir quelles étaient exactement les relations de la France Libre avec l’URSS ? Puisque l’on parle beaucoup des relations avec les Etats-Unis, l’Angleterre, mais avec l’URSS ?
Jean-Louis Crémieux-Brilhac : […] Le général De Gaulle a toujours pensé que la guerre […] était une guerre mondiale, que les Etats-Unis entreraient en guerre, et il est vraisemblable, sans que ce soit certain, mais il est vraisemblable que dès le début il a pensé que […] l’Union Soviétique entrerait également en guerre. En tout cas, il a tenu à ce que l’ennemi étant l’Allemand et le nazisme, que toutes les forces françaises quelqu’elles soient, puissent se coaliser sans distinction de parti, contre l’ennemi. De sorte que, contrairement à ce que certains historiens ont pu croire, jamais le général De Gaulle ne s’est prononcé ni contre le communisme, ni contre l’Union soviétique, ni contre le Parti communiste français ou contre le pacte germano-soviétique, dans la première période […] avant l’entrée en guerre de l’Union soviétique. Jamais une allusion, jamais il n’a toléré que l’Union soviétique soit critiquée, quoiqu’il en pensât lui-même, car il n’avait aucun doute sur le caractère totalitaire du régime. Mais […] assez tôt, il a vu dans l’Union soviétique, une future alliée, et en tout cas dans les communistes français des combattants, différents de lui, mais des combattants contre le nazisme et qui pourraient se regrouper dans une union nationale.
Question : Et le député communiste Fernand Grenier est bien venu à Londres d’ailleurs, lors d’un voyage difficile en bateau, pour rencontrer le général De Gaulle ?
Jean-Louis Crémieux-Brilhac : Oui, oui, mais là, c’était déjà une situation différente, car Grenier est arrivé au début de janvier 1943, alors que la guerre avait évolué, que l’Union soviétique avait reconnu le général De Gaulle, que d’autre part l’amiral Darlan avait pris le pouvoir en Afrique du Nord. Et donc la venue de Grenier, qui a été très importante pour la France Libre, parce qu’elle apportait l’adhésion du parti communiste, […] a été décidée de Moscou ; l’ordre a été transmis au comité exécutif du parti clandestin. Et c’est donc sur décision politique dont l’origine était à Moscou que Fernand Grenier est venu. Mais enfin Fernand Grenier a été accueilli comme l’un de nous. Maurice Schumann, lui, signait ses notes à Fernand Grenier « fraternellement ». Je veux dire qu’à cette époque, en 1943, on ne faisait pas de distinction à Londres entre communistes et non-communistes. Tous faisaient partie de ce qui était une espèce d’union nationale pour la libération. […]
Question : […] Je voudrais commencer par une question anecdotique. A votre commissariat à l’Intérieur, M. Crémieux-Brilhac, où vous receviez des résistants pour élaborer des directives et des dossiers d’information à destination de la France occupée, est-ce que vous avez vu arriver le couple Aubrac ou bien l’un de ces deux membres, Lucie ou Raymond ? Et puis alors une autre question, c’est sur les archives de toute cette affaire, de votre commissariat et de tous vos débats, est-ce que ces archives ont été préservées ? Est-ce qu’elles sont maintenant aux Archives Nationales et est-ce qu’il y a eu des travaux, à votre avis, suffisants sur ces archives ou est-ce qu’elles seraient encore intéressantes à exploiter pour se faire une meilleure idée de la période ? Et ce qui m’amène à un souhait, c’est que vous parliez davantage de vos livres récents l’un et l’autre, les mémoires de Stéphane Hessel et votre propre livre sur vos aventures orientales…[…]
Jean-Louis Crémieux-Brilhac : alors, je réponds tout de suite. Lucie Aubrac, oui, nous l’avons très bien connue. Elle est arrivée à Londres […], elle est restée à Londres, et elle a d’ailleurs participé au comité exécutif de propagande. Et [Raymond] Aubrac est arrivé en même temps qu’elle, mais est parti pour Alger. Nous l’avons connu, il a fait l’aller-retour. Il est revenu à Alger et il a été actif au commissariat à l’Intérieur. Il était un des conseillers de D’Astier[30] et de Georges Boris[31] au commissariat à l’Intérieur. En ce qui concerne les archives, les archives du commissariat à l’Intérieur ont été conservées. Moi, j’en ai versé une partie. Toutes les archives du comité exécutif de propagande sont aux Archives Nationales. Elles ne s’éclairent vraiment que si on a accès aux archives du BCRA, hors les archives du BCRA sont débloquées depuis très peu de temps seulement. Elles sont accessibles sur dérogation mais elles sont accessibles. Et dans les archives du BCRA, vous les connaissez, il y a beaucoup de choses, mais elles sont incomplètes malheureusement sur certains points. Alors ce qui complique évidemment l’histoire de la France Libre, c’est qu’une partie des archives anglaises, les archives du service secret SOI, sont ouvertes aujourd’hui, mais la plus grande partie a été détruite. Et les archives de l’Intelligence Service sont fermées. Donc toute l’histoire des réseaux et des relations entre les services secrets français et les services secrets anglais restent très difficiles )à éclaircir… Mais vous le savez !
Question : J’aimerais savoir, Messieurs, ce qu’a pensé votre famille lors de votre départ pour l’Angleterre ?
Stéphane Hessel : Alors, moi, je réponds très vite à ça. Ma femme était partie en même temps que moi de France en février 1941. Elle est allée aux Etats-Unis avec ses parents et puis elle m’a rejoint. Elle m’a rejoint en novembre 42. Elle a eu le courage de traverser l’Atlantique dans un convoi de 24 bateaux dont 9 ont été coulés. Elle est quand même arrivée, m’a rejoint à Londres, m’a fait cet énorme plaisir. Elle était là au moment où on m’a envoyé par Lysander en France en mars 1944. Elle n’a pas su ce qui était advenu de moi après mon arrestation. Elle est revenue à Paris, et elle a été toute surprise de me voir débarquer d’un train le 8 mai 1945 en bon état physique, alors qu’elle pensait plutôt récupérer une loque humaine. Là, bon, elle a été peut-être déçue… (rire de l’assistance). Elle a en tout cas réussi à me retrouver. Ma famille sinon, j’ai commis une imprudence affreuse. Ma mère vivait en France, je suis allé la rejoindre en Savoie et je lui ai dit : « veux-tu venir travailler avec nous dans mon petit réseau Greco ? ». Elle a dit oui. Et quand j’ai été arrêté, elle a eu la chance de pouvoir immédiatement se rembarquer pour la Savoie, où elle habitait. Elle n’a donc pas été inquiétée. Voilà tout ce que j’ai à dire.
Jean-Louis Crémieux-Brilhac : Et de mon côté, j’ai été considéré comme disparu pendant huit mois. On a supprimé la délégation de solde à ma famille, à ma femme. Et c’est donc quand je suis arrivé à Londres […], par une émission que j’ai faite à la BBC, on a reconnu ma voix, que ma famille a d’abord su que j’étais à Londres. Et ma femme a cherché à me rejoindre, ce qu’elle a pu faire après un an de démarches, d’efforts. Elle a réussi au bout d’un an à obtenir des papiers douteux et un visa plus ou moins authentique et a pu passer par l’Espagne et le Portugal et rallier Londres où elle est devenue Française Libre, peu de semaines avant le débarquement allié [en Afrique du Nord ?] et l’occupation totale de la France.
Stéphane Hessel : Et nous avons été reliés par ma femme. Puisque ma femme a occupé pendant un certain temps le poste, le rôle de relation entre Jean-Louis Crémieux-Brilhac, commissariat à l’intérieur, et le BCRA. Donc, vous voyez, tout ça, c’est resté dans la famille !
[1] ou union, rassemblement.
[2] Pensez au Tchad de Félix Eboué.
[3] au Congo, Afrique Equatoriale Française.
[4] Et contrôlés jusqu’alors par les forces françaises de Vichy
[5] régalien = fait référence à la souveraineté et à l’autorité de l’Etat.
[6] Le fait qu’il existe un territoire.
[7] Refusant toute identité politique partisane (à droite ou à gauche).
[8] Principal mouvement de résistance, qu’il a fondé dès le début de la guerre, avec Bertie Albrecht.
[9] Aux ordres de Vichy.
[10] C’est ainsi que Giraud appelait De Gaulle.
[11] Ou général de brigade, grade inférieur à général d’armée.
[12] La majorité des Français Libres ne sont pas des soldats combattants au sens militaire du terme.
[13] Pensez au témoignage de M. Rieunier qui s’engage dans cette armée issue de la fusion.
[14] De son vrai nom : GPRF (gouvernement provisoire de la république française).
[15] René Cassin, grand juriste.
[16] Recherche et poursuite judiciaire des collaborateurs.
[17] de l’ONU.
[18] Commandant en chef de la Wehrmacht.
[19] Ancien directeur de cabinet de L. Blum, ancien directeur du journal antimunichois La lumière, il constata l’extrême solitude du général de Gaulle et devint l’un des principaux responsables des affaires politiques françaises libres. Il contribua à faire connaître le général et étaient de ceux qui proclamait les principes démocratiques de la France combattante et la volonté de ses dirigeants de « rendre la parole au peuple français » estimant que son devoir est de « proclamer que c’est une réalité et d’en faire une réalité. » Donna des consignes sur les ondes de la BBC pour un déclenchement échelonné du « soulèvement national » lors du débarquement allié. Etait un socialiste humaniste qui resta toute sa vie admiratif de « l’homme du 18 juin. »
[20] Allusion au massacre d’Oradour sur Glane (Haute-Vienne) où 642 habitants furent assassinés par les S.S et le village brûlé le 10 juin 1944.
[21] un centre de conférence de Londres
[22] homme politique socialiste
[23] ligue d’extrême droite des années trente.
[24] Organisation royaliste, proche de l’extrême droite.
[25] Officiers français de la partie de l’armée qui sert dans les colonies.
[26] Royaliste favorable à la famille de Bourbon, successeur de Louis XVIII et Charles X (Restauration), par opposition aux orléanistes qui soutiennent les descendants de Louis-Philippe Ier (monarchie de Juillet).
[27] Principal parti (de centre gauche) sous la 3ème république, favorable à une république parlementaire, où le législatif domine l’exécutif.
[28] Spécialiste du droit.
[29] Un des services de renseignement intérieur français, au service de Vichy à l’époque.
[30] Emmanuel d’Astier de la Vigerie, fondateur du mouvement de résistance Libération, et commissaire à l’Intérieur à partir de novembre 1943. Ces deux frères, Henri et François, ont aussi été des résistants.
[31] Ancien collaborateur de Léon Blum, journaliste, et chargé de 1940 à 1944 de la direction générale des services du commissariat à l’Intérieur (c’est-à-dire n°2 du commissariat). Voir note n°19