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Carole EXBRAYAT

Fish Trip
immersion dans l'art du "Gyotaku"
exposition du 4 au 28 avril du mercredi au dimanche de 15h à 19h
vernissage le jeudi 4 avril à 18h
présence de l’artiste tous les samedis et dimanches
atelier d'écriture en écho avec l'exposition le mardi 9 avril à 18h

De la mine à la mer...
Carole Exbrayat née le 27 mars 1953 a eu son enfance marquée par les séjours de vacances à la mer et particulièrement ceux passés à Quiberon auprès de la famille de sa mère, dans le milieu de la pêche et du commerce du poisson. Cela la dépaysait beaucoup de son milieu de vie à Saint Etienne, la famille de son père émanant du monde de la mine et de Manufrance.

Des Lettres aux Arts...
Cette double postulation a toujours été à l’œuvre ; après des études de lettres option arts, elle a été 20 ans professeure de lettres en lycée puis presque autant professeure d'arts plastiques agrégée au lycée de Vizille, auprès de jeunes gens motivés et touchants. Durant sa carrière, elle a développé une pratique personnelle touche à tout, centrée sur la peinture surtout mais aussi l'installation, la performance, le collage (collectif ColAndCO) et l'animation d'ateliers de techniques mixtes .
Elle s'est régulièrement formée à l'aquarelle, la gravure (Beaux Arts, ACDA...), la photographie (Arles), le gyotaku (auprès de Gilles Bourgeade). l'installation et la performance (Mourèze, Hérault). Elle affectionne plus particulièrement les expérimentations en autodidacte.
Elle a participé à de nombreuses expositions collectives dans la région mais aussi à des expositions personnelles (Claix, Notre Dame de Mésage, Biennale de Dessin....).
En arts elle a obtenu des prix (Trophée Moai Grenoble, prix de la créativité peinture à Saint Jean de Chépy et Amis des Arts...) et elle a remporté des prix de nouvelles avec publications.

Du rêve au projet...
Elle a en tête d'approfondir la pratique et l'esprit du gyotaku en se rendant au Japon.




© Carole Exbrayat


© Carole Exbrayat


© Carole Exbrayat


© Carole Exbrayat


© Carole Exbrayat

En ce mois d'avril, l'espace d'Alter Art est investi par Carole Exbrayat avec son exposition « Fish Trip », immersion parmi les poissons grâce à l'art traditionnel japonais du «Gyotaku». Ce procédé ancestral consiste à fixer avec l'encre de chine l'empreinte de poisson sur une feuille de papier de murier «wenzhou».

Pour cette artiste d'origine bretonne, le poisson comme sujet relève de l'évidence par une généalogie familiale où pêcheur et mareyeur tiennent leur place. Pour l'enfant qu'elle était, aller à la criée, se nourrir de poissons abimés créaient une oscillation entre le jeu et la subsistance, une nécessité. L'image du poisson dans ses créations prend sa place dès les années 1980.

Dans l'imaginaire, ce vertébré est généralement indifférencié, sans âge, sans affect, pour tout dire insignifiant malgré une présence en iconographie religieuse. L'artiste s'empare du sujet dans un rituel d'appropriation, de reconnaissance, d'émotion. Tout d'abord le choisir pour ses lignes, ses brillances, son extravagance, palper son écaillure, sa souplesse, le nommer par son identité marine, bars, daurades, limandes, noms repris en titre de ses œuvres. Par une pression des doigts sur le papier-suaire qui recouvre le corps du poisson, humide d'encre de chine, elle saisit l'empreinte. Cette transcription de l'image réelle, elle se l'approprie non seulement sur le papier wenzhou, mais aussi sur des patrons de coutures, blancs, bleus ou bruns comme en utilisait sa mère, sur des nappes, serviettes et draps, marqueurs de vécus familiaux comme de textures. Seule ou plurielle, les empreintes dématérialisent le vivant, obligent à un arrêt sur image, le mouvant, le furtif demeurent en suspens. Alors l'artiste plisse, maroufle, déchire, coud l'image fossile, vivifie le détail de l'empreinte en coloriste, expérimente la fragmentation de l'image, la multiplicité, la mise en ligne; elle joue malicieusement de traces de fils de pêche, de tampons d'écoliers pour disséminer ici et là fleuve, rivière, signes d'écriture.

Démiurge d'un exubérant «memento mori», elle transcende la banalité supposée du simple vertébré nommé poisson. Cela n'étonnera donc pas que par une photographie, « portrait d'elle-même en baudroie », Carole Exbrayat puisse rejoindre la tendresse et le mystère des  abysses dans une surprenante symbiose.
.Jean-Luc Didier – février 2019