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Jean-Louis ROUX

Rétro-paysages
photographies
Vernissage le jeudi 15 février à 18h
Exposition du 15 février au 11 mars 2018 du mercredi au dimanche de 15h à 19h
présence de l'artiste tous les samedis et dimanches
Atelier d'écriture en écho avec l'exposition le mardi 27 février à 18h
atelier animé par Elisabeth Chabuel (participation aux frais de 10 euros; inscription par courriel)


© Jean-Louis Roux





© Jean-Louis Roux





© Jean-Louis Roux
Dans le cadre de Paysage->Paysages saison 2 et en écho au numéro 79 de la revue L'Alpe, Alter-Art présente une exposition de photographies de Jean-Louis Roux, intitulée "Rétro-paysages".

Les yeux derrière la tête
(extraits)

« Le paysage n’existe pas. C’est une vue de l’esprit. Une vue de la vue, une vision des hommes. Le pays est le lieu que l’on habite, quand le paysage est le lieu que l’on regarde. Le paysage est une invention des peintres […] : c’est le bout de nature qu’ils jugent suffisamment « pittoresque », c’est-à-dire « digne d’être peint ». Pour l’écrire autrement : le paysage est un spectacle et l’on ne vit pas dedans, car on ne peut pas se regarder soi-même. Mais qu’y a-t-il en face du paysage ? C’est notre regard qui engendre le paysage et j’ai imaginé avoir des yeux derrière la tête. J’ai imaginé voir ce qui est dans notre dos, lorsque nous regardons le paysage. J’ai nommé cela des Rétro-paysages, puisque ce sont des « paysages de derrière » et que, pour capter leur image, j’ai fait appel à des miroirs. […] J’ai cadré des « rétroviseurs » dans mon viseur.

Il y a fréquemment, au bord des routes et des rues, de grands miroirs destinés à faciliter la vie des automobilistes. On nomme cela des « miroirs de circulation ». […] Ce sont des miroirs où l’on ne se mire pas. Ce sont des miroirs où le paysage louvoie. Ce sont des miroirs où le paysage ne se voit pas. […] Ces miroirs ont leur utilité modeste, bien loin de tout narcissisme et de toute coquetterie. Mais que nous nous arrêtions à les contempler plutôt qu’à passer notre chemin, que se reflète-t-il alors dans leur tain ?

[…] En usant d’un miroir, le photographe peut capter ce qui se dresse devant lui et, d’un même tenant, ce qui se cache derrière lui. Par l’usage du miroir, ce qu’il y a derrière vient se superposer à ce qu’il y a devant. Rabattant le derrière sur le devant, le photographe tente de regarder à la fois ce qu’il y a dans le miroir et ce qu’il y a autour de ce miroir […]. En se déplaçant autour du miroir (face à lui ou de côté), le photographe déplace du même coup son cadrage. Il fait glisser le paysage sur le miroir, il le manœuvre, le biaise, l’articule avec « l’autre » paysage, celui qui sert de fond, autour du miroir, voire derrière lui.

Ce qui est derrière répond-t-il à ce qui est devant ? Y a-t-il une continuité ? Ou, pour le dire autrement : le paysage peut-il se poursuivre dans un reflet ? Le mot « mirage » relève de la même famille lexicale que le mot « miroir ». Ce qui se mire dans le miroir, c’est le mirage. « Mirage » n’est-il pas le presque anagramme d’« image » ? Le paysage est un mirage, une image, une projection de l’imagination, que nous construisons mentalement face à un bout de nature que nous considérons. Le photographe a beaucoup à apprendre du miroir. Le miroir lui parle de son art… »

Jean-Louis Roux

(in L’Alpe n°79, Glénat & Musée dauphinois, novembre 2017)