Vision
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Brouhaha dans sa tête, chaos, tempête dans sa vie…
Quels avaient été les périples de Jack ? Il n’aurait su le dire
tant ces traumatismes l’aveuglaient encore. Ce dont il se
souvenait c’était qu’il avait connu un gros temps comme
on le dit en mer, ou bien la tempête comme on le dit en
montagne. Jack avait affronté des chaos rocheux qu’il avait
dû escalader, contourner, un amas toujours renouvelé de
blocs erratiques, maintes fois il avait cru renoncer, maintes
fois il avait souhaité interrompre une progression devenue
si cauchemardesque. Il s’était confronté à des pentes
abruptes qui semblaient ne jamais finir, et dont la
déclinaison ne cesserait semble-t-il jamais de croître. Il
avait affronté des mers mauvaises, par force 11, ou 12
peut-être, l’ouragan avait généré des vagues monstrueuses
recouvrant d’écume les eaux démontées de son océan. Il lui
avait semblé que jamais, non jamais le ciel ne
s’entrouvrirait sur une éclaircie, il demeurerait
obstinément obscur.
Et puis soudain à l’horizon là-bas une lueur orangée à
travers le ciel encombré de nuages noirs. Jack s’en était
approché, cet éclat lumineux l’attirait irrésistiblement. Un
ange, peut-être, semblait lui faire un signe, l’invitait à voir
l’invisible jusque-là, le conviait à croire en cette lumineuse
figure infiniment bienveillante qui lui offrait ses mains
ouvertes en signe d’accueil. Le sol se dérobait sous ses pas,
tandis que se révélait en lui cet enfant qu’il n’avait cessé
d’être, confiant dans la protection de ses parents. Devant
ses yeux s’animaient de multiples personnages auxquels il
aurait pu prêter ses traits, ils incarnaient ses aspirations, le
figuraient dans ses attitudes, se prêtaient au jeu de ses
sentiments, de ses idées. C’était comme si le ciel s’était
entrouvert. Jack ne parvenait plus à détourner son regard
de cette vision, elle le remplissait d’une grande quiétude.
Le livre ouvert de sa vie lui dévoilait ce qu’il n’avait pu
voir avant, parce que son existence insouciante n’avait pas
encore connu les affres dans lesquelles l’avait plongé
l’adversité du moment, parce que le temps n’était pas venu
pour lui de dénouer les fils de son destin.
Puisque son monde semblait s’écrouler, Jack le
reconstruisait à partir de figures symboliques, celles-là rien
ne pourrait plus les atteindre, elles seraient à l’abri des
coups du sort. Son malaise ne cesserait pas de grandir tant
qu’il ne trouverait pas de figure toute puissante vers
laquelle il pourrait se tourner en dernier ressort, qu’il
pourrait implorer. Dans sa quête désespérée, Jack avait
rencontré l’Un, indéfinissable, insaisissable, mais auquel il
ne pouvait attribuer un nom. C’est cette figure qu’il
contemplait au-delà et à travers le chatoiement présent des
symboles. Il ne savait que ressentir cette présence, que
l’appréhender intuitivement, sans pouvoir la nommer
parce qu’elle se manifestait là et ailleurs, parce qu’elle était
l’Un et le Tout.