Avis de coup de vent
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Soit par menace, soit par chantage, soit en usant d’une
culpabilisation grossière, on avait jusque-là abusé de son
naturel aimable. A mesure que lâchaient les verrous qui
l’avaient tenu prisonnier, Jack prenait conscience de cette
forme larvée de tyrannie psychologique dont certaines
personnes usaient à son encontre. Des liens, certes il y en
avait encore, mais qui le reliaient aux personnes aimables de
son entourage. Non, Jack ne se sentait pas du tout dans une
forme de révolte adolescente où toute figure sociale aurait
pu faire l’objet d’une remise en cause. Il était conscient de
ses obligations, voire de ses servitudes, à la condition
expresse qu’elles satisfassent une éthique reposant sur
l’amitié, l’honnêteté et la bienveillance, ou qu’elles
dépendissent d’un ordre social évidemment nécessaire. Ce
que Jack n’acceptait plus, c’était cet envahissement
permanent de son territoire personnel, cette utilisation
objectale de sa personne comme s’il se fût agi d’une entité
taillable et corvéable à merci, au service d’un intérêt
partisan, voir pervers.
A bas les tyrans domestiques ! Jack avait mis
symboliquement leur tête au bout d’une pique. Il était
temps que cessât leur domination contraire… Un vent de
révolte gonflait brusquement les voiles déployées de sa
conscience, emportant dans un tourbillon de colère l’image
de ceux-là qui l’avaient si longtemps asservi.
Il y avait à la fois de la révolte et à la fois de l’insécurité
à réaliser cette révolte. Il lui venait à l’esprit que ces figures
oppressantes qu’il avait mises à mal n’exerceraient
désormais plus la protection qu’elles lui avaient fait
escompter en échange de sa soumission. En brisant le lien
de cette féodalité symbolique, Jack s’exposait à la vindicte
de ses oppressants protecteurs qui le laisseraient alors seul
face aux agresseurs potentiels imaginaires que les tyrans
avaient placés dans sa tête, tels des épouvantails, pour
mieux asseoir leur supposé pouvoir. Mais passés les
décombres chargés de culpabilité que charriait le fleuve de
son irrespect, le cours de la vie de Jack devenait paisible et
aimable. La statue déboulonnée du Commandeur n’était
plus qu’un amas sombre, une chimère qui s’évanouissait à
la lumière rayonnante du triomphe de Jack.