Retour vers un ailleurs


AMBIANCES

Si hautes sont les feuilles

Que le soleil semble un rêve

Dont le vent emporte l’écho

Entre les troncs des arbres

*

* *

Au soleil musardent

Les lézardes blondes

Des pierres assoupies

Dans la rue s’animent

Des formes que l’on devine

Une femme passe

*

* *

De l’horizon naît un rêve de maisons blanches

Dans l’azur du ciel et de l’eau

Le port en proie à ses odeurs sublimes

Voit ta peau brune où paresse

Le soleil couchant

*

* *

Un peu de poudre blanche

Je sens se dérouler

Méandres paresseux

Tes circonvolutions

Jusqu’au bout de mes yeux

*

* *

Flic ! flac ! floc !

La pluie rebondit sur les toits

Elle murmure dans les chéneaux

En un gai ruisseau

Floc ! flic ! flac !

Ses gouttes agitent les feuillages

Sous lesquels des ombres s’abritent

Flac ! flic ! floc !

Dans les flaques la pluie forme des ondes

Qui n’en finissent pas de se répondre

Jouer à cache-cache

Avec le soleil là-haut au-dessus des feuillages

Bain de lumière, bain de chaleur, bain de soleil

Nuances d’ocre et de vert

Qui se révèlent, s’animent, s’estompent à l’ombre

Cascades de perles liquides

Univers mouvant où voyagent mille planètes éclatantes

vers les confins de la galaxie

Vers les blanches ceintures d’astéroïdes du bassin

Puis au-delà plus rien

Comme d’un rêve dont on s’éveille

Insouciance des chants d’oiseaux

Douces insistances venues des herbes

Bruits de l’été qui viennent et vont le long du jour

jusqu’aux plus imperceptibles

Subtiles fragrances des soirs et des matins

*

* *

AMOURS

Câline, féline

Ta peau bleue enivrée

Par l’ambre de tes cheveux

Caresse en secret

L’aube en robe de mauve

Qui se désespère dans le ciel d’hiver

*

* *

Pour que la souffrance ne soit plus tue

Dire la douleur contenue

Et que sur la chair nue naisse

Une nouvelle peau

Entre l’un et l’autre

Entre dedans et dehors.

Que reste-t-il

Qui m’appartienne encore ?

Renaître,

Oiseau phoenix,

Avec d’autres plumes.

Juste après le tourment

Vite, édifier autrement

Avant le vide de l’absence.

S’effondrer,

De chagrin, de désespoir, de douleur,

Haïr !

Accepter ce qui douloureusement est,

Accepter à la fin l’inacceptable.

Sur le refusé,

L’indicible, l’inévitable,

Vite, reconstruire…

*

* *

Quand est venu l’hiver

De pluie, de froid

Je t’ai vue naître

Tu as grandi démesurément

Occupant tout l’espace

Si amer de ma solitude

Je n’aurais su le peupler

Ni me satisfaire de sa liberté

Je n’en ai point connue

De si différente

Qui m’aurait comblé.

*

* *

Une petite flamme…

Pour ce qu’il t’en chaut !

Petite fleur douleur,

Un jour sans chaleur,

Te brûlera la peau.

*

* *

NATURE

Un soir

Où les cloches des troupeaux tardent à rentrer

Où les mains des fumées accrochent les nuages

Où les ombres surprises se confondent en silence

Peut-être un soir d’automne

*

* *

Voyageur immobile

Du théâtre géant

Des grands nuages blancs

*

* *

Le brouillard

Nous habille de flou

J’aime la pluie

Imperceptible et souple

Sur les toits incertains des maisons

*

* *

Neige,

Sous mes doigts

Ma vie est

Comme cette eau

En attente

*

* *

Maintenant ma force a grandi

J’ai faim de ta chaleur

Moi qui ne suis qu’un monstre froid

J’ai faim de ta conscience

Moi qui ne suis que pierre et glace

Je te guette comme le chasseur guette sa proie

Tu m’admires et tu crois me conquérir

Je ne peux t’étreindre sans te faire souffrir

*

* *

Répit dans l’hiver

Quand le sol bée

Entre deux neiges,

Entre deux froids

Quand les oiseaux pépient de faim

Chaleur de cette bouche

De feu et d’eau

Odeur de bois humide et d’herbe

Couleur de terre et de cailloux

Où se dessine la douceur

De l’eau qui fond en un murmure

*

* *

Regards aux aguets

Glissements furtifs

Simulacres, immobilité,

A l’affût

Tantôt proie et tantôt chasseur

Jouer à cache-cache entre prédateurs

Ce que tu vois,

Ce que je vois

Il était une fois le chat,

La vie immédiate vue d’en bas

Patte de velours,

Câlins d’amour,

Petits instants de bonheur

Le temps passe vite

Quand on joue à chat !

*

* *

Hors de la brume déjà

Les villages d’en-bas

La faim fait perdre la tête

A toujours errer le ventre creux

Fuyant le fer, fuyant le feu

Goût de sang, goût de mort, goût de vie,

Plaintes aux cieux adressées,

Suppliques prières

Que colporte le vent d’hiver

La neige viendra recouvrir

Les blessures que les années ouvrirent

Dans les yeux de la montagne luit

Une lueur que le brouillard emporte avec lui

*

* *

La mer roule ses galets

Dans ma tête cavités de granit

Où mon regard s’abrite

Ressacs assourdissants

Baisers d’embruns, larmes d’écume

La mer roule ses lourdes lames sur la plage

Mon souffle suit ce refrain

*

* *

A l’abri sous le parapluie

J’écoute le jour gris qui ruisselle

En un bain de vie

*

* *

Le chat ronronne sur le tapis

Et je sommeille comme lui

Il y avait trop de poussière hier

Aujourd’hui voilà la pluie

Il pleut sur ma page

Taches d’encre incertaines

Que la pluie efface

Le ciel pleure sur la vitre

Je ne vois plus le paysage

*

* *

Changés en gris souris

Les panaches ensoleillés

Couleur de pourpre et d’oranger

Engourdies les élégantes sauterelles

Qui n’en finissaient pas de chanter

Eclats d’argent dans la forêt en feu

L’hiver perce le coeur rougi de l’automne

Délicates étoiles de givre

Qu’un éclat de lumière irise

A peine écloses se métamorphosent

Dans ma main rougie

Il ne reste plus que des feuilles sèches

*

* *

SECRETS

Ne ferme plus la porte

Je veux savoir qui sont

Ces âmes en ribote

*

* *

Rue du Temple

Ces ombres passent

Dans l’impasse

En quête d’un rêve

Dont le fard égare

*

* *

Etau informe

Que ta vie éclabousse

Le temps cannibale

Enchaîne les mains

D’un soleil fané

Au pied du mur

Où les yeux murmurent

L’espace d’un regard, d’un geste, d’un signe,

Ne pas être anonyme

*

* *

Un tourbillon d’écume brise ma conscience

Brusquement la voilà devenue sans merci

Son froid visqueux au goût de sel et d’algue

Qui en moi s’insinue menace ma chaleur

Imminence de la mort, je lui cherche

En vain un visage et ne vois rien

Bulles de mer, bulles d’air, bulles de vie

Je ne vois plus que vous dans le vert-gris

Qui m’engloutit

* *

Lacs d’ombre et de sang

Obscurs, profonds, où la mort se mire

La vie y coule en un murmure

Au son des clairons le temps chavire

Bleue la couleur qui nous ressemble

Blanc la mitraille qui nous crible

Rouge le sang versé à vingt ans

*

* *

Je suis revenu dans la maison morte où nous vivions.

Sur la table sont demeurés les objets de l’existence

interrompue.

*

* *

SOUVENIRS

Une larme brisée

En éclats de lire éclabousse

Le passé, boulet de soi.

Amour amer de cette chaîne,

L’hiver de l’hier,

La vie voudrait l’oublier

*

* *

L’eau coule goutte à goutte

La neige glisse en masses lourdes dans la cour

Où retentit ce bruit sourd

Une cloche sonne trois heures au loin

L’air est tiède

A la fenêtre entrouverte

L’oiseau s’est tu soudain

L’absence comme un tambour

Résonne de rires et de voix

Un glas ponctue en cadence

Une valse triste d’autrefois

Le coeur las de la pendule

S’est arrêté dans le silence

*

* *

Il avait plu

Te souviens-tu ?

La vigne tordait ses pampres d’or

Sous le soleil mort

*

* *

Incessants ressacs de la mémoire

Revenir vers le port de l’enfance

Et au-delà de l’apparence

Dans les rides des flots voir

Les formes revenues et les couleurs,

Fragiles, changeantes,

Presque irréelles dans la blancheur

Des eaux écumantes

*

La lune palpite comme un coeur

Elle jette sur les ombres sa lueur

Un jour bleu mystérieux d’une infinie douceur

*

* *

Maison, maison

Garde-moi dans ton ventre rond